Bruno ODILE

08 décembre 2016

13528663_270211333339189_633627993364879009_n

Posté par lacollineauxciga à 20:34 - Commentaires [0] - Permalien [#]


06 décembre 2016

La réalité n'est qu'un point de vue.

13521937_270267790000210_4176154879599993939_nAh ! Ce monde de pacotilles sensuelles est trop incomplet pour l’organe universel. 

 

Il brûle et se consume comme une orange trop mûre sous un ciel caniculaire. 

 

                   Mes peines au bout des lèvres, je m’enfonce en terre. 

 

En moi, le vertige est un animal difficile à dompter. Je suis abattu dans cette marche forcée entre précipices et champs d’orties. 

 

         Mes pieds buttent toujours sur un recoin de pierre volcanique et je vole comme une abeille titillant le pollen d’une fleur, le dard coincé dans la feuille de vie. 

 

Heureux temps que le présent perpétuel. 

 

     L’enfance s’y enroule comme une roue pas encore formatée par la rigueur de la morale et de la bienséance. 

 

L’heure ensemence l’heure du plus pur murmure des fleurs. 

 

         Le pas incertain ouvre des voies inconnues, il pleut des premières fois à foison. 

 

La nouveauté subjugue l’espace, catapulte l’obscurité que l’on croit revers de la blancheur. Nous marchons si souvent les yeux fermés

qu’il nous arrive de traverser le feu sans même le voir. 

 

                Comme cette eau oubliée dans le fond d’un baquet vieilli, nous voyageons dans le voile de buée qui s’évapore. 

 

               Des lueurs nomades accompagnent la beauté de la terre jusqu’aux sommeils profonds. 

 

Le jour se lève avec l’évidence d’un déferlement. Des cris, des appels, des rires et des sanglots claironnent déjà sur le pont entre la lune et le soleil. 

 

           Pour aller à l’essentiel, j’ai longtemps cru qu’il fallait envisager l’existence avec amour. Que le cœur rassemblait à lui seul toute la panoplie de l’excellence à vivre. 

 

Mais, après maintes réflexions, j’en ai déduit que la joie était l’élément prioritaire et qu’il n’était pas concevable de supposer l’amour plus vaillant que le plaisir de vivre. Sans joie, l’amour ne peut pas exprimer sa pleine mesure. 

 

Puis, l’âge avançant, j’en conclus que l’élément fondateur n’était ni l’amour, ni la joie, mais la paix, le calme souverain à l’intérieur de soi. Que la sérénité plénière drainait toute notre personne vers l’accomplissement le plus exhaustif et le plus lumineux. 

 

              Mais, là encore, mon esprit se fourvoyait dans des expectatives étriquées, dans un raisonnement manichéen propre à énoncer une solution pragmatique alors que l’existence est somme toute beaucoup plus aérienne. 

 

              Aujourd’hui, je sais devoir ma compassion intime à l’ensemble de ces principes. Que l’un ne va pas sans l’autre, qu’il faut une singulière concordance du corps et de l’esprit pour ressentir l’extrême frisson de la chose vivante. 

 

Ô terre lumineuse ! Entends-tu le bourdonnement de la ruche dans une cuillère de miel ? 

 

       Sais-tu l’abondance de l’air dans la poudrée de clarté qui nous enflamme ? 

 

                Des cris hachés menus parviennent à mes oreilles. Des hommes, femmes et enfants, tombent égorgés par les coups de burin assénés par la ravine humaine. 

 

La haine et le mépris font encore des ravages. J’ai toujours dans le fond de l’œil cet invisible hurlement, cette horde abattue par l’absurdité. 

 

         Le bruit de ces gémissements anonymes m’oblige à conserver la tête froide et le cœur sur le bord du givre. 

 

Dans un silence mortel, dénué de tout fracas, pousse l’herbe sous la rosée matinale alors que l’ombre émaciée de la nuit fait encore des dégâts sur la blancheur balbutiante. 

 

       Sommes-nous seulement des voyageurs dans la voix, des souffles sourds embués aux pieds d’un printemps sans bourgeons ?

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

Posté par lacollineauxciga à 21:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

29 novembre 2016

J’ai la langue haletante.

13516704_270204800006509_2296596219610624012_nJe ne reconnais les nuages ténébreux qu’à l’étoile mourante, qu’aux sacrifices vidés de leurs tristesses. Ma vie d’enfant est morte sur le trépied de l’urgence à grandir.

 

Il me reste à peine quelques images d’oiseaux en plein vol dans un espace clos. Il me reste des mots et des fruits sur le bord des lèvres pèlerines.

 

                    Tout se défait sur la route du temps, tout se margote avec les frontières indéfinies de la trajectoire. La ligne la plus aride est celle de la chair. Toutes les fuites s’y rejoignent.

 

Mon corps de mémoire crisse encore comme une craie sur l’horizon devenu un long manteau de souvenirs. Je fluctue entre le débordement et l’assèchement.

 

                      Dans la sauvagerie illimitée de mon sang, je m’accouple et me déchire aux lumières dénouant les nœuds des rêves larmoyants.

 

   Mes blessures et mes manques sont mon fer de lance, mon tremplin vers la puissance de l’acte et l’envol libératoire.

 

              J’ai la langue haletante, l’esprit sous perfusion, les états d’âme essoufflés. La tachycardie de l’instant laisse place à l’étendue apaisée des plaies arrachées à l’ombre.

 

A l’instar du chaos, le silence m’emporte dans les espaces éloignés de la conscience frugale.

 

         Mes mains ne sont plus que des ficelles aériennes, mon corps disparaît comme un amas de cendres aspiré par un trou noir et mes yeux ne sont plus ce qu’ils regardent.

 

Ah ! Si mon cœur était assez grand pour contenir tous les flots d’amour, l’existence pourrait durablement s’allonger dans la discontinuité de l’éternelle minute qui bat au fond des tripes.

 

                      Toute une vie à margotter dans la parallèle des chemins inachevés. Enfant, je levai le doigt pour demander la parole. Adulte, je vociférai ma révolte et mon abjection de l’injustice à qui voulait entendre.

 

    Aujourd’hui, je poursuis la route qui s’ouvre devant moi sans plus chercher à détisser ses maillons brûlants.

 

A présent, j’entreprends un parcours désintéressé, je ne cherche plus dans l’autre l’écho de moi-même comme une compensation à mes propres carences.

 

              L’amour de vivre, associé à une délicate mais provisoire paix intérieure, me transporte jusqu’à l’oubli de ma personne.

