Bruno ODILE

19 octobre 2017

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18 octobre 2017

Sur le rebord de soi et des autres.

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Un peu plus tard, nous reviendrons sur la pente où nos mains ont glissé. Nous chercherons le point d’appui que nous n’avions pas vu, le creux dans la pierre où notre pied a cédé. Il y a toujours un retour de flamme incongru, un moment accordé pour recommencer le chemin déjà parcouru. A l’écart, sur le rebord de soi et de sa chair, on imagine le monde tel qu’il aurait pu être. Si tout s’était déroulé autrement. Si tout avait souri à nos foulées claires. Mais, on en revient toujours à la chute. On redimensionne notre esprit à la terre qui s’est effritée, à l’avalanche qui a recouvert nos ombres et notre misère.

 

Je suis revenu mille fois au chevet de notre histoire. Mon regard n’a jamais su se détourner de l’absence, de la place vide, de l’espace inoccupé. Il y a un trou grandissant à l’intérieur de mon présent. Une baie reflétant les ruines immobiles qu’une mousse verte a ensevelies.

 

Nous sommes partis, nous sommes allés ; à l’insu de nos liens, l’avenir nous a portés. La puissance des pas nous a entraînés. La force des jours qui se suivent et se renouvellent nous a départis. Une vie s’écrase sur une autre vie. L’air file vers l’éloge du temps. La fuite déblaie le jour de ses charges habituelles. Je ne peux plus tourner la tête. Derrière moi, les souvenirs cornés par le vent amputent le regard. Mon dos touche les violences muettes qui dégringolent de mes sentiments.

Mes mains s’appuient dessus. Elles atteignent des hauteurs vertigineuses. On ne pourra jamais plus reculer. Malgré la lourdeur des jambes, malgré le poids de la pierre restée dans nos ventres, il nous faut avancer. La lourdeur, c’est ce qui nous fait rester debout sans nous, c’est la sensation d’ancrage qui nous retient chevillés à l’essentiel. C’est ce qui nous a rendus unanimes dans l’indispensable prise d’air. 

 

Demain sera lourd de mille choses et léger d’espérances. Demain ira rejoindre l’inconnu en se présentant chargé comme une mule à huit pattes. Quatre pour l’équilibre et quatre pour laver l’affront du jour qui s’est couché sans nous prendre dans ses bras. Et, il faudra reprendre le pas, écouter l’haleine de son cœur, remettre le jour tout entier dans sa camisole d’étreintes insupportables. Alors, je marcherai les yeux plantés dans l’horizon, je marcherai nu, malgré l’étoffe de ton sang au travers de mon chemin.

Je suis mort comme toi depuis que mon corps se refuse à lui-même. Mon futur s’est désagrégé dans l’instant où mon pouls a tremblé comme la poitrine de l’air après une détonation. Je suis enrôlé à l’ombre de ton départ. Mes yeux piquent et ma voix se fait l’écho du vertige. Je suis un vide qui s’appuie sur une matière disparue, comme un écho diffusé en boucle sur le rebord de mon cœur.

 

Dans le sang d’un féroce désir, tu as mis tes mains de cendre pour me faire naître après ta mort. Et dans les entrailles de ma solitude, je me promène dans la cassure sans fin. Toutes mes rivières aux sources fertiles sont vouées à sortir de leur lit à un moment ou à un autre. Témoin d’un bonheur plus haut que l’ivresse et plus pénétrant qu’une simple découverte, l’amour nous condamne à vibrer comme des vitres après la détonation du tonnerre.

Ta vie fauchée par la sangle du noir séculaire a repris souffle contre le temps. Quelques portes étroites m’ouvrent le chemin vers d’autres connivences. A bonheur inégal, mon cœur tisse de nouveaux cocons sur des espaces funambules. Le désir d’absolu qui me brûle prend la forme de ton souffle. Avec l’enchantement d’une parole pulsée, il affirme sa lame bleutée à la pleine lumière et il métamorphose la perte traquée par l’innocence et la folie.  

