Bruno ODILE

29 mars 2017

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28 mars 2017

 

                     Noumène-éditions

 

 

 

NOUMÈNE ÉDITIONS | Un autre regard sur le talent

Les premières poésies se déclinent dans la veine des grandes narrations épiques héritées du Moyen-âge, aux élans lyriques et impressionnantes morales religieuses. Puis, dans la mouvance littéraire du siècle, en trame de fond, le romantisme s'immisce dans cette forme poétique narrative, liée à des destins tragiques.

https://www.noumene-editions.com

 

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23 mars 2017

Vers la tanière et vers le sang.

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Derrière le visage buriné des ombres, se restaurent les heures bleues de l’innocence. Sous le drap humide envahi par la buée des rêves, une étrange odeur marine remonte doucement la courbe des voyages imaginaires.

 

Deux gouttes d’eau squattent

une grange fumante

où scintillent des berceuses anciennes.

Un furtif barbotage,

presque enfantin,

se mêle aux fausses notes

qui séparent l’homme

et les plantes,

la vie et la part de sang.

 

Incessamment, je recouture tous les fils effilochés des semences arbitraires et je coupe les ongles aux mélancolies subversives. Partout rôde l’illusion d’être, le paraître qui émaille le réel. Alors, je détisse l’alphabet des toutes premières heures en écoutant sonner le grelot de sable au-dessus des ratures qui enjambent l’océan.

 

Vague après vague, le sel dépose sa lie sur l’étendoir des souvenirs. Mon sang est une prière liquide qui se hasarde dans les corridors où s’élèvent d’immenses falaises.

 

Voyageur sans complaisance, le verger dormant sous la mousse tricote en silence un abri pour l’irréparable blessure du temps.

 

Coupable de je ne sais quel délit,

le péché s’enlise dans la chair tremblante.

D’insensées et démoniaques fables arbitraires forgent, mot après mot, la pénitence.

Une ribambelle de pourparlers transgressifs

déchaussent le chaos de son gémissement.

 

Le feu sur les collines de l’été affûte les futures floraisons. Un printemps ivre de sève prépare la main du cueilleur de fruits.

 

Chaque branchage épluche ses racines au grand air des saisons. Sentinelle à l’appui des heures mortes et musicienne du silence, une nuit de lauriers bleus affiche sa révérence aux mots du toucher.

 

Dans le charnier des raisons douteuses murissent d’étranges fleurs édulcorant la confiance cachée dans le regard qui s’évade.

 

Je papillonne comme un serpentin le soir de fêtes bruyantes. Le terreau d’où je viens tourne les pages et le livre du monde s’écrit d’une foule de mains tendues.

 

L’accolade invisible des joues de la brume enfante une poignée de voix qui s’accrochent

aux phrases s’égouttant de leur résine neuve.

L’atome de vie s’éloigne des pas égarés pour rejoindre l’amour jaillissant du souffle des étoiles.

 

Parfois, l’existence n’est plus qu’un lieu de rengaines assourdissantes. Parfois, le vide s’écarte des niches où bourdonnent les abeilles et il bat de l’aile autour des rivières de miel.

 

J’avance alors la bouche pleine de muguet et les mains pénétrant le brouillard où dorment les oiseaux.

Il neige un duvet de pierre sur la rumeur d’un autre monde.

 

Et puis, le feu, récurent et toujours peuplé d’images. Le feu arque-bouté sur les rives du jour comme pour mieux désigner le remaillage du bois et de la cendre. 

 

Projetant l’écho intérieur

vers le tranchant sonore de l’air,

la voix contrarie les rêves,

et débusque la contrepèterie de l’imaginaire.

Des mots propulsés du givre brûlant

déjointent l’énergie

face aux accords véritables,

aux visages alliés des sens,

à ce qui est juste, ce qui est beau.

Dans cette enfance où se recrée le monde, l’émotion ressentie coulisse sur l’échelle vibratoire de la peau.

 

Rien ne s’achève après la parole.

Le temps s’essuie sur les margelles de l’infini,

puis il dépose sur le portrait des vivants

toute l’ombre tenue secrète

sous la voute des heures éphémères.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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16 mars 2017

Le regard se confie à perte de vue.

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Le regard grappille toutes les possibilités du langage. L’inventeur du mot et de

son pépin assiège les sens roulés en boule.

 

Il manque l’eau et la farine

sur la table des heures lourdes.

Une certitude néanmoins,

je suis la pente et la coulée d’une rumeur de sang.

Je crois le rouge épisode d’une vie terrestre

plus épais qu’un fardeau endolori par les siècles.

 

Il me plairait de chasser cette deuxième peau recouvrant l’exigence qui imite l’écriture. Je reprends vie dans la proximité de l’odeur de la terre perdue.

 

Une main ouverte est toujours la promesse d’un dialogue où se redessine le baiser volé aux pages de la beauté.

 

Sans urgence, il faut semer, greffer, recouvrir la graine issue d’anciennes plantations.

Sans devoir, il faut persister à percer le jour et le mettre à nu aux bords de ses précipices.

Sans autres projets que ceux tatoués par l’immanence du présent, je bouffonne sur la boucle du temps infini. Je serpente comme un lacet défait autour d’une route ravaudée par d’innombrables raccourcis.

 

J’entends ici, la voix qui retourne à la voix,

l’accent de la terre au sommet de ses capitales.

Convoyé par les assommantes brouettes du silence, l’irruption d’un souffle approprié s’épand,

envers et contre tous,

comme un fumier fiévreux sur les landes généreuses

où s’épanchent les éclipses. 

 

Les mots s’écrivent en chapelets de sons vivants. Ils valsent, hésitent, fouettent l’air avant de se déployer comme des ogives retentissantes au contact.

 

Certains sont des amarres, des cintres hissés pour tenir les voiles, d’autres ensemencent l’air qu’ils effleurent. Chacun d’eux transportent un peu de la terre qu’ils énoncent ou qu’ils dénoncent. Quelques-uns craquent comme un quignon de pain sous la dent.

 

Les yeux sont faits pour rêver. Ils récitent des champs de lumière au cœur d’un ciel sans étoile. Ils offrent des croquis fragmentés entre l'illusion et la finitude. Des vents clandestins dépouillent l’horizon épithélial de la mémoire cognitive.

 

Dans l’aube naissante chavirent les courses nocturnes inachevées. Une nuit entière à respirer l’écume sauvage d’autres évidences. Et puis, une flamme, une bougie et le vent qui caresse. Toutes les rimes du cœur pointées sur le mot tendresse. Et enfin, le noir qui console nos soifs écrase la voix du jour qui appelle.

 

    Des mots sont restés derrière la porte.