 

Le parcours, quelquefois unilatéral, de mes sentiments profonds, m’oblige souvent à abandonner lâchement ma raison d’être.

            Mais, j’y bécote avec tendresse l’excellence de l’inconfort qui me soulève. Il y a de la plénitude dans la mutualité des opposés.

 

Toute l’obscurité me contraint à la vigilance, aux déchiffrements et à l’étonnement.

 

               Le présent n’est qu’un jeu, qu’un feu follet au cœur du tumulte du monde.

 

La vie comme la mort a une odeur et, je la sens. Je ne la comprends que rarement, mais je la sens. Je la sais née d’une déchirure sur le toboggan vertigineux de la sphère gazeuse. Vulnérable autant qu’imparfaite, je la sais ivre de copeaux volatiles.

 

                Entre visible et invisible, une frange sans distance délibère. Ce que je sens et ressens n’a aucune exigence sur la matière brute.

 

L’air qui me parcourt fouille jusqu’aux reflets irrévélés du miroir.

 

        A la recherche de la parole silencieuse, mon corps n’a de cesse d’écrire le monde ; ses apories diffamantes contestent les sources vives. Mes doigts trempent dans la rivière du contresens.

 

Le ciel s’agrandit du regard des autres, chaque étoile nouvelle a son lit sur le bord d’un œil comparateur.

 

Dans chaque perte du jeu de la vision, des traces indélébiles inscrivent les ombres des marches humaines sur l’égouttoir du vide.

 

               Muet comme une tombe, je creuse la terre où se cache la nuit. Des cavaliers en nuisettes dorées chevauchent les greniers incommensurables de la mort. La troupe allume des cierges tout autour des douleurs humaines.

 

Un brouillard de fumée laisse croire que la parole est une image plus sûre.

 

              Il faudrait céder à l’audace pour ne pas rompre avec la cacophonie de la neige où s’est dissimulée l’espérance.

 

Presque chaque nuit, la lune crache son venin dans les ruisseaux du ciel et, à chaque aurore, la patience s’écume dans le fourbi de la lumière.

 

Un rêve en forme de colombe déploie ses larges ailes entre les montagnes embuées de givre et les premiers rayons de soleil.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

Posté par lacollineauxciga à 10:52 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

23 novembre 2016

Buée invisible.

13511982_270232120003777_6122162434796042448_nSans la dimension temporelle qui accompagne mon esprit, la pensée n’est rien. Le chaos, lui-même, n’est plus qu’un précipice ha¬sardeux. Le temps, c’est la matière sur laquelle repose l’immobile marche du discernement. 

 

                            Le lapsus est le bras droit de la raison pragmatique. Le ciel se conjugue avec la mer et tout s’évanouit sur l’horizon uni-forme. 

 

Manchot, je fréquente les églises sans bénitier. Aveugle, je cours l'ho-rizon à la recherche de l'origine du temps qui pourrait me servir de canne. 

 

                        Toutes mes vétilles s’enfoncent apeurées dans cette main d’entente parodique. Je suis liquide dans la goutte de rosée et je cours dans le vent que je respire. 

 

Mais après tout, quelle importance ? N’être rien est sans doute la pa-nacée de l’amorphe substance qui me travaille. Je me vide et je me remplis au gré des marées de fumées traversières. 

 

Je suis et ne suis pas cet instant ouvert au monde, ce lance-pierre dans le secret des marges. Arriverai-je un jour à puiser un tasseau d’amour propre, un fragment d’émotion pure dans la tirelire du bon¬heur ? 

 

         Dans la maison de paille de mon enfance, des cris et des jouxtes

pisseuses s’envolent avec la poussière. 

 

Dans l’escarbille secouée, l’empreinte de l’aurore a bu maintes fois la tasse. Les jours paresseux ont stigmatisé la chute des vagues sur des lagunes sauvages. 

 

A présent, il m’importe de retrouver ces gouffres d’eau luisant d’aus-tères bravades. J’ai laissé là-bas un langage pourpre, une voix hu¬mide trempée de signes lapidaires. 

 

                       La fissure de l’innocence a le goût du sel dans la rou-geur des voûtes se ramifiant à la nuit clémente. 

 

J’ai conservé dans un coin de mes yeux l’air bleu tapissant le sol à travers les branchages. 

 

Une bulle de nostalgie s’évapore sur la cornée. L’invisible buée trace des chemins oubliés au cœur de la clarté et de ses chemins de pa-tience. 

 

J’ai oublié le premier éclat de la douleur. Il me sépare de la désola¬tion puérile et me retient éloigné du grand chambardement des ondes sensuelles. 

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

Posté par lacollineauxciga à 09:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

17 novembre 2016

NOUMENE EDITIONS

noumen_pub

Posté par lacollineauxciga à 18:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


15 novembre 2016

Enfin, lentement.

13511024_270251193335203_3536447761583129747_nIl faut sortir de l’urgence et du répit fiévreux pour se perdre dans la respiration de l’herbe tendre. Il faut s’extirper du cri où sommeille l’enfant que nous avons été.

Il faut décroiser l’aube de son obscurité posée sur la ligne suivante. 

 

Ne rien attendre sinon l’extensive marche vers l’autre. Ne rien façonner dans la minceur de la cendre. Ne pas se perdre dans la somme identitaire de ce que l’on est. 

 

Cœur aveugle sur une pente glissante, ballotage défavorable du sentiment brouillon, tout se cache dans le jaillissement des rayons de lumière. A l’improviste, le pilote automatique se déconnecte de toute emphase et il me laisse guider l’aube dégoulinant sous mes paupières. 

 

Je ne crains plus la chute dans ce territoire où la déception redouble d’intensité. Je redoute seulement le désespoir blotti sous la couverture imaginaire d’un paraître disgracieux. 

 

La décadence n’a pas d’odeur. Elle fatigue la clarté dans ses prismes belliqueux et l’obscurité nécrose les consciences pourtant affûtées par l’obèse réalité. L’on finit par croire que la terre, notre humble demeure, n’a pas assez de couverts pour inviter l’humanité à son banquet de beauté. 

 

J’accuse le jour fatigué de ses nuits blanches.

J’accuse l’insomnie récurrente pour sa contribution à d’hypothétiques aboutissements. Et je reste bloqué entre hier et demain comme un bourgeon rêveur d’expressions mesurant le temps écoulé. 

