Bruno ODILE

20 juillet 2017

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Un juste temps… entre patience et impossible.

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Je ne saurais rien te dire sur l’imperceptible parfum de l’avenir. De ce frottement à la charnière des

heures, de cette confrontation entre vacarme et silence, de cette jointure au monde ; il manque toujours un sourire à nos soupirs.

 

Tous ces espaces transitoires, je les imagine chalouper de vague en vague, surfant de ligne en ligne comme un refrain décadent, comme une rengaine ancienne renaissant sur le jour à venir.

 

Des suites chiffonnées réduisent ou augmentent la différence de perception entre le temps mort et le moment de satiété.

 

         Chaque phrase imaginée patiente en silence dans la parallèle d’une musique errante.

 

     L’humeur tire à balles blanches sur nos compréhensions. La parole est alors coincée entre deux mondes impossibles :

 

celui évoquant la blessure qui nous suit depuis le début du temps

et

celui de la mort incomplète où il manque la signature de nos témoignages.

 

    Cahin-caha, les mots nous maintiennent avec difficulté dans l’expression codifiée. Je te parle et tu me comprends. Du moins, tu filtres le message reçu et tu t’accroches à un raisonnement.

 

Tu captes les images diffusées et tu les accordes avec le son de ma voix. La communication s’effectue sur des données symétriques mais demeure imperceptible au-delà du sens normé.

 

Te dire je t’aime revient à t’informer des sentiments que je te porte sans que tu ne puisses pour autant savoir avec précision la teneur de ces derniers. Et si à ton tour tu ressens une attirance, tu te demanderas toujours jusqu’où je t’aime.

 

           Il y a le moment inexplicable de l’osmose, du langage diffusé et perçu comme l’odeur de son propre sang. L’excellence de la réception parfaite, celle qui nous surprend au point de nous confondre.

 

Cet instant où l’on comprend la cérémonie de l’air parce qu’on l’a toujours su revitaliser nos poumons. Une seconde close où sonne le diapason, où la confidentialité est mise à nue de telle sorte que nous avons la sensation de vivre la même chose.

 

        Alors que nos corps se mélangent, se caressent et se partagent, tout à coup, les mots nous échappent.

 

      Combien sommes-nous divaguant lorsque nous faisons l’amour ?

         Incapables de dire, marmonnant des syllabes   

      incompréhensibles. L’acte et les mots se déchirant jusqu’à ne plus représenter ce que nous ressentons vraiment ?

 

Où est le porte-gorge, le porte-lanterne, le porte-voix ? À dire le mot juste, le corps se dévêt. La colonne vertébrale de l’instinct met à nu la chair même du destin enraciné en soi.

 

       J’habite trop souvent l’image cuterrée et dérobée, dont je tente de recoudre les traits que le miroir me refuse.

 

Comme il peut être doux de vivre l’essentiel à sa source. Le mot s’évanouit dans sa dérisoire vapeur d’encre chaude. Sans pourquoi, sans autre souffle que celui de la respiration.

 

N’est-il pas subtil de se défaire de toutes choses pour n’en préserver que le simple élément instinctif ?

 

      L'effacement peut devenir la magnifique lie de nos épanchements.

 

L’abrogation de soi, la rupture à la fibule de tes mots où se délite le souvenir transpirant et insomniaque de mes forces sauvages, vivaces, invisibles et secrètes.

 

            Je suis à l’encoche imprévisible des sens, dans le frémissement de l’attente corrosive et je bute sur l’essoufflement de la répétition, à la croisée de ta bouche où s’enflamme le silence.

 

Chaque jour neuf m’affûte de l’inconcevable que mes faits et gestes rendent possible. Ensemble, mon cœur et mon corps retentissent des choses qui n’arrivent jamais. Cette mort au cœur de la vie est trop grande pour que spontanément une fleur de jaspe puisse orner le pendentif m’invitant à rejoindre le chaos dans sa perspective indéfini.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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18 juillet 2017

Livret de présentation UACALR 2017

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17 juillet 2017

S'il se pouvait... La joie !

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13 juillet 2017

L’accostage aux nuées.

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               Ce matin, je suis posté à l’orée d’un bois suspendu au silence. Je parle à voix basse pour entendre

l’écho des pies jacassières et le roucoulement des pigeons. Dans les arbres voisins, les oiseaux piaillent si fort que mes petits murmures glissent sur l’air sans le toucher.

