Bruno ODILE

27 septembre 2016

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26 septembre 2016

Je dors dans une nuit filante sur l’oreiller de la vacuité.

13495154_270226176671038_8602985230473460010_nSextant à l’autre bout de la terre, l’amour gravite autour des forêts, d’arbre en arbre, de fruit en parfum. Le désir qui occupe mon esprit est de rendre le sentiment orgastique et végétal. Parce que l’image déstructurée est vite un fardeau, elle déglutie l’abusive place qu’elle occupe dans le regard. L’angoisse physique paralyse les pulsions narratives. Mon corps est une fin en soi. Tout naît et s’achève dans l’espace clos de la rétention forcée. L’ossature du Moi laudatif débride doucement la suffocation de l’humeur traumatisée.  

 

Derrière la flamboyance, l’oecuménie du sang flotte entre l’éblouissement et la torture. L’affection mijote dans la salive censurée par l’effroyable désir de la forme pure. L’amour ne se consomme pas. Invisible, il navigue d’un sanglot juteux jusqu’aux intrépides larmes du rire. Tout le territoire physique exhibé à la pâture des regards, s’enroule autour des foulards du cœur sensible. Il n’existe rien d’autre que de larges rues bordées d’arbres voluptueux et des voies sinueuses dont personne ne voit la fin. Rien ne s’accorde totalement par la pensée. Immaîtrisable, le sentiment influe sur la route qui s’avance et il courbe les branches comme une onde anonyme et sans teneur. La perception domine l’interprétation par l’esprit. Le cœur n’a pas d’ambition préméditée, il n’est qu’un outil pour sculpter la pierre, un créateur pour faire naître la beauté. C’est l’unique héritier de la permanence et il sait la vérité solitaire de sa propre vie. 

 

La diversité ne cesse de s’exprimer. Ton cœur est le mien ne connaissent pas les mêmes ombres. Ta ressemblance est une forme capricieuse qui se déploie et qui joue sur les miroirs aux alouettes imprudentes. La certitude est une vapeur d’eau infiltrant la chair repue, et non une consigne inébranlable. Différentes odeurs s’empilent sur l’aurore avant de donner naissance à une multitude de parfums uniques. Hors de tout champ de vision, mes pensées cristallisent le présent immobile. Je borde la joie morte sur la cloison des ténèbres. Trop loin ou trop près, l’existence repose sur l’écran fissuré des voyances artificielles.  

 

L’amour est une irruption, une secousse, une lave glissante de toutes parts sur les pentes qui rejoignent nos plaines. Partout où son jet s’est répandu, la terre s’est brûlée et la chair du monde n’est plus la même. Partout où le feu connaît son paroxysme, l’étendue est définitivement taguée par la cicatrice indélébile de la tendresse. La différence qui nous déchire n’est autre qu’une perception individuelle impossible à partager. Aller au-delà, nous fragmente et nous désunit. Ma liberté d’être est déchaînée, mais égarée et sans limite. Je dors dans une nuit filante sur l’oreiller de la vacuité. La lune occupe le désert brisé et la cassure s’immole dans un ciel qui vacille.  

 

La diversité est un enjeu pour l’unité. Sans arbre, pas de forêts. Sans chair vivante, pas de pronostic possible sur l’idéal. Absolutistes invétérés, nos désirs crapotent et nos corps se décalottent. L’ardeur complice que nous portons au-dessus de nos cœurs enflamme notre quotidien en oubliant la prière qui les a fait naître. Mon corps n’a plus que des élans fantômes et je ne céderai pas aux tentations qui le démembrent autrement que par la convoitise de la beauté. Je veux parler de cette beauté intrinsèque qui rayonne dans notre sang avant qu’elle ne connaisse la respiration de la lumière. Mon corps est songeur et mon esprit éclaté. La pensée a besoin de matière pour asseoir ses troubles. Nous sommes deux.  