 

Tige verte traversant le sol,

respiration douce,

anneaux de couleurs,

corps aux allures d’un alphabet d’amour,

lèvres pansement, seins de lait,

cordon sécable de vie,

et puis tendresses à perte de vue…

Durant tout ce temps,

tu as tenu mon cœur sur la portée des étoiles. 

 

Mais, tu n’es plus là. Partie seule dans les contours de la clarté, tu me laisses tes croquis perforés de souvenirs étincelants. L’inconnu que tu me proposes endolorit toute introspection. Ma chair inquiète courtise le corps perdu en achevant sa caresse mélancolique.     

 

Aussi longtemps que la source reflue, tu marches sur ma neige. A l’apogée du pas sur la poudre blanche, tu esquisses le lien indicible de la promenade. L’empreinte éphémère s’est incrustée sur ma peau. Ton souffle mère a sillonné l’ombre docile jusqu’au purin de mes cris. 

 

Enkysté aux revers de ta silhouette,

ma respiration trépasse,

déconstruit, rompt avec l’existence

qui l’a précédée. 

 

Je dois trouver ma place dans le rassemblement et la diversité de tout l’excédent accumulé sur notre planète. Tout réside dans une certaine floculation des choses. L’expérience qui me nourrit parfois me désarme tant qu’elle assiège l’ombre où je rêve. 

 

Dans la faillite du temps observé, la parole s’ingénue à temporiser le silence. Fumée au cœur du dire, elle exclame la rigueur monotone du quotidien et parfois éclaire la sensation d’une parenté heureuse. 

 

Ecartelé entre un monde qui s’écroule et l’optimisme d’une surréalité subversive, je gratte mon cerveau comme pour mieux déchirer la fine couche de l’inconscient. Seule compte la présence affirmée. Seule témoigne l’heure où la lumière se couche pour reverdir l’espace entre les mots. Aussi déterminé que la mort souveraine, des mots cloués sur les lézardes de la Nature ravivent l’éclat des verbes échoués comme des ancres au fond des mers. 

 

Il faut si peu pour que le souffle rehausse la tête. Les mots chargés de raisins et de pommes grimpent aisément jusqu’aux gorges enflammées. 

 

L’air, dans sa cellule griffée, se répand volontiers au-dessus des roses sauvages surgissant d’une alcôve plus profonde. 

 

Lorsqu’une pensée douce touche l’âme et s’y égrène, la perception du monde engendre une faille qui échappe à la rugueuse tristesse des rameaux de la raison. 

 

Doucement, lentement, une immanente beauté transmue toutes les énergies de la patience pour atteindre la résonance infracassable de l’amour interrompu dans sa coulée débordante. 

 

Et sous le treillage du crépuscule des jours de friction, dans le brouillard des songes, un reflet de vie s’appuie fortement sur nos poitrines gorgées de tendresse. 

 

Aux sommets de nos jardins d’Eden,

l’amical éclaboussement du parfum de nos joies advient pour briser la faucille de l’innocence.  

 

Un instant, les rues ne savent plus où elles habitent. Un instant, les promesses de la lavande couchée dans les armoires ne sont plus que des rubans de parfums fanés. 

 

Partout. Partout, entends-tu vibrer, l’odeur du sang démoulée de sa cangue originelle ? Elle désencombre tous les artifices et elle ouvre de larges baies qui émergent du rivage des sons de la perception. 

 

Me voilà prestement assis dans l’oubli où je peaufine le gai savoir de l’émotion pure.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

Posté par lacollineauxciga à 21:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

08 novembre 2016

Ecriture aux crachoirs de nos glaires.

13510990_270269323333390_8809562036731976940_nEcriture ? Il y a trop de mots dans cette corbeille de fumée. De tout et de rien. Des phrases sans plus d’idées, des semences sans graines, des tubulures désossées, puis des sentences sans convictions et des expressions où la vie n’est plus. 

 

Je n’écris pas, je récite. Je ne parle plus, j’écris. Le mot ne cherche plus l’attrait prodigue de ses tonalités, il grimpe du vide pour venir sécher la langue. Non, je ne récite pas, je raconte. 

 

Je te dis une histoire, mon histoire. Mais ce n’est pas moi qui parle, c’est le parfum de vieilles tisanes refluant des crépuscules éteints. C’est le pinceau empâté de mélasses jaunies qui revient baver sa gouache épaisse. 

 

Il y a trop de mots masqués par l’anarchie de la tendresse pour que je parvienne vraiment à t’exprimer toute ma révolte et toute ma désillusion. 

 

Mes lèvres abasourdies susurrent un langage éperdu et complice. Puis, elles traînent quelques fagots défraîchis près de la cheminée afin de mieux brûler le temps qui passe.

 

L’âtre, même étincelant, reste un fade goutte-à-goutte. Le papier mâché demeure une pâte de cellulose que le feu fait disparaître. La toile est combustible et son tissu laisse entrevoir une page blanche avec de larges sillons éviscérés. 

 

Chaque main cherche dans l’écriture le reflet qui redore le « je » lâché en pâture aux regards convergents ou indifférents. 

 

Il y a bien longtemps que je n’écris plus pour les autres et je ne m’en rends compte qu’aujourd’hui. L’écriture est ma cuisine, ma bibliothèque, mon cirque de neige. C’est aussi cette nausée qu’il me faut extirper du fond de mon être pour avoir l’impression de me dévêtir de la fièvre qui m’assiège. 

 

Non, je n’écris pas, je lave ma mémoire,

j’épluche mes sens, je rafistole mes émotions.

Les mots, les mots, les mots…

Pas un ne saura jamais dire

la rumeur galopante à l’intérieur de mon être.

Pas un ne connaît avec exactitude

le silence bouillonnant comme une marmite sur le feu, le petit bruit de l’eau qui s’évapore.

Non, je n’écris pas, je me brûle les doigts. 

 

L’écriture est là pour grandir le souffle. Elle ouvre l’espace restée sur le qui-vive. Certains mots viennent frapper à ma porte, alors je les retourne à ton adresse comme des colis chargés d’émotions.

 

Je suis toujours seul avec la saignée du jour naissant qui se cogne à l’espace vide. Je brûle comme la dernière bûche restée dans l’âtre rougeoyant qui borde l’existence. 

 

Ce partage me décante comme une carafe entartrée et mes ruisseaux se couchent dans une carrière en flammes. 