 

Des mots vides, des mots pleins, des chapelets de souvenirs discrets, des phrases inquiètes au bout de langues lucides, toute une panoplie de sons brinquebalant sur une portée de chair.

 

            J’ausculte le jour, encore vêtu d’un maillot de corp, grimpant doucement au créneau de l’insignifiance.

 

Ce qui meurt en moi ouvre la porte à d’autres naissances. Je suis une lampe qui s’allume et s’éteint, je suis le doute et l’errance, l’exaltation accablante de la surcharge d’un réel que le poids du virtuel assomme.

 

L’existence, dans son ensemble, ne m’a pas convaincu du meilleur. Je cherche encore dans la rivière de mes besoins la continuité d’un possible déroulement.

 

            J’alterne d’un visage gris comme la place d’un village abandonné à la foison réjouissante d’événements jubilatoires.

 

Plus haut, la lumière distillée par le phare de ma conscience se heurte aux hautes vagues sombres d’un océan de poussière.

 

Je n’arrive toujours pas à saisir la clarté blottie dans l’angle mort. Encavée dans l’innocence fertile, la ruse de mon sommeil d’enfance fait de la contrebande.

 

          Sous les arbres de l’émotion, la promenade contraste durement avec le dénivelé de cendres, encore ardentes selon les moments, avec celle du désir de comprendre les voies d’une vérité totalement dissoute.

 

Seuls quelques lits de rivières mortes tracent encore de profonds sillons entre les montagnes.

 

Je suis ici, solitaire au bord de tes ruisseaux

Toi, ma douleur, mon entaille, mon trésor.

Aux mille voix communicatives,

A l’expression du buisson dans la colline,

La chair est pour toujours notre herbier et notre pâture.

Dans cette cruche remplie d’eau fraîche

Nous buvons aux baisers du vent.

Perdus au cœur d’une paix immémoriale,

Sous l’écorce du temps et de ses sédiments,

Ce lieu incertain que notre peau voudrait hermétique

S’emmêle et s’enfuit hors de nous-mêmes

Comme le bruit des cloches augurant la prière

Et les sons grinçant de la craie sur le tableau du ciel.

 

     Tout n’est que projection. L’achoppement à l’éternité est indéfinissable. L’ombre meurt à la lumière et le son de ma voix provoque le silence indéfectible.

 

Phrases nomades, s’il en est, le souffle des statues s’allume dans l’obscurité pour mieux confondre nos destinées aux relents d’un présent déjà mort.

 

Inutile de forcer les traits de l’angoisse sur le déluge engrangé depuis l’aube du temps. Aux extrémités de la terre, des fantômes crapotent dans l’espace clos de mes pensées.

 

       Résonne encore la bourrasque tournoyante dans le jour qui se lève sur ma peau.

 

    Ainsi, nous habitons, tour à tour, les hautes et lointaines étoiles où le cœur va, en une fraction de secondes, de la lune jusqu’à la lumière intersidérale. Et l’on passe son temps à essayer de réconcilier l’angélique regard de l’enfant à celui du vieillard aguerri de mille et une turpitudes.

 

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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12 juillet 2017

UACALR présente

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UACALR présente :

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06 juillet 2017

Et toujours, cet enclos où dansent les ombres gitanes.

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Je me reconnais tout entier dans les plumes de l’oiseau qui s’évade. La fracture de l’air me laisse

supposer la présence d’une énergie inconsciente. Je crois reconnaître un lieu d’actions où je ne suis pas.

 

      Parallèlement, je crois mon esprit altéré et diminué dans la voix que j’occupe. Je parle de l’inconnu et les réseaux de l’ombre avalent mes paroles comme une tisane à peine infusée.

 

         La pensée en mouvements, je m’égare dans une brise perverse. Je divague dans la fièvre aspirante de la brume. Mes cordes vocales sont des violons parmi les algues ondulant sous la matière liquide.

 

Je radote en parlant le langage des signes. Je vibre et je tremblote comme une clôture de cyprès balayée par le Mistral.

 

                     Par l’esprit, je quitte la terre. Par la voix, je touche au sacré. La représentation que j’ai de moi-même inclut la justification de la nécessité.