 

La rencontre édifiante s’insurge contre la monotonie du quotidien. Tu es autre et pourtant tu corrobores le reflet de lumière auquel j’aspire. L’handicap de la langue et des mots est dépassé par l’hégémonie des sens. Tout tremble, dedans comme dehors. Ta différence est la chute inespérée où se rejoignent nos lignes d’eau et de cœur. Ce qui, en apparence, me manque, tu l’as ensemencé dans le creux de ton ruisseau incolore. 

 

Chaque rencontre modifie notre parcours. Dans le berceau des signes aléatoires, l’analogie du regard virevolte avec la conscience collective. Nos ressemblances, tes dix doigts, ton nez et ton visage, ne sont pas le signe d’un accord parfait bien qu’ils s’échappent de la même source. L’échange est souvent le fruit d’une collaboration éphémère et fugace. Le langage nous ficelle trop à d’absurdes connivences. Les vraies rencontres ne s’opèrent pas dans la discorde latente. La parole s’éprouve de ses dysharmonies. Que tu cries ou que tu chantes, il est capital que la réception ne soit pas le vent décollé à l’azur. C’est dans le silence des cœurs que nos élans sont les plus téméraires et les plus vaillants. La complicité de la pierre et de l’herbe, du soleil et du champ de tournesol, voilà le liant qui semble défaire les barreaux de la cage où nous sommes chacun oursifiés dans nos forêts intimes. 

 

Je ne sais si… les mots qui me viennent sont des rats de fond de cales, s’ils outrepassent la condition des raisons assermentées et si le jour qui se construit sur ma langue ne s’échouera pas sur les marées du contresens. Le silence est resté accroché sur les vestiges des fonds marins où des algues dansent comme une tribu ancestrale. Tout à l’heure, rien n’était plus comme avant et à présent tout lui ressemble. Je suis nu sous les décombres qui me tiennent lieu de veste. Je suis dans le trou, dans la béance conjoncturelle. C’est toujours dans les bas-fonds que l’idée de remonter a le plus de vigueur.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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21 septembre 2016

Je suis à l'extrémité du frisson qui m’effleure.

13438948_270267236666932_9077394048829899066_nLe cheminement consiste toujours à basculer de l’attention à l’affection. Affecté, on l’est forcément. Le sentiment de restriction est affligeant et les obstacles paraissent surdimensionnés. J’ai conservé le souvenir de la fluidité et ce barrage à l’intérieur de moi contrarie l’épanchement naturel de mes gestes. Mais, on ne recommence pas à vivre, on continue seulement un chemin entamé depuis le premier jour. Hier encore, je lâchais prise sur un événement qui venait contrarier mon rétablissement et ma progression. Enflammé et déconcerté, je m’écriais : Mille millions de sabord ! Arriverais-je enfin à tenir correctement ma brosse à dent ? 

 

Lorsqu’il ne vous reste qu’une jambe et une seule main alerte, chaque mouvement nécessite la perfection de l’équilibre. La mobilité du corps réduite, l’empreinte initiale demeure et tout se confronte à la réalité modifiée. L’esprit scarifié, je boursoufle à l’intérieur de moi-même. Il devient nécessaire d’approcher le chaos dans sa continuité illimitée. J’entreprends donc une démarche épurée vers moi-même. Le problème n’est plus ce que je peux ou pas encore faire, mais avec quel état d’esprit je vais pouvoir m’employer à coordonner mes capacités d’existence avec l’environnement d’une vie « normale ». 

 

Souvent, les événements de l’existence nous affaiblissent de telle manière qu’il devient impérieux de se surpasser. Et je viens vers vous, regards de l’autre monde, avec l’intention d’ouvrir les portes et les fenêtres de la confidence. 

 

Personne n’a rien pris. Tout s’est ôté soudainement. Séparations des membres et des chairs. Il n’existe aucun son pour rendre la voix perdue. Comment vais-je pouvoir penser autrement, intégrer la culture reçue jusqu’à présent et reconnaître les sens originels ?  Des mouettes sans ailes sont perchées sur le haut d’un mât de cocagne. Le pardon émancipé de la conjoncture ribaude avec les pluies de l’enfer. Je m’initie au blanchiment des heures sombres. D’une main blessée, j’écris toute l’hémorragie d’une douleur qui m’échappe. Le corps entier n’est plus, le miroir respire sur d’autres rives. J’ancre mes ombres sur l’éclat de reliefs repêchés au temps qui n’est plus. 