 

Une boulette de mie de pain gronde au fond de ma gorge. Je la recrache aussitôt et je la confie aux hirondelles tournoyant dans mon ciel incendié. Quelquefois le feu remplace le soleil. Il émancipe le jaune brûlant des chaudes bouffées d’air. 

 

Un instant connecté à la dérive des mots,

j’écris le chant sculptural des marins perdus

dans la tempête éternelle

d’où personne ne revient.

J’écris le bruit de la foule

dans ce hall de gare brouillon

où perce le sifflement du train

que personne n’attend.

Les mots qui me viennent

ressemblent à des boulets de canon

défonçant mon esprit intoxiqué par la transparence. 

 

Toute l’incertitude dissimulée dans l’énigme du noir m’envahit. 

 

Il n’y a plus de pulpe ondoyante autour de la lune. L’écume singulière traverse l’océan obscur sur le dos des vagues. La détresse se joue de moi et je trébuche encore à l’orée du bois où l’amour se cache. La vérité s’impose comme une strate de liberté empirique. Enchevêtrée à la détermination, la doxa consacre l’acte au profit de ses lignes de fuite. 

 

Sur cette estrade sans spectacle, les mots à l’agonie se relèvent, se redressent comme des chardons en quête de soleil. Dans une symphonie étrange, ils dessinent des souffles glacés voyageant dans mes pensées et, par les trous noirs de l’esprit, ils chevauchent les évidences corrompues par la lumière. 

 

Tout est chiffonné.

Tout est en suspens dans le souffle.

Tout est un gribouillis d’évanescences,

de métamorphoses et d’écumes chauffées à blanc.

 

Une kyrielle d’images fantasques s’acharnent à briser les souvenirs les plus durs et dressent mon amour contre la mort. Toute ma liberté d’être se réfugie aux dernières limites du possible. 

 

A creuser la seconde perdue sur le fil du monde, j’ai fini par créer un espace indépendant, un lieu de mesure dématérialisé, une strate insonore où s’équilibrent les vibrations de l’instant avec toutes celles, universelles et invisibles, qui dorment dans la profondeur. 

 

A présent, j’ai cessé d’écrire, je tutoie l’apesanteur de l’insensibilité et j’écoute, aux portes de mes chambres à diapason, les frissons d’un cuivre en quête d’un accord compatible. 

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

Posté par lacollineauxciga à 20:41 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

03 novembre 2016

Je veux vivre.

13510753_270198563340466_1251823234276229095_nLa proximité permanente avec la mort m’oblige à réévaluer incessamment le lourd statut de la mémoire et celui de l’expérience. Avant de les restituer, je dois chaque jour reconsidérer le lot de paroles avalées et recrachés par les souffles de ma voix.   

 

     Impassibles, des épouvantes auréolées

par la sève durcie se dressent

sur tous les chemins imaginaires.

                 Dissimulés de-ci de-là

au cœur du champ courageux de mon crâne éventé,

flottent des épouvantails sans tête,

et des rideaux percés.

   A présent, l’aube s'évertue,

   sans y parvenir complètement,

à chasser les idées brouillonnes.

L’horizon jette l’ancre à l’intérieur de mes braises.

   Nus et félins, comme un chat sur la lune,

les intervalles trimbalent quelque chose ressemblant

à un tombeau d’ombres et de clartés. 

 

J’improvise le levain de cette roue qui tourne et nous emporte. Le temps nous est compté, il modèle les formes et déforme l’arithmétique de la longévité. Je sais à présent que nos différences s’annulent dans l’instant du baiser, dans celui de la lèvre rose posée sur la joue prompte de l’exactitude. Toute cette existence, extrême et plurielle, nos tissus intimes la parcourent d’un infiniment à-venir. 

 

Ce qui perdure s’accomplit sans notre consentement. Il n’y a rien à attendre des reflets consacrés aux racines de nos vies. Dès à présent, nos respirations se défendent, se révoltent et se désembruinent du patrimoine sensuel comme de simples échos s’égouttent sur le versant d’un sable recommencé. 

 

Ici et ailleurs en même temps, mon présent s’active à démanteler l’amas de grains odorants qui fait mur. Obstacle diffus, branches abandonnées et poussières grises agglutinées empêchent l’écoulement fluide de la raison observatrice. Stoïque et ordonnée, elle s’acharne à ranger et à comparer le miel sucré des jours d’abondance et l’acidité de l’humus ancestral. Elle trie et classe selon les critères aléatoires de ma présence au monde.  

 

     Sous mes pas ondulés, la terre croise le vent qui se lève. J’en conserve quelques miettes argileuses et des instants boueux d’émotion. Mais l’impatience du monde contrarie inlassablement les rêves qui chaloupent dans le miroir de l’homme seul avec lui-même.   

 

     Rien ne tient, rien ne s’accroche

     aux parois glissantes du superflu.

Ce monde n’en est pas un

pour l’unité de ma perception.

     L’authenticité est toujours contrariée

     par les codes ambiants.

Je crisse et je tourloupe

lorsque la nuit venue,

je vois s’animer les mimes contorsionnés

de mes pensées vulnérables.

Levure aérienne, tenue en éveil,

je marche en moi-même

dans le beffroi de mes nuits d’apocalypse.    

 

Je suis un chasse-neige au pays des remblais. Parapluie sans baïonnettes, je flotte avec la brise du monde qui m’entoure. Peuplé de désirs silencieux, je porte-voix au néant comme un océan enragé s’aveugle d’illusions.  

 

     Je ne crois pas que l’on n’écrive qu’avec des mots. Il existe tant de manières pour exhorter, puiser, recueillir les bribes de nos sources profondes.

 

       Je n’ai pas dit mon dernier mot.  

 

Réunis dans la semence de la parole et dans le jeu de la patience, les mots scrutent la survivance des projets initiaux. Que trouvera-t-on sous la pierre et les gravats des heures mortes ? 

 

Nécessité de l’air dans mes poumons, je convoite sans raison apparente l’émerveillement dans son alternative courbée. Je veux boire au lait de la terre et à l’expression de sa fougue nourricière. Je croque aux chants des arbres et je chante du regard sur les ombres passagères.  

 

L’entièreté de chacun de nous s’étale sur toute la surface de l’univers. L’oubli serti à nos doigts, nous traversons le feu avant le plein jour devenu une simple paille sèche. Sans plus attendre, nous brodons et remaillons l’intervalle où nous sommes blottis comme des œufs dans un nid douillet. 