    Face à l’impuissance des actes

    et des phrases emmêlées,

mes songes se sont dissipés.

Ce matin, je me réveille

la tête pleine de brouillons.

 

Plus profond encore, dans cette faille tambourinante, la vision du monde s’estropie et s’agenouille.

 

Ne rien voir de cet atome porteur, de cet infinitésimal noyé dans la reproduction incessante. Aveugle, je m’élève d’un magma de mystères. Tout se déforme à l’immensité. Regarder en face revient à louvoyer dans ses peurs tenaces, avec une détresse à couper aux couteaux.

 

Enfermé dans une chair respirante, je m’accorde avec le pressentiment d’un mouvement involontaire. A la surface d’un reflet d’eau, miroite la solide incantation d’une solitude impuissante.

 

Avec l’élan d’une fugue invertébrée, j’émancipe mes ongles en grattant le mur et la pierre. Je retourne à la vie par des chemins détournés.

 

Je brosse et je fais reluire mon cœur sur les chemins croisés où j’avais laissé dans le miroir un éclat ardent de mes exigences à vivre.

 

Je veux passer et rendre grâce. Je veux sentir l’épine de la rose griffer l’amitié rebelle où murissent les racines.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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10 mars 2017

Une idée sur l’autre, la vie se perce.

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L’écriture est une voie déshéritée, un mot de passe dénomenclaturé, une âme

dé-pensée et désétiquetée, un lot d’inquiétudes avide d’amour.

 

  La plume ne marche pas avec nous. Elle nous devance, décryptant les nœuds antagonistes qui nous précèdent.  

          Elle exprime l’inachevé galopant dans nos greniers à blé. Elle s’épuise à remonter de nos puits à charbon l’incandescence mutilée par d’obscures pensées. 

 

Tout s’échappe de la matière vivante, rien ne résiste à l’appel de la mort. Panier de grains percé, je dilapide l’anxiété collée sur les parois de mon existence. Soudain, le corps se fait violence. Il ausculte la masse spongieuse qui l’étrangle, il cherche dans le miroir de son sang l’alphabet premier où s’étanche une nappe de clarté.

 

Je grimpe et je descends

l’escalier d’une espérance décadente.

Et dans chaque pas accompli,

je formule le trouble et l’incohérence

qui accompagnent mon affolement.

 

     Sur la palissade obscure de la mémoire des mots de coton s’indignent de leur sort. L’ascension à l’envers m’oblige à aspirer l’air destitué qui loge mon terrier.

Vestiges d’une île perdue, les paroles s’égarent dans les vagues d’une expression décousue, renversée et gémissante.

 

Toutes les expressions sont bleues lorsqu’il s’agit de traduire les messages du ciel. Vertes lorsqu’elles évoquent le feuillage de l’acacia bredouillant un printemps précoce.

 

Terreau verbal, le dire frémissant de la langue perce les tympans de la maison qui nous accueille. Nos vies reflètent l’unité perdue au bout de chaque phrase. Elles témoignent d’une présence creusée dans l’immobilité des siècles.

 

Un zeste de vie gicle dans ce tourbillon de couleurs opiacées. Ce qui veillait encore cette nuit, rognant l’arbitraire de la lucidité, est désarçonné, émietté jusqu’à l’infini désastre du dire.

 

Ma langue berce le rêve des signes

favorisant le balancier de la lumière.

Dérivant sur la salive,

mon désir poursuit sa course.

Aux flambeaux de la dérive,

l’exil devient le seuil de chaque expérience.

 

     Je repeuplerai la main transparente

     où rebondit la pierre jetée sur la lampe liquéfiée.

Avec ma vie posée sur l’épaule des jours à venir,

je répondrai au sommeil qui guette les aurores fatiguées. Sur la nuque de la lune, je répandrai l’eau soufflée par mille bougies d’équinoxe. 

 

Sur les feuilles remuées par le vent, les mots puisés dans mon cœur se décolorent à la lenteur des labours de l’automne.

 

Mon corps ressent l’effritement vivifiant des assauts opiniâtres de la bourrasque des songes.

 

Je bredouille quelques révoltes irritantes. Je pataouète quelques rimes solaires de l’urticaire ambiant. Je décroche la parole des gouttes d’eau du larmier des nostalgies vindicatives.

 

                Ma langue est un essaim d’abeilles

au milieu d’une mêlée de phrases fraternelles.

     Il n’y a pas de salut possible

entre le désir de dire et la vanité de vouloir tout dire.

     A l’indéniable corrosion

     de la gravité de ce monde,

l’imperfection trouve l’audace de la discrétion.

 

L’épistolaire se dépote de la noirceur qui me piétine. J’entends revenir le dévorant murmure du son originel. J’apprends encore à apprivoiser les déraisons du plaisir. Derrière chaque joie un bruit caustique assaisonne l’air de toute sa violence.

 

  L’exubérance se dégorge sous la voute transparente de l’horizon. Le noir contient plus de vie qu’il n’y parait. Mais alors, saurais-je un jour piocher à ce flux rebroussé toute la brillante splendeur qui alimente mes fièvres ?

 

Une idée sur l’autre s’amasse concevant plus de douleur que de joie. Et la voix s’ajourne de tous les rituels. Elle dégorge les gouttières de l’Alter Ego.

 

Les mots intrusifs ne forment pas tous une phrase. Chaque ruisseau devient la branche morte d’une éternité désespérée.

 

       J’ai oublié dans la nuit profonde

toutes les allumettes de mon enfance.

       Dans ces miettes de clarté,

mon âme régurgite les fontaines pures

qui raclent la terre luisante et fraîche.

 

Avec l’hostie de la solitude intérieure, je mange la sauge salvatrice d’un paradis inaccessible. Moissonneur invétéré, je réinvente les syllabes minérales dans le souffle du vent et ses refrains à rebrousse-poil.   

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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03 mars 2017

Le simulacre de l’esthétisme.

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Ce matin, la vitalité de la beauté me communique son désir d’élévation. Feuilles

d’automne tombées dans le miroir des saisons, je vous aime fringantes et craquantes lorsque le pas du marcheur vous écrase. La rosée toute nue s’adosse aux premières lueurs du jour et le mur sur lequel je m’appuie se repeint à la clarté des ombres traînantes.

 

L’esthétisme a le goût des rencontres.

Pour lui, la solitude n’est pas un lieu privilégié,

au contraire elle s’accapare l’objet même du beau

pour le couvrir de toutes nos zizanies intérieures.

 

Etranglé, l’élan porteur de la nature ne reçoit pas l’impulsion, le coup de rein permettant le décrochage. A mes côtés, une vie s’éteint doucement et je ne saurais dire toute l’ampleur de la déconvenue.

 

Chute inévitable, torpeur du résignement, la nuit définitive s’affirme dans la permanence.