 

La vie se maintient seule comme une délivrance esthétique sur un plâtre sans teneur. 

 

Lieux déserts à jamais, recomposés mille fois par l’ardeur du temps, le hasard batifole dans les murmures distendus de la seconde sournoise. Ma peau, mon corps, tous ces liens défaits de moi-même semblent se retisser au contact de l’air douloureux. La blessure recentre la soif au cœur des géométries, elle amorce le patronage des caresses soigneuses au présage des tourments. 

 

Ne pouvant me désimpliquer du monde, je veux parler à la matière, à corps défendu, à langue remise dans son fourreau. Chaque soir, un peu d’ombres et de pelures grises s’en vont rejoindre les lignes d’absolu qui s’étiolent. Mon corps, dépossédé de lui-même, va et court sur le long manteau des cathédrales de la rébellion. La pierre a signé un pacte avec le temps qui passe. A perdre des bouts de soi, l’on croit trop souvent tout perdre. Mais, j’ai conservé dans mes valises l’odeur du sang et du printemps. Des papillons habillés d’armure inondent l’espace où ma main se déplie. 

 

Toutes les capacités perdues sont un handicap à la mémoire du corps. Se réapproprier, oui. Mais quoi ? Je est un sujet nu, un espace impossible, une lésion assise sur la clarté qui s’échappe. Maintenant mon être en sommeil est comme dérouté par ses désirs. Naufragé des temps modernes, j’écope l’écume d’être et les relents du vide dans la mare narcissique.  Je suis presque mort sur un coin de jour. Je suis devenu le visage du morcellement. Comment vais-je pouvoir me nommer ?   

 

Je ne laboure plus les jours qui passent, je jachère, je dépose et j’entrepose derrière les lignes intemporelles du silence. Je cultive sans semence. Mes graines sont des résidus de vents et de marées. J’ai les mains soudées à l’égarement, j’attends le pain qui sort du four. J’attends l’imparfait silence qui sort des meurtrières de l’âme. Derrière les remparts, j’ouvre les yeux sur ma clairière aux joies abandonnées et aux sourires disparus. J’ouvre mes bras à l’interstice de la patience et de l’exaltation. Je bêche l’instant qui me maintient plus haut que les nuages, au-dessus des naufrages de l’artifice. Dévasté, je suis dévasté. Le coma qui me maintient dans une respiration vitale ravage jusqu’à mon identité que je croyais pourtant souveraine. 

 

Lagune après lagune, ma langue renoue lentement avec la lande défrichée. Le sable est doré et j’occupe le faisceau de lumière où l’on rejoint le passeur, le berger anonyme qui conduit hors des frontières de la culture humaine. L’étrange énergie omnisciente est défectueuse et le guide invisible effleure l’intégralité de mon être comme un sonar à la recherche de mes fantômes. 

 

Dans cet espace impossible de joie, ma vie, cette émeute du manque et de la conquête, n’a appris qu’à dépasser et à surmonter. Ma voix décollée des lèvres mine l’extérieur qui se heurte à une harmonie perdue. L’émotion muette fabrique des boucles de feu et je sommeille comme un faucon gerfaut givré à l’intérieur d’un iceberg à la dérive. Avant, mes jambes se croisaient. Avant, l’heure était dite par deux aiguilles inséparables. Dans la parole pleine, je est subjectif. Dans mon sommeil, j’agis encore avec des gestes anciens. J’ai encore le goût d’une aube rigide en fond de gorge. Les mots que je repère me servent d’ancre sur une chaussée verglacée. De mémoire, je redessine sans cesse la neige tambourinante et l’avalanche qui donne une autre parure à la montagne. 