 

Je croyais les heures fermées pour toujours et mes tempes affligées à la monotonie des gris froids et monotones. Il n’en est rien. Le silence est plus vaste et plus beau lorsque nous bavardons encore dans l’obscurité comme des pies insatiables. Nous voilà perchés plus haut que nos rêves d’antan. Nous sommes parfumés de tendresse comme le printemps et nous jouons sur les cimes des platanes comme ces fourmis ignorant le vertige.  

 

Le désir exclu la probabilité, exclu l’hypothèse d’un réel chargé des pénuries dévouées à la privation. Ta bouche plie au hasard des nécessités et c’est ce que l’on sait qui devient alors notre défaillance. La lucidité a des pudeurs acérées lorsqu’elle déforge les soudures les plus tenaces. Elle n’interpelle pas la foudre, puisque au contraire, elle s’y catastrophe.

 

Dévorés, nous sommes des êtres dévorés. Absorbés par ces appels incessants qui nous interpellent afin d’être inexistants d’amertume, soldés d’attention inopportunes. Un rayon de lumière brûle encore dans la lampe que tu as oublié d’éteindre sur la colline. Nos élans sont retenus dans les branches de chênes verts et dans les souvenirs indélébiles qui traversent la lucarne. Rien n’est rassasié, tout est reclus dans les fosses de l’attente. L’espoir pleut dans l’obscurité devenue un message au bout de l’inconnu de la vie.

Dépassés, nos paramètres par défaut accomplissent l’irréfléchi. Ils nous extirpent de nos carcans comme une explosion de bourgeons. C’est fou comme le printemps a la puissance des germinations incontrôlées. Il faudra bien que la fleur meure pour que le fruit pousse et s’impose au soleil. Ce fruit juteux, il nous faudra le manger avant qu’il ne pourrisse sur pied et n’emporte avec lui tous les autres dans une macération propice à la putréfaction.

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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12 octobre 2017

Appartenir au désir comme une joie évasive.

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Avec le temps, va, roule et s’envole la poussière tourbillonnante de la révolte. Inutile de fossoyer dans le brouillard ou de chercher à ensevelir la douleur de l’absence avec perte et fracas. On n’oublie pas, et ça dure. On ne change guère et ça pèse. On tripote longtemps l’idée d’un sourire perdu, d’une présence manquante. Au fond, le passé est toujours une actualité qui pirate le présent. Il nous impose ses souvenirs, ses éblouissements et sa fureur. Il faut du temps, beaucoup de temps pour épouser à nouveau le cœur de celui qui est parti.

 

L’amour fredonne ce que tu m’as laissé dans une durée incompressible. C’est une fracture au creux de la main solitaire. C’est une chaîne fluorescente au cœur de la nuit. Mes sens entretiennent notre jardin, élaguent les distances, défrichent les étendues trop grandes et arasent les haies qui nous dépassent. On ne se quitte jamais vraiment.

 

Longtemps, j’ai conservé cette idée un peu folle que je pourrais guérir de cette plaie béante et que je finirais par la recoudre malgré son infection turgescente.

Par moments, aujourd’hui encore, je vacille dans la cicatrice que je rouvre au coin d’une larme nostalgique. Puis, je tourne la page, je me reprends et recolle à mes yeux. Je sais qu'il suffit de peu pour que ta présence m’envahisse. Alors, je hausse le cœur et je marche avec lui, l’émotion emmitouflée dans le silence. Quoique je puisse faire, je ne suis que moi-même. Je ne tourne pas la tête, mais mon regard chasse l’horizon. L'empreinte n’est jamais morte. Elle sommeille dans la brume et réapparaît sitôt la clarté revenue sur le miroir.

 

Avec le temps qui passe, l’amour n’a plus d’heure dans sa parole et il s’entortille à nos gorges resserrées, presque étouffées par le rappel d’échos aux sonorités familières. Nous gémissons sur nous-mêmes avant de comprendre que notre solitude n’existe plus vraiment depuis que le cœur de l’autre respire dans notre poitrine.    