 

Je songe, ici, à l’arbre qui tombe frappé par la foudre. Dans la campagne endormie, un hibou veille sur l’herbe déracinée, la tête saturée sur les plaies du bois calciné. Puis la montagne absorbe l’éclair pour en traduire ses notes échevelées concentrant l’harmonie dans sa fragile besace.

 

L’émiettement réconcilie la douceur de l’air avec les fragments de mots réparant le monde.

 

Des voix mortes depuis la nuit des temps remontent par endroits des messages perdus, des tirelires d’un vocable enseveli par la zébrure du silence.

 

Trouble simulacre, la vigie de mon cœur plane au-dessus du souffle difforme de mon existence. J’habite par moment la clé de mes leurres.

 

Ce qui reste caché dans le hall de la patience immobilise jusqu’à la source de mes paroles.

 

Une voix décapante s’accorde aux aveux sans comprendre ce qui a creusé le puits pour en hisser l’eau jusqu’à la lumière.

 

Régénération brutale,

aspirations irrésistibles et blessantes,

serait-ce la soif hospitalière

ou l’assèchement d’un bûcher qui dissimule la clarté ? Mettre à nu chaque rêve,

chaque frisson,

est-ce le moyen pour redonner à la présence

le fugace tracé permettant de l’entrevoir ?

 

La renaissance est toujours un peu de cette terre en exil. Une expérience où le lieu devient une frontière et où la limite franchit la terre natale.

 

Bientôt, l’onde qui me caresse à rebrousse-poil comme une remontée d’aigreur parfumera l’espace que tu as quitté. Il n’y aura là qu’angles morts et rebuffades dans l’asphyxie des jours contondants. Une larve ingérée et digérée par les coups de gueule du néant.

 

L’exclamation de la lumière jaillira de la blessure suffoquée et la palpitation de l’instant s’en retournera dans le berceau où la pulpe et le fruit ne sont qu’attente, prières et éclatements d’un renouveau. 

 

Le chemin nu et imperceptible, conduisant à la beauté de toute chose, est si tortueux que ses cascades d’émotions déroutent le promeneur de l’invisible pays d’une existence palpitante. L’abîme est alors le seul lieu possible pour la vérité.

 

Pour le Dérouté,

l'esthète voyageur, le nomade funambule,

ces allégories sont les vibrants témoignages

d'un "dehors" qui fait fulgurance.

Jaillissement d'un hors-champ,

irruption de l'irréductible,

d’un arrière-monde silencieux.

Cloaques immanents de la représentation,

l’unité narrative se disloque

lorsqu’il s’agit d’étayer l’image de la beauté pure.  

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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26 février 2017

Nous sommes, nous-mêmes la présence du vide et de la mort.

87738892_pEt voici cette brèche se perdant dans une autre plus grande encore. Où sont les videurs de rivière ? Le bleu s’envole en rase-motte, ma terre est un ventre remplit de morts. Ma vie est pliée comme une rumeur tord les boyaux de mes rêves. Je ne tiens plus l’âge de la neige, je ne sais plus le courage de la graine qui ensemence la vallée. Quelques empreintes s’agitent dans la boue. Les pierres sont vivantes et mon cœur est une frégate.  

 

L’inaccompli est toujours ce lieu réduit et exigu dans lequel je me débats pour survivre. Heure après heure, semonce après semonce, l’horizon s’endort dans les marais. Un rêve s’installe dans l’écrin du jour qui se lève. Molosse, le géant du débordement, pose ses pieds sur le rebord de la vitre. D’un côté, la vision réelle du paysage qui s’envoûte d’infinis regards ; de l’autre, des terres en friche cherchent des ressemblances. Molosse veille. C’est le Cyclope de la préservation et du soutien. Il mate, retient, conserve, épie, lape la peau de tous ses mouvements, de toutes ses engelures. Il montre les dents, il aboie et hurle à la marée montante où s’ensevelissent nos têtes de mille mots percutant. Il lapide le concevable de nos raisons, de nos matérielles conceptions à être vivant. Il vilipende nos émotions irrationnelles, il discrédite nos actes inconscients et nous dresse contre le laisser-aller, contre l’angoisse du vertige et la chute du temps. Ici, nous parlons seulement pour que le retour d’échos puisse nous indiquer une route provisoire et nous marchons nus dans cette confrontation inexpiable. 

 

De grands yeux noirs roulent sur l’échafaudage, se cognent au fer, dérapent sur les planches. Ils regardent au travers de la cloison. Ils ne savent rien du cimetière des ombres qui dansent derrière. Et ils crient : « Du vrai, du vrai… donnez-moi du vrai ! Il me faut du réel pour bâtir mes histoires. Il me faut du courage et le courroux viril du désir pour dénoncer la vie où elle ne semble pas être. Donnez-moi du -à vivre- afin que mes expériences puissent s’étancher de tous les cauchemars du monde. Donnez-moi du rêve pour que je puisse compenser ses misères latentes. » 

 

Serait-ce nos morts nouées d’invivables perceptions qui pétaradent des pieds ? Nos regards sont toujours pris aux pièges des obsessions. Des images, des symphonies de silhouettes couvertes d’habitude, des figures tancées et pétries par l’obstination à vouloir en démordre avec l’inexplicable. 

 

Serions-nous cette imposture qui gicle de nos paroles ou bien appartiendrions-nous à ce paysage qui s’évade au bord de nos yeux ? Sans doute, notre monde est une multitude de fragments rapiécés les uns aux autres. Je suis revenu de si loin pour t’emporter. Pour t’empoigner sur le dos de la terre comme le vent saisit ce qui reste dans les miettes d’ombres et de curiosité.   

 

Le vent découpe le germe de mes yeux. Je margotte le réel sous le terreau des ombres. Il y a toujours, toi, coincée dans les palabres de l’inexistence et moi te survivant. Mais, le feu ne connaît pas les mêmes bourrasques à chacune de ses fureurs. Tantôt, il ravage les forêts qui bordent mon intimité ; tantôt, il se limite aux cendres de la cheminée qui me tient lieu de compagnonnage. 

 

Je ne change pas le monde, je le clarifie. Mes rêves ne sont pas de simples ornements. Ils dépassent la réalité devenue claustrophobe. 

 

Toute traduction est rigoureusement impossible. L’infini n’a pas d’orientation. La raison n’est qu’une laque frigide. Et moi, j’ai besoin du monde et de ses bûchers de pierre pour y adosser mes paroles. Je vis à l’intérieur de ma fatigue, de ma joie écervelée et de mon patrimoine d’aveux. Il ne s’agit plus de brillance, mais de netteté. La clarté qui pourrit dans l’ombre n’aura jamais de la joie sur le bout de sa langue. Il faut que le rire me rappelle ta présence afin que l’effondrement du jour ne soit pas une simple injustice. Sans quoi, l’accomplissement serait l’injure de mes rides. Je n’ai plus d’âge depuis ta fugue. Je me vis dehors sur le flanc de la colline. Je n’existe vraiment qu’à l’extérieur de moi-même comme si j’avais le cœur collé sur une vitre fêlée par le givre. 