 

    Je voyage d’exil en exil sur l’onde fragile des visages anonymes. Mes sens cohabitent avec les paris de la raison dans la pouponnière des souffrances inéluctables. Serviteurs parfois mensongers, ils raclent l’air au sommet des herbes folles. Instinctivement, je rougeoie comme une langue jetée au feu et sur le vif, je rebondis à l’assaut de nouveaux espoirs.

 

       Je n’ai pas dit mon dernier mot. 

 

               Je veux vivre sans raison.

   Quelle tricherie m’éloigne des civières de la mort ?

Je veux vivre simplement ou simplement vivre.  

 

          La sève qui brûle mon sang décline la mélancolie accablante de la spirale foisonnante de la mémoire. Je suis un être sublimé par l’existence, je suis l’immédiat sans limite et je créé le présent qui s’élève par les pores du temps inconditionnel. 

 

Voyage, voyage… Dans la vibration absorbant la vitesse, la lumière rejoint mes mains aventureuses et fébriles. Je touche aux frontières où la musique du monde mythifie le réel pour le noyer dans le soupir du rêve. 

 

          Dans un paradoxe égocentrique, mes songes se diffusent librement. Un récital orchestré par les cerises flirtant avec le soleil éconduit la chaude respiration des ondes exaltées. Au loin, les réverbères éteints de l’univers murmurent la morsure du chaos.   

 

     Je ne crois pas que l’on n’écrive qu’avec des plumes. Il existe tant de manières pour extraire, creuser, dévêtir les bribes de nos sources profondes.

 

       Je n’ai pas dit mon dernier mot. 

 

Nous sommes des déserts et des nuages selon la soif qui nous occupe. Le temps est un gouffre de poussières aveuglées et aveuglantes.

 

Dans la redondance des jours, l’heure nous broie et nous refaçonne. Que nous reste-t-il de l’instant, entier et éphémère, pour convertir nos illusions en de fermes réalités ?

 

Nous sommes des débutants, des apprentis sorciers empêtrés dans les malfaçons de nos coursives fantasmagoriques.  

 

Il faudra faire pencher la quête de vérité sous les paupières malades des existences transfigurées. Il faudra dérober à la grâce du jour son éternelle jouvence. Le hibou qui hulule se soucie peu de qui l’entend. La truite remontant la rivière sait le lieu de sa naissance. 

 

Nos corps sont des fictions ostentatoires, des chorégraphies artificielles, des exceptions momentanées où danse l’aube perpétuelle. Nous introduisons nos imaginaires dans le réel chaotique des remous déferlants. Nous débridons les roulements de tambours façonnant l’heure à nos poignets. Nous ajustons nos souffles à la respiration de nos cœurs fleuris comme l’on assemble les jarres pétulantes du parfum des étoiles.  

 

Vais-je enfin danser ? Ferais-je surgir les sons de mon royaume qui ne se trouvent pas dans ce monde ? Il me faut sauter hors du rang et quitter la ligne tranquille de la monotonie instrumentée par la fatalité. Je m’échappe de la pierre, bondis comme le lapin apeuré. Comme le vent, je cabriole sur l’herbe pour mieux me dissimuler dans l’ombre du buisson.  

 

       Je me tiens aux lèvres de l’instant et, virtuel comme lui, je m’éclipse aux rabots de ma poigne et me dissous dans la pulsion instantanée. Fontaine d’air, je ruisselle à l’angle de ma peau. Sur la façade ensoleillée, je suis l’obscure tache de vin suivant son chemin sous les pierres. 

 

                       Ni heure, ni siècle, ni infini.

La durée occupe la matière

et tient debout sur l’espace survolté.

          Ma chair avoue sa surface

          à l’intensité de l’immédiat.

Sous la main de mes fièvres familières,

je couve une lune natale

restée captive de milliers d’étoiles disparues.   

 

Dans les temps morts, la volonté de vivre s’ingénie à dévorer l’intime part du sommeil furtif où se dilatent nos corps et notre présence au monde. Souffre le matin où le gibet d’humeurs toise les toits d’une peau déchirée par une pluie d’avoine et de noix dures.  

 

    Violence et vie se conjuguent, s’attachent et se fuient. J’existe pour faire la paix avec le néant, la paix avec l’éternité, avec ce poil trop long qui ne cesse de me gratter le cœur. 

 

La terre se détache peu à peu de mon sang.

                Je nage dans un océan sans nom,

je crawle dans l’éclat dispersé

d’une gaîté inabordable.  

 

          Je veux vivre et surmonter l’épreuve du vide avec l’amour frugal d’une première goutte de rosée. Au lendemain d’un départ sans retour, je voudrais m’assoupir dans le cœur de l’instant qui palpite. Loin de souscrire à la faillite des altérités humaines, toujours plus corvéables et serviles, je me dé-sédentarise de l’heure volcanique portant la plainte au-delà de son cratère. 

 

          Je veux vivre sans déployer tout azimut le regret d’une enfance encordé aux miroirs de l’identité. Je veux vivre en ignorant le puissant décalage qui existe avec la conformité de ma vérité intrinsèque. Je me désolidarise de l'écriture conservant une trace labile de la mémoire antédiluvienne que de multiples failles menacent.  

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

Posté par lacollineauxciga à 07:06 - - Commentaires [3] - Permalien [#]

27 octobre 2016

Mon cœur est une pendule. Tic-tac, tu es là ; tic-tac, tu repars.

13509120_270231933337129_8169688447828838331_nPeut-être est-ce des avortons malingres qui défilent dans tes pensées comme des lames bleues échappées d’un ciel d’hypothèses métaphysiques ? Peut-être est-ce l’eau à la bouche que l’on va découvrir le désert rempli de rêves anciens devenus des limons riches d’aventures ? 

 

Mille courants d’air gonflent mes narines. Pourtant, lorsque je me retourne, aucune silhouette ne bat de l’aile. Rien non plus qui ne puisse ressembler à une ancre. Partout où je croyais être amarré, c’est la mouvance des jours qui déplace la permanence. Je suis aligné au mur, je ferme les yeux pour compter les secondes qui s’écoulent entre le bruit du tonnerre et l’éclair défigurant le noir.

 

Chaque rêve perle d’illusions toniques et chaque illusion conforte la réalité qui s’évade dans les nuages. Pourtant, le cœur se rappelle lorsqu’il était dans la nacelle du temps, lorsqu’il pleurait dans le noir pour que l’on vienne doucement le bercer. Pourtant, des yeux se croisent et s’enveloppent dans les marées montantes et se retrouvent sur l’île de la solitude pour y faire sécher le temps perdu.  