 

A la lisière du changement, le temps perdu ne se rattrape pas. L’amour disparu ne résiste pas à l’absence. Ta voix est un bruit tombé sur le sol devant moi et je la ramasse dans le poing fermé du silence. Ta présence se déploie sur le qui-vive du monde. C’est une tonalité qui élague, dépouille et brise la carapace de l’air. Seule la flamme qui lèche encore nos étoiles peut nous aider à reconquérir un espace que l’on croyait devenu une terre déserte et anéantie.

 

Vivre avec les autres est encore la meilleure manière de passer inaperçu. Issue de l’abandon, ma tendresse est cette flaque de ténèbres où se reflète le ciel. Nous ne sommes jamais là où nous pensons être. Je suis ce qui me désigne. Tantôt une épave nue grondant à chaque effleurement, tantôt farine du temps où la faim demeure. J’ai trop fouillé les entrailles de la disparition. Voilà, ta bouche, tes yeux et ton cœur où siège le monde inventé, le monde éventé. N’apparaît bien que ce qui est révolu. L’instant se fout de sa dérisoire teneur, il nous catapulte au-devant de nous-mêmes sur d’innombrables chemins d’ennui et de lutte. Demain commence toujours par une aube à construire et nous marchons du seul pas que nous connaissons. Répétant sans cesse l’avancée comme une rengaine, la mort restera toujours l’extrême sensation finale, l’excessive perception qui dépasse la vie d’une tête. Ma vie n’est plus qu’un roseau dans la roubine, un encens et une braise où nos mains se rejoignent. Je suis aussi ce que je ne choisis pas.  

 

Peau découpée dans l'aube des fenêtres, l’écriture devance le monde et dans les fêlures en brûlis, le réel n’est plus qu’une langue morte. L’éveil froisse l’horizon, la chandelle ne tient plus la flamme, le désordre ensevelit la raison la plus rangée. Nos cœurs ont connu l’apothéose et l’excès de noir s’est dissout comme du charbon dans un poêle. Nos visages s’enfoncent doucement dans la matrice originelle où je te rejoins. L’écart est après la peau. Ce n’est que dans la dépossession des choses matérielles que nos routes soulèvent nos âmes jusqu’au discernement total.

 

Te revoir, c’est mourir à nouveau de mille et une contemplations chimériques. Mon cœur ouvre ses bras, il te prend et t’enserre comme une corde étrangle sa proie. Tu n’es plus toi, tu es ce qu’il me convient que tu sois. Le réel est une détresse outrancière, je te fais rêve pour mieux consentir à la vérité qui me cerne. Pour t’aimer davantage, j’abandonne toute action. L’acte est trop lourd et le mouvement ne distingue pas le soleil réconcilié avec la poussière. Et puis, il ne saurait nous contenir comme autrefois. C’est pour cela que je préfère encore ce lâcher d’ombres où je te réinvente et où mon cœur s’affirme.

 

L’inachevé est une mort latente, une mort attendue par le silence définitif. Le désœuvrement s’abandonne à cette pincée d’espoir que rien ne déloge. Et pourtant, le temps qui se termine renvoie systématiquement à ce lieu dépourvu où tout s’est arrêté. Une ombre nous suit comme une valise sur un âne et plus aucun rêve n'effectue le chemin à l’envers. Tout est laissé là, dans une pénombre infructueuse, sans élan et sans mouvement. L’immobilité est aussi lourde qu’une charrue de plomb posée dans le désert. Notre communauté d’existence ne fleurit plus que dans le songe perturbé par son insignifiance. Je mords ta chair et tu ne cries plus. Toute notre histoire inachevée m’accompagne comme un brassard de rêves où la concorde des temps révolus s’aligne sur le mur des condamnés. Et lorsque la pétarade achève enfin la carence, c’est au tour de nos ventres de grommeler la tristesse allongée à terre. La vérité de ce que nous sommes et de ce que nous devenons marche dans une nuit intolérable. Nous nous assemblons dans l’épuisement comme deux nuages après l’orage. Nos cendres et nos ruines deviennent vite le rejet de nos amours corrompus et de nos peines indéfectibles.