 

Devant toi, je te parle comme si tu n’étais plus là. Les feuilles de mon arbre se fondent dans la matière du ciel. L’instant d’une seconde de lucidité, tout se partage, se transforme et devient nôtre. Discernement corrosif que nous fuyons par nos imaginaires. Puis, tout se refait ailleurs, autrement, dans une cascade d’évènements, de faits, de dires et d’ententes colportées. Jusqu’à une prochaine fois. Jusqu’à la fin. 

 

Le calme apparent ne tient qu’avec des cales posées sous ses pieds. La vie nous harangue autant qu’elle nous déprécie de ses frasques humaines. A contre-ciel, des oiseaux parlent avec le monde entier. Il y a une fenêtre noire ouverte dans l’espace chaotique du sentiment. Un hublot avale nos cœurs pourtant devenus des rochers. La nuit tombe de nos masques. Nos moelles tètent à l’étoile qui pénètre nos ventres. Nous répondons à la torpeur de l’énigme vitale en reprenant la position fœtale, notre pouce entre les lèvres du monde. 

 

Tu as choisi des raccourcis aux extrémités du blanc. Il ne peut y avoir de concurrence à l’intérieur de soi. Il ne peut y avoir un espace à combler dans l’intervalle du vide. Tu t’es libérée d’une entité hypothéquée à la fracture de la lumière. Tu as osé ne plus craindre, ne plus redouter, ne plus te réduire à la servitude de l’amour exclusif et lacunaire. 

 

En amour, on s’abandonne à l’autre, en mourant on s’abandonne à tous les autres. Ce qui est brisé, c’est l’espérance. Ainsi, la furieuse volonté à t’effacer pour devenir invisible m’emporte avec toi.  Je suis à califourchon sur une gomme.

 

Dans cette situation, j’en suis venu à penser que toute naissance est déchue d’avance et qu’il faut impérativement nous appliquer à boire chaque goutte de bonheur avant qu’elle ne s’évapore. Nous devons vivre avec la tragique certitude que nous sommes arrimés au sursis des condamnés à mort et goûter à l’instant comme à un arc-en-ciel volatile.

 

Nous sommes, nous-mêmes la présence du vide et de la mort. Nous présageons le bonheur de l’avenir autant que nous pressentons le terme de ce dernier. Nous sommes la réalité du senti immédiat.

 

Vivants ou morts, nous nous mélangeons aux brumes, nous nous accouplons au bruissement léger de nos immensités fantomatiques, nous balbutions de nos ondes batifolantes. Le peu que nous sommes, c’est le monde au bout de nos yeux, la vie au bout de nos langues, la joie au bout de nos rires. 

 

Notre horizon s’embourbe aux traits de l’heure qui n’a pas de fin. Nous nous renversons comme cette encre infime et translucide devenue la ferrure transparente de la réalité. Nous ne sommes qu’un trait de verre fondu, des éclats d’aube rougie sur la pupille des jours heureux. Sur le tableau de la Joconde, c’est le détail brisant la lumière en miettes qui nous émeut. 

 

Je t’écris comme on dénoue les nœuds sur des cordées anciennes. On ne se défait pas de la vie, on ne se défait pas de la mort. Durant toute notre existence, nous transportons le parfum que l’on a aimé comme une douce odeur de terre après la pluie.

 

C’est un rivage sec pour les mots distendus où veille la chevelure des fourches caudines alors que nos plaies sont des sculptures cachées dans la pierre qui n’a pas encore été burinée. Elles sont des peintures esseulées qui ne connaissent pas encore le mariage des couleurs et des inflexions sensibles. 

 

L’ombre qui marche sur les nuages est pieds nus. Ta voix me revient comme une dilatation du rêve que j’ai fait cette nuit. Une source obéissant au ciel me rend nos figures. Le souffle d’une seconde, ton absence se distingue de l’invisible fauteuil que tu occupes. Pour arriver à toi, il faut traverser la peau de l’air. Je ne m’étais jamais imaginé aminci de la sorte et face à face avec la transparence de la matière.  

 

J’ai quitté le réel pour ne pas me figer. Une roue de feu dévale la montagne et le monde continue sa course. Il nous clôture, il nous brasse comme si nous étions devenus des crèmes blanches chevauchant l’horizon. Il nous réduit dans le cylindre de son laminoir. Nous sommes réunis dans l’absence de nos corps. Nos vies crépitent comme des feux follets dans l’obscurité où nous sommes démembrés.  

 

Le cœur pénètre quelques secrets silencieux tenus à distance comme des boulettes de suie, des nuits d’éveils éclairés de perles rêveuses et de songes comateux. Quelque part, au loin, la démesure vive nous plonge dans son désordre natif. Elle murmure le miaulement des échos mouillés dans les mains de chaque renouveau. Nos mémoires sont devenues des hameçons qui pêchent à nos excavations. Mais l’instant a tricoté des boucles trop larges pour retenir les voix et les corps, des mailles insuffisantes pour conserver les déficiences et les incapacités du labeur de la terre. Des obscurités moites planent au-dessus de nos vies. Des envols blessés deviennent des syncopes convulsives comme des éruptions de brouillards où notre vécu joue à cache-cache.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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19 février 2017

Une vie de caillou et une existence capricieuse.

1990Euphrosine125x60hstbdLes amours perdues ferment mon pas. Elles clignotent comme une lampe sur le tableau de bord d'une fusée endiablée. Le mur du son explose dans mes entrailles. Ta présence est un feu en dehors de la flamme, elle a refermé son poing sur mon cœur. Des briques géantes écrasent le passé. J’accède, pourtant, à ce torrent d’ombres et de baisers, retenu aux sources de notre histoire. Je marche sans me déplacer. Et, à mes yeux, les arbres défilent comme des vagues vertes. Je suis là-bas, dans ce lieu où nous ne sommes plus. Je suis ici, où tu n’existes plus. Un amas de fougères blessées subsiste dans le ciel. Des Gavroche volant jettent des pierres au soleil. C’est la faute à l’amour si le cœur s’empoisonne. C’est la faute à la vie toute entière si l’heure se décale de la parole qui n’est plus la parole. 