 

Aujourd’hui, des bouts d’espace manquent, de la chair et de l’épaisseur s’absentent du navire et je rame d’un seul souffle. L’incapacité a corrigé les rues et les trottoirs et, en tout lieu, la dérision géométrique défie l’architecture du néant. Je est un manque tout entier. Tout est instable, l’homogénéité a perdu sa substance. L’air est espiègle, il s’interroge sur le poids du drame qui m’anéantit. Mes supplications sont invisibles mais elles convergent toutes vers le blanc foudroyant où se dévide le désir de refondation. 

 

J’ai connu les débuts du bitume morcelé, défait de marques, neuf d’une vie à réapprendre. Un pied après l’autre, nomade à l’intérieur de mes ombres, je découvre l’immensité de mon propre visage. Je suis noyé dans les arêtes de l’obscure tisseuse d’avaries. Pâtisse des lèvres à l’usure des révoltes furieuses, une ligne fine de lin et d’aubépine répudie l’immobile gloriole de la parole. J’avale mes propres mots. Je suis ce que je ne peux pas être. Flamme souffrante et faste où mes os se découvrent, je suis à l'extrémité du frisson qui m’effleure. 

 

Gondolier sans gondole, je marche sur l’eau qui inondait le sucre des jours. Diabétique de l’équivoque, la famélique orgie de mon sang m’exécute ipso facto comme un intrus indigeste. Je pousse et je gravite sur l’humeur du chagrin présomptueux. Je est tonique, je est indiscipliné. C’est le fourvoiement des étoiles dans les sources incontrôlées de la survivance. Je se survit à lui-même en changeant de tête. La réalité prolifère aussi sûrement que l’illusion. Grand jeu de la farce aux miroirs incandescents, mes joies et mes peines se diluent dans l’haleine que j’impulse à la trompette de la mort. Terre rase, vertige soumis à l’attraction du vide, l’air chasse l’insoutenable terreur de l’apocalypse. Plus aucun terrier n’accède à la félicité. Il me faudra remonter à la surface des cœurs pour accéder à la prolifération du jus de vie encastré dans je ne sais quel ostracisme. Seule une flamme jaune libère le jour qui pointe sa mine endormie sur l’horizon à construire.     

 

Cessez donc de jacasser mauvaise foi et imbroglios carnassiers de l’évidence. J’existe encore, malgré les blessures répétées, malgré le marché des pluies acides et des heures accablantes. Impossible de prendre conscience de l'innommable. La raison décapitée par la tempête frigide révoque toutes les brûlures. Mon corps humilié dans sa grâce naturelle corrige les faux-fuyants, altère les dénonciations outrageuses de l’exclusion. 

 

Le ciel est une grande marmite inextricable où la buée devient racine. L’énergie fusionnelle dératise l’esprit mécréant, addict à la consolation morale. De petits clapotis explosent le mur du son qui se fragmente en mille éclats. J’ai dans la peau le frémissement des ondes sans écho et l’écorchement de l’éclair résistant. Larguez les amarres, il fait jour de l’autre côté du noir crachat des répulsions intimes. Le bonheur est toujours asservi par le diktat des croyances sans lendemain. Il n’a pas de corps et son esprit chancelle sur les flammes de bougies au fond des cathédrales de l’ignorance. La joie ne se sème pas, elle ne s’attend pas ; elle gribouille quelques sourires anodins sur les lèvres des papillons. Elle discrimine la fleur de l’immédiat qui caresse l’étamine du soleil. Je viens de tuer mon ciel et il me faut le repeindre aux couleurs filtrées de l’aube qui naît en moi. 