 

Nous sommes neutralisés comme des forbans encerclés par la police de la raison. Il y a toujours en soi une part incertaine qui déjoue notre réalité. Dans la marche, chaque pas oublie les précédents et les emporte néanmoins sur la route future. Nos dépôts relégués en fond de bouteilles ne supportent plus d’être agités. Il faudra vider le flacon et le rincer abondamment. Ce qui est inachevé continue sa course dans les verres vides. L’amour est une arme à double tranchant. Ce que je donne et reçois me dépeuple et me remplit sans jamais se soucier de la bonne dose. Nos cœurs soucieux de justice se désaltèrent malgré les fumigènes qui cachent leur source.

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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06 octobre 2017

Ne pas céder aux roulis du vide

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               Quelle voix surgit près de moi ? Quel gémissement titille mon oreille ? Dans le silence du monde, j’entends battre mon propre cœur. Je suis ballotté par une tension qui n’est pas la mienne. Je communie avec une promenade sans frontière, un lieu virtuel où les mots et les âmes se décolorent.

 

Il y a une vie derrière les paroles. Au fond de chaque mot, une histoire se trame. Comme une bougie sous un abat-jour, comme un grain de lumière sous la porte, comme le masque tenu devant le visage vivant, l’ombre qui nous suit absorbe la fièvre fissurant les limites de nos impuissances.

 

                 L’inconnu apparaît comme une douleur pour l’esprit assaillant notre corps. Rien ne nous est vraiment dissimulé en dehors de l’impact avec l’infini. Nos gestes sont des points, nos rires des virgules et nos volontés des guillemets ouverts sur l’horizon.

 

                          Tous les mots sont rangés dans la même pataugeoire, dans le même bassin d’assertions réglementées. Nos voix sont des signes aériens dictés par le goutte-à-goutte de ce qui se meurt à l’intérieur de la chair.

 

Jamais assez de nudité pour étreindre le vide. Toujours cette fosse terrifiante protégeant la raison. L’assise fortifiée repose l’esprit volage. Dans la cacophonie de l’illusion, la folie et le discours pur se mélangent, s’entrechoquent et se dispersent.

 

Par une opposition soutenue, le jour et la nuit se retiennent par les mains comme les nœuds des marins lorsqu’ils restent à quai s’informant mutuellement des transparences mutantes.

 

Nos gestes sont des points forgés sur la pierre, nos rires des virgules frivoles et nos résolutions des ponctuations ouvertes sur l’horizon.

 

                Acculées au persistant devenir, l’amour, la haine et la colère enveloppent doucement l’encéphale brûlant de nos émotions et, en un instant, apaisent les méandres entrouverts de la direction.

 

            Où aller ? Où marcher ? Toutes les routes s’offrent à la marche en avant. Laquelle procurera l’accomplissement de la découverte heureuse ?

 

Assez de retour sur soi, de sondages introspectifs hasardeux, je veux être une corde vocale dans l’apesanteur des trous du ciel.

 

          Ce que mes yeux ne voient pas, mes sens l’évaluent avec plus ou moins d’à-propos. Je connais le sommeil qui distance et l’heure affriolante de l’intervalle juteux. Un geste, un trajet, un estuaire, un delta, un lieu d’explosion ravive toutes les espérances.

 

            On ne peut porter à son cou toutes les misères du monde. Ma conscience aggrave mes peines. Trop de lucidité accable la réalité de multiples fardeaux.

 

   Mais qu’est-ce que le temps sinon l’ombre portée de la vie sur elle-même ?