 

Mon cœur respire dans la prière galopante et dans la mort rêveuse d’angles ouverts. D’un sanglot, je fais un navire. D’un sourire, je surfe sur la déconvenue du monde humain.

 

       Je cultive le thym et le romarin dans la plénitude de mon désert de nuit. J’interprète la résignation morbide de l’humain à manquer à sa vocation d’homme.

 

Je volute parmi les parfums d’une enfance tapie dans son terrier. Mille et un indices de ma naissance transcendent mon corps en une énergie gazeuse : je ne saurais maudire les étoiles millénaires ! Esclave d’un fil d’argent, j’adhère à la lumière ramifiant la douceur du jour à son contraste d’époustouflures.

 

     Chacun pourra voir s’agglutiner ces chimères froissées avant qu’elles ne se déguisent en anges farfadets dans un pays d’eaux vives et de broussailles.

 

    Et toujours, cet enclos de feuilles mortes où dansent les ombres gitanes. Non pas des corps véritables, mais de simples silhouettes entourant nos balafres vivantes.

 

        Et toujours, dans la grisaille désemparée, cette voix laiteuse cherchant la réjouissance et le réconfort dans les reflets d’un miroir fissuré.

 

             Couché contre la terre, j’écoute les cadavres au royaume des morts longeant de longs couloirs d’éternité. Pas une voix ne retentit. Rien. Même pas une réverbération du vide rejaillissant sur la face du jour.

 

Des os blancs, plus blanc que le temps inanimé, jactent un langage de faux jour sous la trappe d’un fleuve engorgé par la fièvre des pas que l’on entend par-dessus.

 

     Mon oreille collée à l’herbe se laisse surprendre par le gémissement des boutures qui n’arrivent pas à éclore. Langues de feu dans une cendre fendue, la mémoire des fissures noires hésite à renaître d’un ultime désir.

 

              Marcher sans fin vers la dépossession, jusqu’à ce qui reste innommé soit putréfié. Bouche folle, ouverte ou close, il te faut abdiquer sous la charge épouvantable du galop des doutes.

 

                       Une nuée de questions nous égare. Nos cœurs s’attisent à l’autre bout de la ligne.

 

J’ai perdu l’écho de la peur sur les mains du jour. Malin qui me dira l’alphabet que cache ce mur bleu.

 

           Tout azimut, la résonance redresse l’air contre lequel mon verbiage s’est adossé.

 

Des blablas ininterrompus interceptent la fureur de te dire combien j’aime la vie que j’occupe malgré l’insoutenable vulnérabilité de ma conscience.

 

                     J’ai essoré mon âme avec des torchons sales. Je n’ai à présent qu’un fagot de linge dispersé dans l’inconnu.

 

         Quelques fables humanisées traversent mon esprit avant de se dissiper dans le néant. J’aime les voix perdues lorsqu’elles tissent les murmures anciens des vagues mourantes sur le rocher.

 

     Quoique je ne sache plus reconnaître l’aube penchée sur elle-même, j’insiste. Dans l’absolu, l’incertain demeure le plus certain.

 

Je souligne le battement réfugié dans l’obscur, l’air froid sur la bouche et la parole autoritaire.

 

Ma voix tourne sans fin sur elle-même, vive et râpeuse, cherchant de nouveaux maîtres, de nouvelles auréoles. Je ne sais rien du juste usage de la transparence.

 

          Je marche encore dans le jaune du jour sans plus savoir ce qui m’attend. C’est comme si dehors avait toute l’emprise sur l’aiguille du temps mais je n’ai plus d’étalon pour mesurer la distance qui se glisse dans mes paroles.

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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29 juin 2017

Le venin de l'aveuglement.

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Bégaiements des sources souillées, insomniaque discours de la beauté. Sous la chair languissante, l’aube

cherche ses mots dans le capharnaüm d’une détresse sans nom.

 

 

     Tous nos actes devant nous

     Mais il n’y en a presque trop.

     Puis, le poids de l’ombre aveugle,

     Servante invisible de l’effleurement,

     Dépose à nos pieds la rose effacée

     Sur nos traces qui n’existent déjà plus.

     Et je languis sur la cendre larmoyante.

     Mais il n’y en a presque trop,

     Pour redresser l’invisible de chaque jour.