 

J’ai cousu des fragments de pierre blanche. J’ai tissé du sens à l’horizontale des chemins. Mais, rien ne demeure, tout fluctue sans cesse et se déplace. J’irai voir sous la grêle peut-être, l’énonciation d’un prénom, peut-être la parole d’un aveu. Il y a des types qui jouent de la guitare autour d’un feu. Les flammes sont des cordes de résonance. Je ne fais plus de différences entre les tam-tams du cœur et les crécelles vibrantes du désespoir. Je vis d’excipients et je voudrais mourir de rire. (un jour) 

 

Regarde avec moi cette forêt restée sombre, un ruisseau y crépite et des lèvres de mousse cherchent à s’embrasser. La vie nous a déshérités des souffles brûlants où s’énonce le tremblement des chairs. Du noir, au plus noir encore, du plus seul au plus désolé, du murmure au silence, mon regard se noie dans le passé et ne devine pas l’horizon des jours rassemblés dans le ventre du temps. Je suis cloué en moi-même dans l’étau du sang. On se croit toujours coupable d’un séisme surtout lorsqu’il emporte avec lui un être cher. Un moment, je suis obligé de m’accoupler au vide pour m’entretenir avec l’ombre que tu répands autour de mon chagrin. 

 

Je crois te reconnaître dans le creux d’une lumière douce. Alors, je lime l’obscurité où je dépose le blanc qui transgresse ma mémoire. Tu seras vivante ou tu ne seras pas. Tu as fui si souvent l’icône où s’est allongé ton souffle qu’il m’a fallu te border sans cesse comme un éclat de verre. 

 

L’heure n’avance plus, elle est bloquée, coincée comme une peau d’orange dans le grand mixeur du temps. J’ai dû grimper tout en haut de la façade de la cathédrale sculptée par le vent des siècles morts pour la déverrouiller à grands coups de masse. Trop légère, elle pèse le poids du néant. Elle ressemble à une statue figée surplombant une fontaine sans eau dont le mécanisme a subitement rouillé. Toutes les cascades sont momifiées. L’heure ne tourne plus et les minutes en apnée s’étouffent avant de tomber comme du gravier sur le sol. Il pleut des galets fendus et de la poussière sèche. 

 

Ma montre est arrêtée. Le métronome qui donne la cadence à mon cœur a cédé. Tout est dérythmé. L’urgence du réveil régurgite la science des choses. Le temps est momentanément absent. Pendant des heures entières, toute ma vie flotte dans la proximité des abysses. Les saisons n’ont plus d’espace à combler. Les feuilles mortes connaissent l’été, le désert est recouvert par les vagues furieuses de la tempête. Avril découpe ses fils, Mai décante comme une baudruche remplie de muguet frelaté. Seconde après seconde, toutes les vies explosent comme des bombes à retardement. Sur le cadran farouchement immobile, le tocsin silencieux dort dans la pénombre. Il est frappé par une incontinence muette qui se déverse dans l’abysse du vide.    

 

Un grand feu occupe la place du village, puis toutes les places. Le bois flambe dans une ribambelle d’étincelles, le bois est mort, vive le bois !

 

Je ne sais pas écrire. Trop de mots pour un seul. Mon écriture bouscule le vide mais ne sait pas encore égrener correctement le récit. Un amas de phrases crée la confusion. J’habite le cortège d’images indolentes où fusionnent ardeur et colère. Ma révolte se noie à l’intérieur de l’apostrophe que je voudrais imposer à la page. Des gribouillis s’amassent puis s’effondrent, incompétents. La feuille blanche reçoit l’onde de mon esprit et me la retourne comme un courrier intitulé à la mauvaise adresse. Il n’est pas d’heure pour inscrire l’absence. Il n’y a qu’un rien suprême sur une corde nue. 

 

L’éternité se dissimule dans l’eau qui court avant le soleil, dans le blanc précédant la neige : c’est la vie avant son inspiration. C’est la nuit en feu, gardienne patiente du désir qui ne connaît pas le manque. C’est le feu dans le noir qui ne sait rien du sulfure glapissant des lamentations et de la gazéification enrouée des plaintes amoureuses. C’est un autre monde, d’autres vies, d’autres confluences à l’intérieur de la vue, d’autres rêves fouilleurs où la joie est inséparable du jour. C’est le dernier détachement du corps après les luttes acharnées de la matière pour conserver dans son effervescence la mémoire animée du silence total. 

 

Toutes les distances se précèdent, s’intercèdent, s’accolent et continuent. Le temps n’a pas de répit. Il se répète sans se rééditer, il se poursuit, invariablement, comme une déchirure sans fin. L’éloignement et le rapprochement vont d’une même foulée, d’une même longueur et d’un même écart. 

 

Partout la tristesse d’hier est déjà en route vers l’abandon. Partout les lances de lumière portent le volume du jour sur le seuil de la porte à venir, déjà entrebâillée, prête pour l’enjambée future. 

 

Nous avons été vivants pour toujours parce que jamais est une hérésie conceptuelle. Nous ne parlons qu’une seule langue, celle de l’éloignement raccommodé au présent. Plus je suis proche de toi, plus j’en suis à des années Lumière. Plus je t’ausculte de mes souvenirs, plus ils deviennent périssables, inabordables et intouchables. Après toutes ces années écoulées, j’en viens à ne conserver de toi qu’un toujours abîmé comme une cabane inoccupée. J’habite désormais une mémoire altérée, une sensation modifiée par ce que je suis devenu : un autre moi-même, tout à la fois, semblable et différent. Toute la vie se déploie comme une dette impossible à résorber. Comme une capitulation sans concession, un temps asservi, un temps emprunté pour clarifier l’énigme que nous portons en nous-mêmes. 

 

Et cependant, il n’y a pas d’éternité sans toi. Il n’y a pas de durée à circonscrire, à juguler, à paralyser sans que tu y sois déjà lovée pareille à un édredon capitonné de fines plumes. Il n’y a pas de domaines pourvus d’équilibre sans que tu en sois la compensation naturelle.

 

Ce qui reste nous appartient ou du moins on le croit. Partout, dans le brouillard de mes songes, une voix retentit, une porte s’ouvre sur les ténèbres comme sur moi-même. Nos cœurs se renvoient leur double visage et la vie éclate comme un bourgeon en plein automne. 