 

Seul, je chavire déjà à mes propres faiblesses. Une poignée de clarté dans la voix pourrait orienter le silence vers d’autres contrées, dans une course insoutenable où les formes déconcertantes de la parole s’éteindraient sitôt le souffle recraché par la poitrine.

 

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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29 septembre 2017

Parmi les pierres.

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Quelqu’un tisse une toison d’éclairs sur le mur d’en face. Glaneurs infatigables, les plis de la bouche s’ouvrent et se ferment sous la luminosité intermittente.

 

        Je vois une langue qui s’agite, roulant dans l’air et tournant vers la lumière. Un mot dans la gorge s’éclaire puis disparaît dans le puits des songes.

 

Un peu plus loin, une femme se penche puis s’approche. Marchera-t-elle jusqu’à sortir de l’ombre ? Âme frileuse, farouche, lassée par le brouillard, elle parle encore à voix basse.

 

            Mes sens défaillent, mon cœur sans provision hallucine. Je boite à hue et à dia aux sources de dilettante. Derrière la fenêtre ronde, des cheveux blancs tombent sur la cendre froide du silence.

 

J’ai beau chercher, je ne vois pas la terre humide, ni le shampoing du ciel.

 

Mes mains voudraient toucher le bleu fantôme, même si je ne le discerne pas. Vraiment, cette lumière d’été est un vertige.

 

          Inutile de chanter, nous ne sommes pas préparés à une fête dans le vide. Nomades impertinents, nous recomposons l’inlassable pour le faire durer par-delà les barrières de l’imaginaire.

 

Mandibules apprivoisées, des racines cheminent la mer intérieure où l’on navigue doucement. Notre vertige égale les vagues et nous brûlons de nos tempêtes intestines.

 

   Aux pas bleus, l’herbe roucoule et l’invisible passage du néant s’acharne à renverser le soleil sur sa tranche.

 

      Un ravin pénètre nos bouches et nos gestes infusent à la lisière d’un site inoccupé. Plus rien ne subsiste, si ce n’est cette ouverture flasque dans l’épaisseur du monde.

 

Témoin, bien malgré moi, du chahut qui fait vibrer les hommes, il me faut franchir l’injuste moment où la parole devient matière.

 

Partout.

Encore.

Des chaînes et des canons offusquent la chair dévastée dans son auguste logis. Le sang répandu depuis des siècles pleure la Vie enfermée dans un tombeau de feu où s’alarme la beauté.

 

             Une forêt de bras et de jambes s’inonde dans la mémoire siphonnée par l’apesanteur des êtres. Ensevelie dans mon intimité, une boucle innommable remonte mon corps effarouché.

 

Je vis ici plus qu’une vie d’homme. L’acte incohérent de vivre ruisselle là où l’action elle-même s’effondre sur d’autres fonds que les miens.

 

Je n’oublie rien du geste. Mon corps saborde les lentes flottaisons qui expient mes larves de raison.

 

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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19 septembre 2017

Les mots de l’attrape-jour.

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         Je ne saurais rien te dire sur l’imperceptible parfum de l’avenir. De ce frottement à la charnière

des heures, de cette confrontation entre vacarme et silence, de cette jointure au monde ; il manque toujours un sourire à nos soupirs.

 

Tous ces espaces transitoires, je les imagine chalouper de vague en vague, surfant de ligne en ligne comme un refrain décadent, comme une rengaine ancienne renaissant sur le jour à venir.

 

Des suites chiffonnées réduisent ou augmentent la différence de perception entre le temps mort et le moment de satiété.

 

         Chaque phrase imaginée patiente en silence dans la parallèle d’une musique errante.

 

     L’humeur tire à balles blanches sur nos compréhensions. La parole est alors coincée entre deux mondes impossibles :

 

celui évoquant la blessure qui nous suit depuis le début du temps

et

celui de la mort incomplète où il manque la signature de nos témoignages.

 

    Cahin-caha, les mots nous maintiennent avec difficulté dans l’expression codifiée. Je te parle et tu me comprends. Du moins, tu filtres le message reçu et tu t’accroches à un raisonnement.