 

Je lapide et je dilapide, sans cesse. La soif ne s’écrit pas avec le sang de la mort. L’air n’a pas de veto. Je dégrise à l’orée de mes sens comme cette simple pomme qui n’a pas connu la terre du Calvados. Dans mes gouttières, un chat sauvage cherche la lune réfléchissant son croissant immaculé. Coups de pattes et coups de griffes, les tuiles parlent la langue de la terre et la pluie arrose mon regard d’une multitude de gouttes aussi salées que l’océan de mes rêves. La nuit circule dans le souffle court des marges ridées. L’outre-vie préserve ses miracles hors des heures tamisées. Mon corps filtre la pierre rigide et tenace qui alourdit l’heure nouvelle. Le réel qui me traverse n’a pas encore d’emprise sur l’opaque évidence où culbutent mes sens dans des reliefs contradictoires.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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15 septembre 2016

UACALR

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UACALR

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13 septembre 2016

Le feu avance, le temps recule.

pic1Là où les yeux se penchent. Là où la verge du jour touche à la terre ondulée et fertile. Le souvenir s’est dilué dans l’élément ; la cendre à l’eau mélangée donne à boire aux oiseaux du lendemain.

 

Une lame de boue se déverse à brûle-pourpoint puis chemine entre les hommes de bonne volonté. Des bruits souterrains se rapprochent et s’éloignent. Voûtée sur le bonheur terrestre, la vie se multiplie délivrant des voix et des chants rassembleurs. 

 

 

Sans jamais pourvoir à l’unité totale, le souffle du marcheur s’égosille sans bruit dans le fatras du monde.  

 

L’heure moqueuse a cessé d’être.

Je vieillis et je ride

comme la lumière glissant entre mes doigts.

Je sais plus haut que la cime

l’imperfectible dénouement qui me guette.  

 

Aux cordeaux de Minus, le trajet m’enserre de fines étoiles pliées dans la poche d’un veston. Une robe de mots, tout aussi pauvre et délurée, enveloppe les fils décousus que la parole dénoue. Nœuds d’écorchures tendus à bras le corps, la poussée d’un autre monde achève le masque et les lèvres granitées d’un esprit contraint par les règles. 

 

Toute la salive que l’orage emporte,

elle revient avec le mot aérien des éclats de l’enfance. Dans cette course effrénée,

parmi les chambranles d’une colère passagère,

la voix porte haut l’exclamation

de cette poussière blessée.

Aussi tenace qu’imprononçable,

elle colore le sang de nos tumultes intérieurs.  

 

Toutes les menaces qui me rendent fragile me sont essentielles. Chaque plaie hurlante de son silence factice réveille en moi la peur de l’abandon. 

 

Le feu qui ne rassemble pas toutes les flammes ne connaîtra jamais la résurrection du cœur sensible, ni celle de la palpitation invisible de nos sources jaillissantes. Une éruption de cendres braisées tente la délicate approche de l’orage annonciateur de renouveau. 

 

Tant de soupirs grandissent dans la proximité des racines. Ici, il n’existe plus que des courants d’air frileux, une asphyxie mal cachée, et puis des remontées d’aigres morosités et des chants picturaux tractés par de multiples incendies.  

 

Aveuglés par l’énergie libérée,

les mots ne savent rien de la lumière. Ils murissent dans l’obscurité de nos ventres clos.

Murés dans l’excellence de nos gorges

comme la fumée blanche d’une flambée hivernale,

ils s’enfuient de nos foyers

pour rejoindre les salves aériennes

de la transparence des nuages dominateurs. 

 

J’avance. J’avance par résignation ou par tranquillité. Le temps se sacrifie à mes élans. Il porte les cloches obstinées de la mesure. Il m’offre l’illusion de grandir ou de m’agrandir aux refrains de ses sérénades enjouées.  

 

Mais le feu a tout brûlé.

Le feu a emporté l’eau de mes naufrages

Le feu a tissé la clarté du Big-bang qui résonne en moi.

Le feu est une faux infidèle

tranchant le calendrier

des jours qui se sont tus.

Le feu enlace et soudoie

l’inachevé où s’épuise nos précarités. 

 

Les courroies du temps se grippent un instant. Un aveu tout noir comble l’espace entre les aiguilles. Les mailles comptées sous le coude de l’éternité nous affirment l’identité de nos trous noirs où résonne le néant.   