 

Les amours perdues ferment mon pas comme une porte qui claque au vent. L’amour s’oublie de la même manière qu’il s’abandonne. Il est l’air que je respire, le corps qui entoure mon cœur et la main palpitante de la caresse. Il marche à l’intérieur du vent et me projette derrière la lumière. Il libère l’espace de sa transparence et crève les horizons écrasés par d’insipides besognes. L’émotion douce amère qu’il transporte m’exile de moi-même. Je me retrouve dans un autre moi que je ne peux toucher. Plus loin, dans la proximité de la chair, plus proche dans la distance brisée des rêves. Sa vivacité me défigure. Je me retrouve nu à l’extrémité de mes propres ombres. Je m’oublie dans les battements d’air qu’il provoque. Ma langue peut à peine tutoyer l’être que je deviens. Tout s’efface au cœur, hormis la trace qui te rappelle. 

 

L’air qui me retient n’a pas de prise. L’aube s’envole jusqu’au crépuscule tirant le fil du jour à l’autre bout du monde. Solitaire dans le mur qui se lamente, un caillou s’effrite. Le fond du jour interpelle les formes dissociées qui hantent la mémoire du temps. 

 

Tu m’as dit : « Je t’aime » et les fleurs de joie sont tombées comme des gouttes de pluie sur un désert. Tes yeux marron braisés sont dans nos mains comme des oranges qu’il faudra peler. Partout, les couleurs se déplacent sans se mêler et nous sommes figés comme un tableau épinglé sur l’ardoise des brumes. Il n’y a plus de mur où t’accrocher. Nos bouffées de sanglots divaguent dans l'allure qui emporte la gouache séchée. Le feu qui s’éteint ressemble au charbon collé sur nos paupières. La réalité est méconnaissable. Elle court, face à nous, dans un champ de lavande. Nos pieds se croisent comme des cœurs pressés. Un écho de bouline se déplace jusqu’à la matière que nous incarnons. Il déclame le vent qui coiffe le vertige à l’intérieur de nos chairs. 

 

Nos flammes jumelles encerclent la banalité. Aveuglément engagés, nous sautons par-dessus la lumière. L’élargissement du monde est sensible à l’inquiétude des lampes qui ignorent l’éclairage. Notre plaie est devenue nécessaire à la retouche du blanc. Une musique brûle les traits de l’air à chaque intonation de la voix. Nos esprits sont décolorés, translucides comme une toux cabocharde. Plus rien ne peut nous maudire. L’instant rebelle n’a plus les mots pour dire l’entame des jours neufs. Nos peaux sont polies comme des galets de roche noire de la fusion ancienne. Un certain vacarme est resté dans l’instant singulier où le passé fait corps avec l’air qui nous traverse. Nos paroles antérieures sont détruites. Quelques mots en ruines éparpillées demeurent sous la cendre recouverte par de jeunes pousses d’herbe. A présent, nos cœurs sont deux lunes qui enjambent le ravin de nos ombres. 

 

Tristesse s’ensuit, chagrin s’enfuit. Un air de flûte nous poursuit. 

 

Comment s’échapper de l’inoubliable tendresse et que peut-on trouver après l’effacement ? La mémoire se désagrège-t-elle en mourant ? Je t’ai perdue en ce monde de froideur où la peau des arbres s’hérisse. Ton absence est le chemin qui permet d’approcher la dérisoire incongruité de l’acte fondamental. J’imagine volontiers que là où tu es, le ramage de l’air ne se heurte pas à l’inconcevable.  

 

L’alignement de nos âmes grève le chemin qui s’essuie les pieds sur l’hiver où tu nous as quittés. Les nuits suivantes ont été solennelles. Tout mon sommeil était resté coincé comme une fleur entre les pages d’un livre. Je criais gare à la justice, à l’équité des ombres jacassières. Mais, la nuit pleurait et les jours pendaient aux arbres comme des sacs en plastique qu’un Mistral en colère avait projetés par-dessus la terre.

 

En un instant, un orage de grêle coriace avait massacré tout le paysage de mes candides explorations. Je le tenais pour responsable de ce désastre. Tes mains s’allongeaient sur mes pensées et l’intervalle de nos respirations prenait la forme d’un voile opaque où je cachais mes plaintes. C’est dans la tempête que l’on reconnaît le vent qui passe. 

 

Il me revient aussi des lignes tracées au cordeau, des traits sombres où s’épuisait la tristesse amarrée à la perte comme à un repos trépané. Des courbes distendues flottent sur l’horizon comme des voiles de fortune, des linceuls ensevelissant ton visage. 

 

Des formes floues sifflent tout au fond de l’abside. Les murs qui soutiennent la coupole de mon cœur s’ébrèchent dans chaque note du destin où je te retrouve. Une musique de sable s’envole jusqu’à mes oreilles. Il n’y a pas d’heures creuses sur ce tarmac infâme où glisse mon pèlerinage. La mélancolie occupe toutes les voies. Un amour très pâle recouvre nos fronts. Une sorte de triangle Terre-Mer-Enfance repousse au loin la ligne ronde d’amour qui nous entourait.    

 

Ici encore, une odeur de moisi perce ma poitrine. L’immobilité tremble et réinvente la danse de la lumière pour que mes yeux te retrouvent. Mon regard nous transperce et s’élève jusqu’à tes larmes. Une effervescence nouvelle remue mon cœur fondu à la mélasse rouge où j’avais jeté mon centre de gravité. Je vacille et je tombe. Il est minuit et un autre jour attend la purge avant de recommencer sa fuite vers toi. J’incante ton prénom comme on récite une prière salvatrice. Mais les mots taillés en de minuscules échardes se sont perdus dans l’océan tumultueux où le souvenir s’est transformé en requin aux dents acérées. Au fond des mers, le silence nous retient prisonniers. Et nos mains cherchent ensemble l’étoile de la délivrance. 

 

Vois-tu, j’ai désormais une nuit tassée et compactée comme un caillou sous mes paupières. C’est, sans doute, le poids graveleux d’une capitulation déroutante et d’une défaite provisoire où s’effiloche l’angoisse d’une existence capricieuse. Tu sais, mes croyances, elles aussi, sont mortelles. Et, tu es si loin maintenant, que je te touche de mes seuls cils, de mes seuls bégaiements. 

 

Mes paroles sont des fentes, mes mots sont des trous. Te parler déchire le ventre de toutes les expressions, de toutes les codifications utilisées pour mordre à ta poussière. J’ai un vide planté en pleine poitrine. Un vide archaïque et séculaire, d’un cérémonial antédiluvien, d’une averse viscérale, d’un limon incontournable. Un vide démoissonné de temps, décapité de venin, une plaie gonflée d’orties imaginaires et de rêves crapotés en des cimetières bafoués. Je te sens vivre dans ma peau par deçà. Et je te cède à ma vie, déliée de mémoire outragée, dépouillée de chair profanée. L’intuition, dans sa tombe, s’installe dans une vaste lande de solitude et de dénuement où l’abandon geint son égarement et sa tourmente. 