     Radicelles margottées d’un miroir où se reflète

     Le visage conquis de la bête sommeillant

     Dans les quartiers déserts de la conscience.

 

 

       J’ai dans le corps un fleuve de ténèbres régurgitant sans relâche les crispations d’un apprentissage social démesuré. Je regarde s’étirer à quatre épingles la bête qui m’habite sur l’asphalte de la bienséance.

 

Indubitablement, la politesse convenue et le désordre sauvage s’opposent à l’intérieur de mes fibres.

Pendant que court le souffle sur l’horizon promis, je fissure comme une pierre étranglée par la chaleur surgissant d’une flambée.

 

 

*******

 

 

              J’ai perdu pieds sur le tarmac de dérisoires circonstances. J’ai perdu la voix en cherchant mon chemin parmi des lagunes urticantes.

 

La vague vrombissante a fabriqué l’écume remontant à la surface. Je me noie dans un verre d’eau. D’en dessous, je contemple la lumière soutenue du soleil.

 

             Sous l’arceau d’eau et de sel, la vie parait épaissie, troublée et inabordable. Elle résonne de son insolite perfection et demeure blottie dans son fourreau d’étincelles.

 

Mille et une mimesis occupent la côte surplombant la navette d’un bouquet de lampes échappées de tous les pôles de la nonchalance.

 

                      Je chemine dans l’alternance de séquences susceptibles de prendre la marque de l’intensité.

 

Là-bas, dans le vaste chantier des mots, s’agitent en silence les charpentiers de la connaissance. Babylone sillonnée de phrases hallucinatoires, j’ai perdu mon latin aux pieds d’une croix équivalente à toutes les croix.

 

Indigène sur la route qui mène à la montagne, mes yeux se sont levés et mes veines obscurcies. Je n’ai pas vu la cime et j’ai mordu au venin d’espérance en supposant le supplice moins lourd qu’une piqûre de mouche.

 

Au fond de moi réside une terre sans personne, un magma en ébullition. Je crois que la seule pureté que je sois capable d’estimer s’appelle la mort.

 

 

*******

 

 

Une cire molle ruisselle des catacombes de mon ego. Ô maître pernicieux de mon être ! Ô malin ensorcellement de mes parures ! Qu’ai-je donc tant vécu pour que cette croûte dure vienne si vite envahir toute mon ardeur ?

 

         J’apprends à me défaire de l’acquis. Trop de divisions soumettent l’unité de mon présent à une actualité fragmentaire et désordonnée.

 

A vif, les mots de mes veilles se promènent sur la litière de mes contrefaçons. Le chant du coq ravive l’expression culturelle au-dessus du maquis cachant et brouillant mes aliénations délirantes.

 

        Monde de crécelles pulsionnelles et d’harmonies dilatées, j’entends pleurer, au fond de mon jardin, les cigales rutilantes de l’été avant qu’elles ne meurent.

 

Résistantes, leurs voix tiédies comme une pâte sortie du four ; puis s’éteint le vacarme invoquant l’éternité dans un silence profond.

 

L’espérance ne serait-elle qu’une forme de supplice agencée par la raison ?  Mes sens connaissent l’enfer de la ruche et le désespoir des nids désertés.

 

         Non ! L’acte n’est pas l’accomplissement. Il dilapide à coups d’efforts virulents la ferveur consentie à nos désirs. Il gâche le paisible paysage qui nous entoure. Dans le roulis des jours pesés au milligramme, il détériore l’effervescence naturelle de mes respirations.

 

J’accoste à la folie qu’on enferme durement dans les plis séchés d’un pétale de rose.

La dislocation de mes ressentis souffre le martyre de l’aveuglement. Je suis mûr comme un abricot oublié sur sa branche. Je me décompose doucement sous les caresses d’un soleil de Pampelune.

 

Une lame de feu viendra couper la tige. Au sol, seulement, je pourrai recomposer la graine et la fiente dans les sillons de la terre. 

 

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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21 juin 2017

Frontières d’espérance.

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              Il pleut des cordes au pays du langage ordinaire. Des rus fiévreux se forment et remplissent les

ruisseaux, inondant les voies praticables de la parole. Des coulées de boue font barrage aux mots que la langue pourrait façonner.

 

Impuissante, ma voix se replie à l’ombre de ma gorge, à l’ombre de moi-même. L’heure nue apaise la fièvre du souffle.