 

La passion qui me saisit n’a pas de boucle. Elle tire droit le trait qui cherche l’absolu. Mon cœur est une pendule. Tic-tac, tu es là ; tic-tac, tu repars. L’éternelle attente du débordement laisse mes sens dans l’expectative d’une surabondance jamais acquise. Je cours d’une détresse à l’autre. Je n’ai pourtant besoin de rien. A priori, je n’ai mal nulle part. Quel est donc cet état insaturé qui m’assaille ? Je pense malgré moi, mon esprit décide à ma place. Que dois-je faire ? Me laisser berner ou accepter le défi ? Je sais l’inexactitude de la raison comme celle de mes sens. Je comprends ma situation mais cela ne m’empêche pas d’en souffrir. Je vibre d’une farandole sans avenir. D’un instant à l’autre, j’aurais franchi le Rubicon de ma détresse et d’autres ferveurs m’accableront. Quel étrange resserrement, respirer la marée montante et être asphyxié par le sel, narines gorgées d’iode sèche.

 

Aucune clarté ne résiste à l’appel de la connaissance intuitive. Aveugle, je marche quand même. L’outre-moi a la puissance de la foudre. 

 

J’aime pourtant ce rêve qui prend corps pour parjurer les ravins adhérant à la terre, et son parfum épais, touffu, tassé, me comble. Nos cœurs, comme des cordes où s’attachent nos peaux et nos regards, sont des broutilles d’amalgames et des imitations frauduleuses. De ce délit naît un délice, naît un voyage voluptueux et une syntaxe nouvelle. Tu es d’ailleurs devenue le cylindre, la roue et le cercle où chaque carré se demande pourquoi tu as fui l’angle droit. Même l’ovale se souvient du rond qu’il a embrassé avant de s’élancer. Tu te répètes dans une géométrie règlementée d’aléatoires contingences. Toute l’inflammation s’éclate comme de l’eau claire. Tu es bondissante. Des angles et des courbes neuves se profilent dans mon esprit comme des cascades de lunes blanches dans un ciel de coton. Un berceau d’amour tend ses bras potelés à notre croisade. Une campagne non dépourvue d'audace attend nos âmes. Nous serons munis d’un filet à papillons et nous fouetterons l’air afin de recueillir dans notre chute la membrane légère qui flotte dans les tourbillons. 

 

Le lien dans le temps essoufflé résiste à travers les âges comme le chant immuable de l’absence imbriquée dans sa fibre. Alors, nous existons. Alors, nous habitons l’heure dans son calme impérieux, dans sa vigueur spontanée, dans son émancipation lacunaire réduite à sa plus simple expression : celle d’Être.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

Posté par lacollineauxciga à 21:35 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

24 octobre 2016

Etre seul est un fait irréversible.

13508913_270269273333395_2235063941024715586_nNe devant rien saisir, il me faut accueillir. Que pourrais-je t’offrir d’autre que cette sincérité ? Je voudrais être le seau que l’on nettoie, la parole arrachée à la chaleur, la béance vive cachée derrière la sueur de la terre. Je sais ne plus être qu’une main ouverte comme un fruit éventré.

 

De façon irréfléchie, je découvre que l’on peut vivre de la même affirmation tonique que celle qui nous conduit à disparaître dans le tarissement de nos propres révoltes. C’est incidemment que je te reconnais incrémentée dans le miroir où mes yeux se posent. C’est dans l'avoir et la dépossession que l'être-en-soi se déchire. Je veux être nu une dernière fois. Je veux m’arracher à la terreur qui s’impose des oripeaux insaturés. Enfant, je croyais au loup et aux méchants fantômes qui punissaient parce qu’on dérogeait à la morale, à l’éducation qui sépare le bien du mal, au respect sévère de la droiture des mœurs. Et, je m’imposais l’ordre et la vertu, j’étais soumis à la crainte que j’avais de les contourner. 

 

Mais à présent, que veut dire exister ? Que veut dire espérer ?

 

Espérer n’est-ce pas exister ? Ce n’est pas véritablement toi que je veux, mais, moi, que je désire absolument. Me voilà contrarié !

 

Tout ce que j’imaginais comme une démarche altruiste n’est finalement qu’une supercherie, qu’un maquillage de ma propre considération. Je t’envisage est c’est déjà une illusion. Je te croise et t’amplifie et c’est la bagarre entre ce qui est et ce que je voudrais.

 

Peut-être, ne suis-je qu’une matière animée dépassée par l’événement d’être.

 

A quoi sert-il de se raconter ? Je n’en sais rien. Pourquoi se raconter ? Des milliers de raisons affluent mais une seule demeure déterminante : être soi. C'est-à-dire se sentir digne et fier ; résonner de l’estime que l’on s’accorde, mélangé à l’opaque lumière du dedans.

 

Que restera-t-il de cette extravagance de l’ego ? Aimer, est-ce s’accorder avec soi-même ? Aimer, est-ce concéder à la raison sa puissance et sa légitimité ?

 

Que veut dire exister ? Que veut dire espérer ?

 

Non ! L’offense est ailleurs. La parole en soi résonne des turbulences que nos âmes ont connues dans leurs traversées depuis l’origine du temps. 

 

Non, il ne faut pas seulement attendre et laisser filer le temps. Il faut également retrouver la part d’étonnement qui foudroie la réalité brute. Il faut apprendre à déculotter le sentiment pour l’offrir nu à l’ivresse des heures de vertige. Rien ne sert plus de regarder pour voir. Nous devons nous évanouir dans la beauté de l’amour comme un ruisseau se déverse dans une rivière. L’idée que j’ai du bonheur se régénère en s’adonnant à la joie. N’est-ce pas ainsi que l’on peut se délivrer des brassées d’angoisses qui trempent dans l’écume sommeillante de nos désirs ? 

 

Ce qui me manque se trouve là. Ce que je cherche est ici. En dehors de tout apitoiement, le réel s’organise de lui-même. L’intimité de la croyance bouleverse la chose établie.

 

A l’intérieur de ma peau se dessinent d’immenses fresques. Je perds de vue qui je suis au profit de ce que je vis. Sans résignation, sans compromis. Quelque chose me dit que la vie est plus grande. 

 

Alors, sans tarder, je m’accorde à résilier, du moins pour un temps, tous les petits conflits qui me retiennent prisonnier de ma vraie nature. Celle qui n’est pas souillée par la raison, celle qui est restée vierge et nue depuis ma naissance.

 

Ce qui me manque se trouve là. Ce que je recherche, au travers de toi, est ici.