 

Tu captes les images diffusées et tu les accordes avec le son de ma voix. La communication s’effectue sur des données symétriques mais demeure imperceptible au-delà du sens normé.

 

Te dire je t’aime revient à t’informer des sentiments que je te porte sans que tu ne puisses pour autant savoir avec précision la teneur de ces derniers. Et si à ton tour tu ressens une attirance, tu te demanderas toujours jusqu’où je t’aime.

 

           Il y a le moment inexplicable de l’osmose, du langage diffusé et perçu comme l’odeur de son propre sang. L’excellence de la réception parfaite, celle qui nous surprend au point de nous confondre.

 

Cet instant où l’on comprend la cérémonie de l’air parce qu’on l’a toujours su revitaliser nos poumons. Une seconde close où sonne le diapason, où la confidentialité est mise à nue de telle sorte que nous avons la sensation de vivre la même chose.

 

        Alors que nos corps se mélangent, se caressent et se partagent, tout à coup, les mots nous échappent.

 

      Combien sommes-nous divaguant lorsque nous faisons l’amour ?

         Incapables de dire, marmonnant des syllabes   

      incompréhensibles. L’acte et les mots se déchirant jusqu’à ne plus représenter ce que nous ressentons vraiment ?

 

Où est le porte-gorge, le porte-lanterne, le porte-voix ? À dire le mot juste, le corps se dévêt. La colonne vertébrale de l’instinct met à nu la chair même du destin enraciné en soi.

 

       J’habite trop souvent l’image cuterrée et dérobée, dont je tente de recoudre les traits que le miroir me refuse.

 

Comme il peut être doux de vivre l’essentiel à sa source. Le mot

 

s’évanouit dans sa dérisoire vapeur d’encre chaude. Sans pourquoi, sans autre souffle que celui de la respiration.

 

N’est-il pas subtil de se défaire de toutes choses pour n’en préserver que le simple élément instinctif ?

 

      L'effacement peut devenir la magnifique lie de nos épanchements.

 

L’abrogation de soi, la rupture à la fibule de tes mots où se délite le souvenir transpirant et insomniaque de mes forces sauvages, vivaces, invisibles et secrètes.

 

            Je suis à l’encoche imprévisible des sens, dans le frémissement de l’attente corrosive et je bute sur l’essoufflement de la répétition, à la croisée de ta bouche où s’enflamme le silence.

 

Chaque jour neuf m’affûte de l’inconcevable que mes faits et gestes rendent possible. Ensemble, mon cœur et mon corps retentissent des choses qui n’arrivent jamais. Cette mort au cœur de la vie est trop grande pour que spontanément une fleur de jaspe puisse orner le pendentif m’invitant à rejoindre le chaos dans sa perspective indéfini.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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14 septembre 2017

Union des Auteurs et des Créateurs d'Art du Languedoc-Roussillon

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U A C A L R 1er Réseau Culturel de Partage Solidaire

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13 septembre 2017

Avancer pour ne pas ressentir l’emprise du néant.

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La mort d’aujourd’hui me parle d’insomnies récurrentes. Moi qui n’ai qu’une fine lumière lointaine dans mon jardin de vie. Je baigne dans une liqueur d’étincelles où la pesanteur charnelle incarne l’horizon. Je respire l’odeur de l’effacement au centre obscur du monde.

 

Hier encore, je levai la tête pour imaginer la parole aux cimes du ciel. Je sais à présent qu’elle déborde tous les chemins du chaos. Je sais qu’elle est la seule corde pour gravir les sommets de l’existence.

 

             Tout au long de la route, j’ai croisé le cruel mensonge d’aimer vivre. Je suis compact sur la voie ouverte aux exigences de l’aliénation subjective. Je sors, à nouveau, de défuntes envies pour retourner vers la soumission collective qui enveloppe une léthargie comportementale formatée.