 

                     Consonances aux milles reliefs, terre brumeuse à l’orée du jour, des mots masqués fustigent la volée de phrases qui se dérobe à la clarté.

 

     Sur l’intérieur, un bruissement de feuille, rien de plus. Affamés de partage mon sang murmure un peu de lumière au cœur de l’obscurité.

 

A l’écart du verbiage commun, mes sens se réfèrent aux pas du chasseur dans la forêt. Ma langue s’arrache de la bouche orchestrée par une sémantique lexicale trop aléatoire.

 

             Ma voix tremble et les branches des arbres en fleurs claquent comme du verre.

 

      L’existence s’use au rythme cadencé des rouages d’un pendule exalté. Devant et derrière moi, subsiste toujours un infini plausible entre ce que je vois, ce que je vis et ce que je tais.

 

Aucun raisonnement n’a assez de teneur pour éteindre la détresse enfournée dans les premières heures de vie.

 

               Tous les départs ressemblent à des fuites, toutes les pensées actives rivalisent avec le mensonge démonstratif d’une réalité solide. Hors de la volonté tous les rêves s’affûtent à l’éternité.

 

Il y a quelque chose d’indigne dans cette brassée de souffles humains.

 

 

 

*******

 

 

 

      Aujourd’hui, j’habite un rêve aux multiples accents. L’effervescence du recommencement et l’insatisfaction d’être au monde redorent l’intimité de mon être.

      Pour peu que la lumière se voile, je baille des serpentins luminescents dans le décolleté du miroir.

 

Tout proche des racines ancestrales, la raison trompe plus sûrement que la caresse du soleil. La parole partagée connaît de moi plus que je n’en dis.

 

         Mon cerveau renverse l’orthographe savamment enregistré. Des onomatopées découragent l’expression usuelle pendant que court le souffle charnu de l’inconscient.

 

La charnière du langage a rompu. Je ne dis plus : je chante. Mélodies infestées au palais de la signification, je parle la langue des torches à pétrole au cœur de la nuit souveraine.

 

 

 

*******

 

 

 

     C’est du pouvoir de nos larmes que le rire voudrait nous reconnaître. Je ne saurais m’affirmer en luttant contre moi-même.

 

Si tu n’as rien à dire, tais-toi,

Si tu n’as rien à faire, ne fais rien,

Si tu n’as personne à aimer, aime-toi.

 

Je ne veux pas de l’effort qui consiste à domestiquer, à réduire, à négocier avec soi-même les fondements d’une ataraxie partisane.

 

                L’eau a toujours plus de saveur par temps de sécheresse. Ce n’est pas la présence d’un champ de lin bleuissant jusqu’au ciel qui supportera mon envol.

 

Je consacre à l’ordinaire le plaisir de l’extraordinaire et la jubilation se récite dans la simplicité des jours passants. Deux mondes se font face, mais il est impossible d’en extirper la langue maternelle d’aucun.

 

         Ô mes amis, qu’allons-nous nous dire ? Ce matin, à la dérobée des voix emmitouflées dans les lézardes de la nuit, j’ai crié mon nom. J’ai claironné, toutes membranes ouvertes, les mirages qui me dénoncent. Rien n’a donné corps.

 

Toute mon ardeur s’est dissipée dans la glotte du néant. N’y-a-t-il donc aucun moyen de soutenir l’ampleur intime dans sa litière d’ombres ? Qu’allons-nous devenir sans l’éclair illuminant nos meules de cristal ?

 

          Demain s’interrompt sur la butée muette de l’air taillé par la diligence de l’esprit. Des roues hautes et grinçantes dévalent le chemin infini au-delà des sept collines.

 

Entre le feu du jour et les ombres balbutiantes de la nuit, l’empressement du clairon à sonner l’armistice bannit l’espace libre.

 

Mais, toujours enchevêtré à la raideur de l’ennui, un lourd morceau de soleil se vide comme une baudruche percée.

 

Oisifs, le sang et l’eau s’accouplent dans un ruisseau fuyant l’imposture. Le temps est devenu aussi léger que l’envol d’une hirondelle parmi les labyrinthes de la peur.

        Blottie sous ses ailes, l’espérance verse un parfum de citrate chloroformé sur les piliers d’un présent qui se compte.

 

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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