 

La mort des moments de vie, de tous les moments. Moi, et seulement moi. Jamais moi. Et cependant, vivant comme le souffle, comme un rayon de soleil au cœur de la nuit.

 

J’habite ce cri immobile, cette espérance démystifiée, ce lac mélangé aux embruns. Ce lieu où tu n’as pas à revenir parce que tu ne l’as jamais quitté. Cette branche d’air où plus rien n’est bloqué, où plus rien ne s’efface dans l’ombre. J’adhère au réel. Je me catapulte par l’écriture. La communion est parvenue à avaler ton absence. Dépouillé, je suis entier. Je suis le rêve que j’occupe. 

 

J’ai les yeux fermés et la tête sous un carton. Je me sens seul dans mon corps, seul dans la peur et seul dans l’idée qui me représente. Aucun éclairage ne me semble satisfaisant. Mais, j’ai compris que cette solitude était le fruit du désespoir nourri par la rumeur du monde. En réalité, rien ne peut me séparer de toi. La communion qui nous assemble se révèle par cette part incommensurable de néant. C’est elle qui défie l’intégrité et la nature du monde. Et puis, je n’ai rien à affirmer ou à certifier. Je désire seulement être ce que je suis. Et le sentir.  

 

Je convoque tous les petits riens à vivre. Les petits riens de la parole, les petits riens de la pensée, les petits riens de l’amour.  Mais, je sais bien que toutes les évanescences ne nous permettent pas d’être aussi libres que le vent lorsqu’il chante par-dessus les cris rouillés du désespoir. Et moi, je te le dis encore une fois, c’est avec la légèreté de la certitude que je veux être nu une dernière fois. Je convoque le dépouillement intégral pour mieux le répudier du sacrifice et de la mort.

 

Je reste convaincu que la beauté est le lien commun de l’humanité, que la musique est la voix universelle de nos émotions. Nos sens sont des vérités outrepassant toutes les raisons, et tous les fourmillements de nos pensées.  

 

Je suis le monde. Je suis la vie. Il n’y a d’existence que la certitude de nos faims et de nos soifs. La certitude d’être immunisé de la mort jusqu’à sa venue irrémédiable. La mort telle une immobilité relative, telle un décrassage de tous les abus, telle un précipice de l’inexistant condamné à la sérénité parfaite. Déshumanisés, nos os doivent sans doute regretter leur moelle. Cependant, il n’y a de nostalgie que ce pain partagé dont on voudrait retrouver la saveur pour qu’elle soit intarissable. Et puis toi, ma douce égérie, je t’ai rendue coupable de mon égoïsme à te vouloir telle que je te concevais.  

 

Variations confuses, je m’imbibe et me madéfie de l’ébriété d’une planète sans visage. Je m’inocule de sensations fourbes et intraduisibles. 

 

Nous sommes des marques inscrites sur nous-mêmes. Nous avons la sensation de marcher sur des landes de vie alors que nous ne foulons que des limailles d’existence. Chaque nuit, une ruée de rêves s’empare des rails à l’envers du temps et je brigande le convoi des étoiles dans le ventre du ciel. Est-ce ton reflet sous la lune ? Je flâne sur l’intention comme une araignée marche sur l’eau. Le chemin est invisible et mon cœur renifle comme un chien perdu.  

 

Au hasard de la marche, des feuilles craquent et des herbes se courbent avant même que mes pieds les foulent. Serions-nous en automne que je ne pourrais le discerner. Demain, un jet de pierre recouvrira la nappe sonore. Demain, la profondeur sera une terre d’asile. Nous marcherons sur la surface de l’azur et nous tremblerons de la mémoire qui nous secoue.

 

Nous jaillissons de nos cœurs comme des lueurs éteintes depuis des siècles. Et la terre revêt toujours une apparence de poudre blanche énigmatique.  

 

Regarde encore derrière nous et dis-moi si tu es cette statue pétrifiée de farine blanche. L’amour, dans le brio de son désordre, offre ses plus belles épreuves à la confusion des sens. Il n’y a pas de mots assez sourds pour évoquer ce que le malheur peut transporter d’inévitables tendresses. Il n’y a pas assez de place pour le chant des libellules alignées sur le fil de nos bouches. Il n’y a que l’espoir du hibou hululant là-bas dans la clairière.  

 

Un souvenir se réveille, identique aux courses d’un cœur fatigué qui rame jusqu’à la côte. Une évocation virtuelle tramée de ta silhouette. Est-ce seulement un souvenir ou bien est-ce cette loque bavarde fouillant les mémoires pour dénoncer la constance des rêves ? Je pourrais croire à des aveux jamais entendus, à des désespoirs jamais taris. L’amour détermine les liens qui se font et qui se défont aussi sûrement que l’empreinte de nos vérités d’existence. Je ne crois pas qu’il faille souhaiter être deux ou plus nombreux à occuper le vide ressenti sous la chair. Etre seul est un fait irréversible. Je crois davantage à l’accompagnement des êtres à l’intérieur de nos solitudes. L’escorte nous est envisageable, souhaitable, indispensable. 

 

Je connais cette voix qui me parle sans cesse des jours bleus enfoncés dans tes sourires. Je reconnais ces lianes tressées qui jouent de la musique en prétendant être des cordes de guitare. C’est une lueur qui danse dans le noir, tsigane parmi les tsiganes, c’est le rythme qui bat la chamade autour du feu éclairant à chaudes bouffées de lumière les visages perdus. Un souvenir s’éveille. Un rêve s’en va. Des échos se croisent. Tu es là, les mains tombantes comme la nuit qui surgit. Tu es là, rayonnante comme une étincelle brûlante jouant dans le noir. Ta voix est sur mes lèvres. Tu chavires dans l’ombre qui accompagne les pensées dévêtues, et tu tires ta révérence comme le font les fées un soir de grandes beuveries. Saoul et berné par l’ivresse des beautés du monde, je m’assoupis au cœur des souffles qui murmurent ta présence. J’habite le souvenir comme une étoile filante. Je suis devenu le pouls des heures où se transperce la matière. Je suis l’oiseau sur le perchoir, l’olive qui s’est détachée de l’arbre, je suis l’eau et l’air qui te recueillent.  

 

Des remontées de mémoire viennent ici piller l’instant. Elles s’emparent de nos entrailles et se hissent dans les filets des jours heureux qu’elles ramènent à la surface comme ces gouttes d’eau salée sur le bord de nos yeux.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

Posté par lacollineauxciga à 20:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]