 

La mort entame sa marche glorieuse à côté de la vie. Ensemble, elles s’annoncent unifiées dans une transformation permanente et une mutation incessante. Nous nous accouplons cependant, toujours et encore, dans le déchirement de nos voix hurlantes, dans l’hémorragie de nos révoltes douces. Car, tout en ce monde s’ouvre à la rébellion créatrice. Nous sommes des grappes de raisins appréciant la caresse du soleil. Tout ce qui demeure vivant se récolte à l’intérieur de nos vignes piquées d’orties.  

 

Nous incarnons, sans doute, le fruit d’un néant flottant, de fragments d’étincelles, de hardes de temps immolées à perte de vue, à perte de sens. Chacun de nos artifices sont dépecés comme des atomes nus, décapuchonnés de nos appréciations métaphysiques. Toutes nos pensées sont démunies de rôles et de tâches précises. Nous sommes borgnes de nos ravins, hissés aux flots des vents et des souffles comme des étendards de la matière gazeuse primitive. Nous crissons des tourmentes livrées à nos peurs inguérissables et incontrôlables. Des craintes pures fourmillant dans un tourbillon d’éléments étrangers à toute cause. Nous spéculons le réel à l’économie de nos besoins. Blottis entre les crevasses bosselées des cancers de l’univers, nous sommes aussi liquides qu’une respiration abyssale. 

 

La mort serait-elle une outrance indélébile, une excroissance du vide ? 

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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12 février 2017

La vie que tu as fait naître dans la nuit...

13557929_270232023337120_6100356065135473010_nLe temps se foudroie lui-même dans un cœur recouvert par le sanglot des anges. Dans le sang de ses heures, l’obsolescence berce le chagrin et nos grimpons sur des tours imaginaires. Tout ce que nous avons pensé est une fumée où les images défilent à vive allure. L’heure est une auge vide, une tasse de porcelaine qui se brise dés qu’on l’effleure. Le temps consacre à mon amour chaque seconde où la volonté se concentre sur sa chute. 

 

Il faudrait quitter ce monde, dans un orgasme. Comme l'air qui se perd dans le vent. Je suis sûr que la vie est dans le souffle. Dans la jouissance qu’il y a à sentir le monde. Je fais la course avec l’écume de ton corps et lorsque je viens le premier, il m’arrive d’entendre tes cendres chanter. Rêver l’instant précédent et y cueillir le suivant. Je ne connais rien d’autre que cette minuscule poussière d’amour qui me traverse.

 

Un front bleu délimite mon regard. Dans ma chair, je sens le frêle silence que tu occupes. Je vis ta disparition comme le soc de la charrue éventre la terre et la prépare au mariage avec le soleil. Je me sépare des cadences infernales de l’oubli. Je dors à l’intérieur de ton sourire. Il résonne comme un ruisseau où se réveille la clarté. 

 

Je n’écris plus pour délivrer la mémoire. Ma parole trace des signes sur l’air pour mieux pénétrer l’angle dans lequel tu t’es blottie. Écrire, c’est se désapproprier du feu qui est en soi. C’est s’abandonner à l’air, c’est outrepasser le cœur d’une tempête, c’est se résumer dans le souffle fluide de l’émancipation. Les mots nous jettent hors de nous-mêmes avec la furieuse envie de nous alléger. 

 

Le silence abdique sous l’autorité des émotions fougueuses. Je n’écris plus pour te dire mais pour exulter de moi la graille tournoyante de la puissance qui me ronge. J’écris de la même manière qu’une note de musique grimpe le manche d’une guitare avec la main d’une hache. 

 

Dans mon panier d’écriture l’encre ingrate s’évapore peu à peu. Les fuseaux horaires de la parole décalent le présent. Je suis intimidé par la pulsion narrative. Et puis, l’instant nacré d’amour remonte pour survoler le langage qui lève l’ancre. Ton visage moulu dans la cendre blessée durcit l’estocade aux pieds des mots défiant l’écriture. 

 

Écrire, c’est s’effondrer. Mon récit est dans la poussière au fond du sac comme une fièvre hors du corps. Tu le ramasseras, peut-être. Son jus coulera dans ta bouche. Alors, le silence reviendra comme un rasoir sanglant sur la page vierge. 

 

Toi et moi, nous le savons, il n’y a rien à attendre de notre naissance au monde. Nous prenons ce qui nous est donné. Nous secouons l’air qui nous accueille. Nos vies sont l’écriture du temps sans que l’on sache vraiment si notre réalité en prend note. Nous sommes prisonniers de notre persévérance, sympathique et mortelle. L’habitude prend du retard sur l’acte et nous sommes bernés par le sursis que nous accordons au silence des ombres. La constance de nos résolutions cherche un aboutissement dans les mots qui se noient dans le regard du néant. 

 

Aujourd’hui, il ne me reste que l’écriture pour te raconter le décroché de mon cœur. A croire que se souvenir est une perte, un labyrinthe sans issue. La mémoire troublée est un déficit de ressources à vivre, une lacune intarissable. Tu vois, nous sommes entiers de nos déboires comme nous sommes brisés par nos affections. Ce qui demeure, c’est la poussière que nous pouvons laver ensemble de la tourbe commune d’où nous venons. Rien d’autre, rien de plus. Ecrire, c’est défier le monde réel à partir de son nombril. 

 

Et puis, tu sais :

 

Il y a ces moments maudits de l’écriture où toutes les pensées défilent si vite dans mon esprit qu’elles m’inondent et m’engloutissent au plus profond du noir. Il y a des moments maudits où tout se déverse en soi comme une cascade ininterrompue de phrases et de souvenirs mélangés. Ma plume ne sait pas imprimer sur la feuille ces instants gorgés de rouille où l’on laisse un peu de soi-même sur les antennes de l’éternité. Je me sens alors bafoué et trompé par moi-même. Incapable d’extirper de mes méninges la moindre syllabe claire. Je me sens dépossédé, exclus comme le sont les rires lorsque la peur panique prend le dessus sur une situation pourtant burlesque. 

 

Ecrire, c’est s’immiscer dans l’aventure de la ligne horizontale. Deux traits superposés, une ligne. Une page blanche dormant sur la table attend que des mots communs la redresse de son impassible latence. L’idée que je me fais de toi est une corde cassée, une tache d’eau salée sur la page couchée sous ma poitrine. Puis, je m’engouffre dans le récit comme un animal blessé retourne dans son terrier. J’habite la zone blanche. Je loge comme un courant d’air chaque signe que je dépose. Au final, la page écrite s’apparente à la surface immergée de nos fantômes. Les mots deviennent les radeaux qui nous transportent. Ils sont les fils imaginaires par lesquels transite ce que j’extrais de mes profondeurs.   