 

Quelle passe renversante que cette contagion qui, tout en exhibant l’effacement de soi, œuvre au nom de la survie, à une dégradation de l’authenticité ! 

 

Partout où l’ardeur dégénère face au miroir du mythe de la survivance apprivoisée, l’imposture de l’apparence revendique une vérité plus impitoyable que les crises existentielles. La parodie de l’être demeure un alphabet imaginaire sans fin 

 

Toute pensée unique est une décapitation, une saignée anti-culturelle, une aliénation de la pensée vierge de tout aphorisme.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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03 septembre 2016

Le simulacre de l’esthétisme.

Kremlicka_Pri_toaleteCe matin, la vitalité de la beauté me communique son désir d’élévation. Feuilles d’automne tombées dans le miroir des saisons, je vous aime fringantes et craquantes lorsque le pas du marcheur vous écrase. La rosée toute nue s’adosse aux premières lueurs du jour et le mur sur lequel je m’appuie se repeint à la clarté des ombres traînantes. 

 

L’esthétisme a le goût des rencontres.

Pour lui, la solitude n’est pas un lieu privilégié,

au contraire elle s’accapare l’objet même du beau

pour le couvrir de toutes nos zizanies intérieures. 

 

Etranglé, l’élan porteur de la nature ne reçoit pas l’impulsion, le coup de rein permettant le décrochage. A mes côtés, une vie s’éteint doucement et je ne saurais dire toute l’ampleur de la déconvenue. 

 

Chute inévitable, torpeur du résignement, la nuit définitive s’affirme dans la permanence. 

 

Je songe, ici, à l’arbre qui tombe frappé par la foudre. Dans la campagne endormie,

un hibou veille sur l’herbe déracinée,

la tête saturée sur les plaies du bois calciné.

Puis

la montagne absorbe l’éclair

pour en traduire ses notes échevelées

concentrant l’harmonie

dans sa fragile besace. 

 

L’émiettement réconcilie la douceur de l’air avec les fragments de mots réparant le monde. 

 

Des voix mortes depuis la nuit des temps remontent par endroits des messages perdus, des tirelires d’un vocable enseveli par la zébrure du silence. 

 

Trouble simulacre, la vigie de mon cœur plane au-dessus du souffle difforme de mon existence. J’habite par moment la clé de mes leurres. 

 

Ce qui reste caché dans le hall de la patience immobilise jusqu’à la source de mes paroles. 

 

Une voix décapante s’accorde aux aveux sans comprendre ce qui a creusé le puits pour en hisser l’eau jusqu’à la lumière. 

 

Régénération brutale,

aspirations irrésistibles et blessantes,

serait-ce la soif hospitalière

ou l’assèchement d’un bûcher qui dissimule la clarté ? Mettre à nu chaque rêve,

chaque frisson,

est-ce le moyen pour redonner à la présence

le fugace tracé permettant de l’entrevoir ? 

 

La renaissance est toujours un peu de cette terre en exil. Une expérience où le lieu devient une frontière et où la limite franchit la terre natale. 

 

Bientôt, l’onde qui me caresse à rebrousse-poil comme une remontée d’aigreur parfumera l’espace que tu as quitté. Il n’y aura là qu’angles morts et rebuffades dans l’asphyxie des jours contondants. Une larve ingérée et digérée par les coups de gueule du néant. 

 

L’exclamation de la lumière jaillira de la blessure suffoquée et la palpitation de l’instant s’en retournera dans le berceau où la pulpe et le fruit ne sont qu’attente, prières et éclatements d’un renouveau.  

 

Le chemin nu et imperceptible, conduisant à la beauté de toute chose, est si tortueux que ses cascades d’émotions déroutent le promeneur de l’invisible pays d’une existence palpitante. L’abîme est alors le seul lieu possible pour la vérité. 

 

Pour le Dérouté,

l'esthète voyageur, le nomade funambule,

ces allégories sont les vibrants témoignages

d'un "dehors" qui fait fulgurance.