 

La mort d’aujourd’hui s’effacera à l’orée d’une plus grande découverte d’anéantissement. Parce que derrière chaque lumière se cache un sentier qui mène éternellement à soi. La parole devient vite une imposture pour les cœurs au galop. Tous les mots dictés par la tribu du désir se propagent au feu du corps ardent.

 

  Le ressenti n’a pas de voix, n’a pas de choix. Nous sommes tous muets de l’espoir qui réconcilie l’être et le devenir avec la chorale de nos gestes. Chaque tonalité devient trop volatile pour être domptée.

 

       La musique retentissante dans mon âme ressemble à celle qui s’échappe des gouffres incertains où l’ébullition de l’eau de la terre n’est plus qu’une vapeur blanche. 

 

 

 *******

 

 Même dans un bouche-à-bouche insensible, les mots font trop de bruit. Il y a trop de fracas de feuilles mortes dans le son d’une voix.

 

Je m’efforce de peindre le bourdonnement aux couleurs de mon souffle, mais mille étages de couleurs s’effondrent en avançant.

 

      Qu’importe entre quelle hanche ou dans quelle poitrine le vacarme se glisse. Nous marchons tous vers la même extrémité.

 

         Je pense encore avec les yeux cloués dans les labyrinthes de l’abîme. Fils du désastre et de la joie, je tintinnabule sous un nénuphar solitaire tapi derrière la lune.

 

En soi-même, exclusivement, l’espace se garantit une limite. Je suis le frontiériste des convoyeurs d’air. Je demeure un passant, un grain de poussière sifflant dans la bourrasque automnale.

 

  Chacune de mes victoires existentielles imbibe tous mes échecs d’une sueur empoissonnée. Ma voix offre à la pesanteur tout l’unisson vibrant dans mes racines.

 

     Mon parcours est celui d’un bohémien. Je cours les chemins abandonnés à l’acte réprobateur et aux signes discursifs.

 

Le rouge de mon sang est un pigment du soleil levant qui a été bercé par une tourmente dissolvante.

 

Quoiqu’il en soit, les couleurs de l’arc-en-ciel n’ont que deux préoccupations essentielles : se répandre et se mélanger pour faire corps d’une seule intensité.

 

  Mes lèvres sont façonnées par la luminosité qui m’étrille. Ma voix est debout comme une larme rampante sur la cornée de mes yeux.

 

         J’ai peur de penser.

         Peur de croire le déluge plus utile qu’une simple

         mousson.

         Peur d’imaginer l’absolu nécessaire à la simple

         intention.

 

Je redoute de découvrir en moi le désastre de mes origines d’homme et les empreintes répandues autour d’une chrysalide vide. Je crains que le sacrifice lié à l’existence soit l'autel d’une logique trop méthodique.

 

   Tout ce qui éclaire ma vie intime accable la nature de sa trop grande puissance.

 

             Je m’effrite comme une raison qui ne connaît pas son fondement. Dissolu, j’arriverai à moi-même dissolu et fragmenté comme une matrice échouée sur l’artifice de l’amour incessant.

 

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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06 septembre 2017

Sur la tranche translucide des mots.

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     J’écris à présent comme on dépose une seconde de réalité insaisissable sur les fêlures de l’oubli. Clos

dans un monde qui s’achève là où il commence, je suis cadenassé de l’intérieur, fermé d’avoir souffert dans un silence avare d’inutiles propos.

 

      Tout est présent dans ma pensée, mais ce qui voit le jour est déformé, dépecé, divisé. L’instant a le délicieux frisson de n’être qu’un infime fragment du grand tout.

 

      Tout s’accole en un éclat. La nature même de mon sentiment est absorbée sans que je ne puisse intercéder.

 

Et dans ce défilé de mots lumineux, l’éclair est dans mes yeux, faisant flamboyer des images écarlates dans une voix épluchée à vif.

 

                    En persévérant à refuser le vide qui l’entoure, ma volonté espère sans doute le moment où tout bascule. Le moment où l’on ne sent plus rien, où l’on touche du doigt les frontières du néant, où la tête puis le corps lâchent prise, où l’on abdique à l'aspiration du chaos.