 

La « Jeanne » de Brassens s’emporte avec les vagues de la corniche de Sète. Rien ne s’anéantit sous cette lune fluorescente, rien ne va à la mer sans rappeler le bruit de la courbe lumineuse de tes lèvres. Nos âmes sont des corps déchus. Mes sentiments errent dans l’opprobre des lumières glauques. Il faudrait ramasser toute la nudité des ombres avant qu’un éclat d’amour pur ne l’emporte. Comme une bulle d’air, la vie s’est annoncée, précédant la respiration de la terre. Elle avertit toujours d’un cri et d’un élan. Imperturbable guerrière, elle s’en va devant pour saillir les heures nouvelles. Triste plaisir de n’être qu’un cœur dessiné sur le calendrier poussiéreux s’enfonçant dans la chair de l’autre. 

 

Je ne durerai pas. Ce qui m’est cher s’envolera comme des feuilles sèches. L’ombre tarira la blancheur de mes élans. La vie s’étouffera dans la tempête monocorde et invariable de son inutile beauté. Je serai là, vaillant de mes écorces lissées et je sombrerai comme une barque abandonnée sur les tempes de l’infini. Je plongerai dans les entrailles de l’eau, et je finirai ma course auprès des algues fines et des coquillages. Aux abords d’un halo de nacre, tes yeux seront alors un espoir intarissable. Tes mains et tes hanches deviendront les ailerons de mes divagations. Je goûterai à la nuit profonde, j’y étendrai mon hamac de pacotilles. Je dormirai comme des bulles d’air remontent lentement à la surface. Et, j’irai rejoindre ton plus noir silence enrobant la bohème des jours écoulés. 

 

L’intemporel connaît la même fée, la même symphonie lugubre. Je vaincrai la vie et la mort. Il le faut. Je serai l’air qui effleure l’aube. Je serai le ciel et la cordelière des cœurs qui se détache à la marée. Je naîtrai dix fois, vingt fois, mille fois, sur cette glace froide que le soleil réchauffe. Je n’aurai plus rien à te dire, nous serons la communion informelle et l’union des heures qui rebondissent dans l’espace. Et, nous serons bien. Dans l’oubli salvateur, l’eau aura la couleur de nos rêves mais nous ne dirons rien. Une voix lointaine soufflera sur la lune. Puis, les yeux ouverts jusqu’au matin de l’infini, j’attendrai le toucher de nos cœurs. 

 

Mon corps s’ouvre et se ferme à la lumière comme une forêt s’effeuille sans que rien ne bouge. Je suis un passage, tu es un chemin. Fugitif aux mains pleines de cendre, je traverse l’espace comme un astéroïde transporte la première heure à travers l’immensité de l’air. La vie s’abrite dans le mythe de mes os et lorsque ta poussière sera assemblée à la mienne, elle revendiquera les ruines de nos volcans au monde qui nous échappe. 

 

Faut-il donc croire que tu aies pensé la mort plus douce que la vie ? Dans l’excès du renoncement, tes mains se sont fermées et ton souffle a cessé. Que sont devenus tes yeux, ta peau et ton chagrin ? Ta lucidité du vide étourdissant ? Il s’agit, ici, de respecter ton choix. Mais, il s’agit aussi de le comprendre pour essayer de l’accepter, de l’avaler comme une goulée d’eau fraîche. Toutes les capitulations sont pernicieuses, elles fondent comme neige au soleil en même temps qu’elles cimentent la coexistence du péril à celle de la réconciliation définitive. Fataliste d’une réalité qui me possède, je ne saurais comme toi donner le glaive à mon désarroi.  

 

Est-il possible qu’un arbre, sans cesse balayé par la violence des vents, finisse par céder à la tentation de refuser définitivement la sève qui le nourrit ? 

 

Tu as inscrit tes feuilles et tes branches à l’incalculable chemin du temps. Tout chuchote à l’imperceptible bruissement de ta voix. Un frémissement s’écaille et des grumeaux de toi foulent encore les terres inachevées, les mémoires incomplètes. 

 

Encore plus fort qu’hier, j’entends parler ton sommeil de grenaille comme si une sollicitation d’amour s’infiltrait et se murmurait de la bouche de la mort. Cette pucelle inviolable que nous avons jetée après ta ptose sardonique dans le seul jardin qu’il nous restait. Nous, ta famille, qui te chérissons, nous l’avons ensevelie au fond du jardin de nos brisures, au pied d’un chêne centenaire. Depuis, à chaque automne, il te recouvre de ses glands et son tapis de coques dures te préserve de l’usure. Vois l’ironie du sort ! 

 

Quoiqu’il en soit depuis, je te course et je t’arpente à la dérive de tous mes naufrages. Je te recompose des brouillons tapissant ma mémoire et je me recueille dans le silence de tes ruines. Je sens ma gorge se nouer à la tienne. Quelques scories tombent encore et elles vont fondre les pierres dures de leurs larmes acides. C’est une petite pluie à la saveur assidûment aigre et piquante. 

 

Le vent n’emporte pas la tête qui roule dans la brèche. Des pensées fondent dans la cire astiquée puis réchauffée. L’inflammation des caresses renouvelle l’ardeur. Mais la poésie se fout bien des jours sans crépuscule. Toutes les nuits amères rebondissent des cendres de la lumière. Les étoiles ont chuté. Lourdement. Un bracelet lumineux entoure mes chaussures. Je marche à ta rencontre. Mon appétit sous les paupières du souvenir. 

 

Une louve affamée se cache dans la forêt. D’ici, j’entends son ventre vide et la résonance de son estomac désespérément opaque. Pourtant, elle crie son désespoir aux feuillages des arbres. Ce matin, elle a perdu la vie qu’elle avait fait naître dans la nuit. Un petit corps étendu à ses côtés. Elle pleure sa défaite. 