Jaillissement d'un hors-champ,

irruption de l'irréductible,

d’un arrière-monde silencieux.

Cloaques immanents de la représentation,

l’unité narrative se disloque

lorsqu’il s’agit d’étayer l’image de la beauté pure. 

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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27 août 2016

Déambulation de l’irréparable.

il_fullxfull_296390559Partout où se redresse le monde vivant, des pierres se serrent dans les remparts. Ecorce de chair molle, gorgée de résine et devancée de sueurs, cela ressemble à une grange dans la nuit qu’une bougie ensemence.  

 

Boire à l’avoine du ciel, ce n’est pas une affaire de muscles ou de jambes longues. Perdu dans un coin délavé, le sang boute comme l’eau d’une passoire assoupie sur le vieux poêle en fonte. Parfois, les voix se dégainent comme une arme à répétitions et tombent les hautes cimes, s’effondrent la terre prise au piège.   

 

Brève secousse du corps resté derrière la matière, mes bras s’agitent comme un lapereau pris dans un collet. J’entends encore le bruit assourdissant de l’extrême patience de l’air qui siffle dans l’étroit chemin de mes veines.  

 

Je comprends alors les sens plongés dans l’arbitraire d’une pensée fugace, puis le déchirement de l’ordinaire recherchant un ordre dans l’affreuse éclaboussure du chaos.  

 

La migration du mot vers la parole affective est lente. Elle nécessite l’invasion prolongée du vide résistant dans la cathédrale de mon cœur. Va ton chemin ! Tout droit, lui dit l’aventure. 

 

     Dans l’espace fouillé, il y a la précision de l’insuffisance, le rocher invisible, le souffle d’une poésie suturant la plaie incurable logée à l’intérieur de l’expression orale.  

 

Frères humains, nous voilà résumés à de l’attente sur un talus de cendres où vieillit la lumière. Comme elle, blanche défigurée, nos vies sont dans l’écart de l’ombre. 

 

Sur la pente courbe, les mots et la voix

s’ajoutent aux mouvements.

Charrue millénaire de la solitude,

oubliant ce qui la précède.

La soif et le tourment occupent

le fauteuil tordu des réclamations usuelles.  

Il y a trop d’étages à cet édifice,

trop de portes à ouvrir.

Alors, je saute par la fenêtre.

Je suis à l’extérieur de l’acte

qui s’inscrit dans la silhouette

du porteur de souffle. 

 

Cet épisode du mot qui cogite dans l’élancement des gorges sèches, je l’écarte du descriptif intérieur. Dedans, ce qui retentit comme le clac d’une mâchoire, c’est le tissu du silence qui se guérit.  

 

Les mots sont des oiseaux avec des graines dans le bec. Frères humains, nous sommes seulement de l'espoir jeté sur un monticule de branchages vieillissants. Nous marchons encore dans un corps vitreux embrasé par les gerbes du vent. 

 

Après le découragement et l’irréparable envahissant, un bouquet de feu vient lécher la lune résistante. Les sons venus de l’aphasie résiduelle éjectent leur éphémère et provisoire connaissance.  

 

Ceux pris au piège du gel et de la froidure s’alignent sur l’horizon désertique comme les rochers d’un Stonehenge de fortune.  

 

Ils érigent nos questionnements sans proposer de réponses convenables. 

 

Hier, abusé par moi-même,

j’avais cru à la folie migratoire des caillots d’étoiles sur le ventre des funambules qui occupaient mon esprit. Hier, le monde était un théâtre de grosses lettres où dormaient les clochers sous une ombre fissurée.  

 

Toujours la parole se dérobe et laisse à la terre le soin de combler l’entaille. Toujours la joue ingrate, les baisers taris et l’œil sec, toujours de longues plaintes penchent vers le sol et traînent avec elles toute l’armoirie des obstacles raclant le ciel en flammes. 

 

Tout ce qui ne peut s’atteindre retourne à la fragilité d’une larme évaporée. La voix se perd et laisse place à la tourmente de l’usure.