 

Comment parler de concision ? Rien n’est condensé sur une pensée. Rien n’est vraiment concentré comme on le croit ou le souhaite. J’en suis réduit à m’engourdir d’hypothèses par lesquelles je m’éparpille.

 

                    Cependant, écrire est essentiel pour délivrer les nœuds de l’obscurité. L’émotion sème en moi la vigueur d’une rose printanière et toute la fermeté de la fragilité et de la défaillance.

 

L’écriture pourrait être une avalanche d’humeurs, d’émotions, de vestiges inhumés ou même une fresque lumineuse au fond d’une grotte perdue.

 

     Mais, chaque fois, la perception revendicative m’échappe. Elle m’égare, me trompe, me perd. Écrire me secoue, me ballote, m’empoigne et me jette du haut de la falaise émotionnelle.

 

J’ai l’impression de me désencombrer de quelque chose de fort, d’insidieux ou d’avarié. En définitive, je ne fais qu’avaler les tourbillons ressasés de mes brisures.

 

          Dans mes soupirs, la petite lampe frontale s’éteint, m’obligeant à continuer le chemin à l’aveugle. Mes friches se mélangent alors à l’air que je respire et dans l’immobilité parfaite, je crois détenir la corde qui m’entrave.

 

L’illusion est si complète qu’il m’arrive de ne plus savoir qui je suis, où je suis, ni ce que je deviens. Mais je persiste, je m’entête et je me révolte.

 

        Tous les chemins qui me permettent de ressentir la brûlure originelle dans la proximité de mon recueillement sont d’une nécessité plus forte que mon entendement. La terre coule dans mes veines comme un long jet où s’étire le temps.

 

 

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A présent, les mots s’abîment sur les pointes jaillissantes d’obscures haltes avant d’être aimantés par le blanc de la page.

 

          L’insatisfaction salutaire résulte de celle qui rend la parole habitable d’une vérité bouleversante.

 

Ce qui est décisif ne dure qu’une seconde. Nous absorbons les heures qui s’abattent sur nos chairs comme si elles étaient excédées par une demande pressante.

 

      La clairière du tendre est saccagée par l’heure acrobate rêvant d’apesanteur. Les caniveaux du cœur se gorgent de la pluie qui desserre le ciel. L’égout est prompt à la noyade. Tout va très vite.

 

L’heure est comptée et elle renvoie à la misérable horloge de sa course.

 

                    Le silence ne ressemble plus qu’à des coups de marteaux sur une cloche fissurée. Le vide bourdonne de son écho reliant les êtres. Alors, alors seulement, nous remplissons nos mains pour être moins légers.

 

   Aucun sursis pour l’insatisfaction qui claque dans la chair. Le fracas remonte jusqu’aux manches du soleil. Bras et langues liés, nous nous purgeons aux baisers qui s’enlisent dans notre faim.

 

         Notre temps à vivre est du camphre sur la cornée qui précède le regard.

 

Un voile gras ne redoute pas l’assèchement et nos voix s’incrustent à nos langues engluées d’éternelles substances crasseuses.

 

            Le sursis retient l’air devenu une toile d’araignée. Nous respirons les cailloux logés dans nos ventres. Puis, nous recrachons le tremblement de nos gouffres où la parole prend forme.

 

L’heure n’a rien à dire. Chaque jour, les poumons de notre désir assainissent nos langues marécageuses avec la salive d’une poésie disparue dans l’haleine fraîche de l’ignorance.

 

        L’eau file plus vite que la parole. Pourtant, nous sommes des torrents, des cascades de ciel sur les branches figées des arbres. Pourtant nous coulons de l’ombre vers la clarté. Pourtant nous sommes des gouttes de vent sur l’horizon de nos lèvres.

  

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

Posté par lacollineauxciga à 07:02 - - Commentaires [2] - Permalien [#]