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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21 août 2016

Une parole sans voix.

Femme_fatale_I_ka5_vRien n’est jamais vraiment dit sur le parcours affligeant des voix sacrifiées. Le non-dit et le déni font bon ménage sur les voies empruntées par nos cœurs meurtris d’innocence.  

 

D’infinies promesses vendangent les bourgeons de nos sourires avant de sarcler la bonne parole aux portes de l’immédiat.  

 

Souvent anonymes,

des paroles aux accents purulents

racontent le feuillage perdu du temps révolu.

Marais salants sous le vertige du soleil,

la rencontre du sel avec les mots

stagne sur l’autre rive.

Elle concentre la lippée de nos matrices originelles

à l’intérieur d’un grain soluble.

Et malgré la volonté, malgré l’espérance,

nos évidences s’étouffent

sitôt que nos lèvres deviennent des fontaines. 

 

Ce matin, je me suis levé d’un pied sans vertige. La nuit dans sa poudre d’abandon m’a éclairé sur l’affirmation de mon être. Toutes mes certitudes se sont atrophiées sous le rideau transparent de l’étanchement.  

 

A vivre d’excessives convictions, mes sens avaient tari tout espace disponible. A boire la brume blanche plus qu’il n’en faut, j’ai purgé le sentiment de culpabilité au profit d’une ivresse sobre et d’une nourriture purifiée.   

 

Je parle d’une autre vie laissée

sur le tarmac des ombres veules.

Je parle d’une époque lointaine

où l’exil s’appelait reculoir

et où partir était irrémédiablement

une corolle de présence accroché au présent.  

 

La voix sans pesanteur court toujours plus loin que la distance accomplie. Plume légère, elle se déploie dans un tourbillon d’ondes telluriques. Elle crie le vide qui la transporte et déblatère de ses naufrages incessants. Tout doucement, elle traverse la peau du bout de ses babines et fait vibrer la nudité du désespoir.   

 

Personnage de papier et de chiffon entremêlés, la parole reconstruit l’ordre musical des vagues tempétueuses. Puis, elle traverse les images repenties qu’elle aurait voulu soutenir pour finalement venir s’éclater sur le sable où résonne le fracas du monde. 

 

Délestée et libre de toute attache, son bourdonnement nous conduit sur la dentelle imaginaire de l’existence où chuinte une fraîcheur nouvelle.  

 

Le son émis par nos corps en mouvements

invente des déglutitions saccadées

de mensonges et de joies.

L’absorption naturelle efface toute poursuite

de la chose familière, de l’élan scarificateur.

Il n’y a plus rien après la voix

et le refoulement instinctif

allège l’avenir de toute compromission. 

 

Se pourrait-il que chaque heure déjà vécue soit un fragment incontrôlé de nos mémoires humaines ?  

 

Un clapotis d’opacité sectionne le temps écoulé de l’heure à venir. Seul compte le réveil, le verre d’eau dans lequel frissonne l’existence.  

 

Une voix incontinente

restée dans le patio de l’attente

dégurgite les regrets et les remords accumulés.

Dans l’obscurité,

la renaissance goutte aux parfums de l’oubli

avant de s’extirper

sur les haies nourricières de l’horizon.    

 

Une parole inachevée et sans suite reste au fond du sac. Conservant des milliers de fragments de chaque chose vécue, la vie s’accomplit entêtée dans le souffle du marteau qui s’écrase.  

 

Lumière, larmes, effets et illusions, tout est retenu dans ce vieil étui de soie blanche. Le croupissement d’une terre verbale s’amalgame avec la présence immédiate où chaque parole naissante traduit le silence intérieur.  

 

La synchronicité du corps et de l’esprit jalonne le terreau suspendu aux miasmes de la réalité. Une masse ronde et bleue ajoute à l’imaginaire la quête infinie de l’espace à combler.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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20 août 2016

NOUMENE-EDITIONS

test

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NOUMENE-EDITIONS

test

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