 

Tout se passe en dehors du silence. Saison parmi les saisons, le marronnage automnal s’échoue sur le paysage. La chaleur de l’été s’essuie sur les vitres encore tièdes et la buée matinale regorge de clarté perlée. Mais, il pleut des tonnelles de tissus troués au-dessus de l’arc-en-ciel. Sous le parapluie, ce qui n’a pas été donné, suinte des baleines mal refermées. La brume sera le seul capuchon et toutes les étincelles cligneront des yeux. Les blanches pupilles resteront moulées sous la paupière du temps. Tu hisseras ta langue sur le portique des balançoires mais le mot échoué ne saura plus dire la rosée qui l’a emporté. Je ne ferai que poser dans tes mains le mimosa qui pousse dans les miennes.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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06 février 2017

13557801_270267380000251_6284274308817672479_nMon cœur est une membrane extensible. Il est une flaque d’eau où se reflète ton visage. Il va de courses en courses à travers les roseaux qui nous cachent partiellement. J’oscille toujours entre le trouble et la clarté aveuglante. Dans le brouillard de mes rêves, la durée qui m’échappe se féconde par intermittence. Je ne sens bien que ce que je connais déjà. Toute nouvelle découverte me laisse sans voix. Mon sang est un flot incompressible et je me noie dans chaque spasme. Une part d’inconnu m’émerveille, une autre me glace. Mon radeau d’ivresse pure dérive dans une nuit désaxée où vieille l’insomnie qui me consume comme une craie blanche. Mon instinct est une boussole disproportionnée. Des mots incarnent mon senti aussi indistinctement que l’écho du vacarme qui remonte de mon ventre. Ils n’ont de consistance que dans l’instant. Ils crient dans l’écriture que je pose et puis s’en retournent au silence d’une fin de jour. Ils couvent à l’intérieur d’un mirage de non-dits hurlants. 

 

Mes rêves sont toujours trop grands. Il m’est impossible de les combler entièrement. Je les laisse tranquillement s’endormir. Ils sommeillent dans mon crâne comme des veilleurs de sons, comme des consoles devenues obsolète dans la durée. Mon imaginaire est un amoncellement d’émotions rémanentes. Des brins d’herbes rencontrent des images confuses à l’intérieur d’un paysage sans cesse renouvelé. J’avance néanmoins. Je ne sais pas pourquoi, mais je marche sur le vide où je glisse comme sur de la glace. L’équilibre nécessite chez moi la détermination de la flamme passionnelle. Mon cœur est un moteur à quatre temps, une syncope vivaldienne, un hymne prolongé et irrésolu. Il becquette à tous les rendez-vous où l’audace l’emporte.  

 

L’ardeur singulière d’aimer se retrouve dans la plume qui écrit sur ta peau. Je rêve éveillé. Tes lèvres se collent doucement sur mon front. J’entends courir des chevaux dans l’ombre qui me suit. Mes pieds sont posés sur du sable. Je sens l’iode s’installer dans la sensualité de l’eau qui m’enveloppe. La mer, peu à peu, découd l’égoïsme qui m’étouffe. Je te ressens à mes extrémités comme une intime buée de sel fin qui se répand sur le gouffre de mes carences. Ton parfum épouse le mien et nos filtres sensitifs s’en vont danser la joie qui nous envahit. 

 

Le rêve se soumet au réel, sans quoi il voltigerait à mille lieux de mon présent. Une fois encore, seul l’immédiat me donne la sensation d’une forme de puissance sur mon être, sur mes actes et sur ma volonté. L’estime que je m’accorde évalue l’handicap qui me retient au plus profond de moi comme une pierre au fond d’un puits. J’ai besoin de la confrontation avec le monde qui m’entoure afin d’analyser plus précisément la déliquescence qui semble inonder mon existence. C’est le cœur menotté que j’avance vers la joie de vivre. Sans doute, j’oppose trop le plaisir quantifié à l’épreuve qu’il nécessite pour le sentir vibrer un peu partout dans mes veines. Et puis, le quotidien éprouve toutes les théories et il me faut accepter d’avancer sans me soucier de l’inconnu. Je marche à tâtons dans une vie qui n’est pas rêvée. Mon amour est le fils de mes illusions et du hasard. Les étoiles marines cohabitent avec celles du ciel. Partout, mon cœur a le ventre affamé des indigents. 

 

J’ai passé la nuit à remâcher l’image que j’ai de toi. Sur ma toile : une simple photo un peu passée et quelques mots partagés. Une nuit de transes, gloutonne d’émotions perceptibles.

 

J’ai bu à tes lèvres légèrement entrouvertes par où clapotaient les murmures anciens.

 

Des rêves légers ont forgé l’épreuve. Maintenant, je te vois par la fenêtre de mon ciel. Tu te tiens à l’écart, assise sur un nuage blanc. Tes mains me font des signes et appellent la lune. « Madame la lune soyez gentille, veuillez baisser votre lumière, je voudrais la pénombre pour me rapprocher discrètement », lui disais-tu. Je ne sais pas si elle t’a écoutée, mais j’ai senti ta bouche se poser doucement sur mon cœur.

 

J’ai passé la nuit dans les bras d’une Orphée espagnole. Elle dansait le flamenco, un feu de bois illuminait ses gestes. Deux étincelles joyeuses m’ont retiré aux cils mélancoliques et j’ai dormi dans les plis de tes soupirs.  

 

Penché sur la vieille commode du temps, j’attends derrière la fine membrane qui recouvre tes yeux. Dans chaque tiroir est rangé un aveu tendre que la lumière transperce. Nos cœurs effervescents sont des passeurs de mémoire. Et, je ne saurais pas dire le ferment et la ouate de tendresse prisonniers de notre vécu. 

 

Mes lèvres étaient jusqu’à présent des prières extensibles. Elles deviennent peu à peu la patrouille d’hirondelles réconciliant la terre et l’esprit. Je veux revenir à toi dans la douceur de la nuit chaleureuse. Et puis, prendre ta main, saisir tes hanches et fusionner dans l’éclair de nos ressemblances. Alors, nos caresses seront des paroles vivantes et nous tricoterons le silence dans la joie que procurent les sens lorsqu’ils s’élancent dans le vide.

 

Viens, allons, sont les seuls mots qui me restent. 

 

Je ne veux rien détruire avec des suppositions. Je veux construire avec la flamme qui purifie. J’enjambe le néant, une fleur entre les lèvres. Le temps n’a plus d’importance. Je suis la réalité de mon rêve. Je mélange ma vie à la tienne. Tout le reste n’est plus qu’un pet de lumière dans l’obscurité silencieuse. Tu es mon sens unique, latéral et traversier. Mon issue à venir.

 

A peine plus loin, je suppose la portée d’une autre voie plus imprévisible. Mais, je n’ai plus peur de l’accouchement du provisoire. L’aube se lèvera et j’y serai. Désormais, nous sommes le monde. Le sol retentit sous nos pas. L’air nous complote quelques mélodies jusqu’à lors tenues en échec. Fragiles, nous irons parler à l’oreille du vulnérable et nous lui susurrerons : Nous sommes ce qui dure ! 

 

Je ne suis que ruine à reconstruire, que passé à surprendre. Ma vie est une lampe éprise du venin de la lumière. Une idée de nacre s’ajoute aux volutes. Tout est imprenable par delà la perfection de l’air. Je suis la distance et le rapprochement. Je loge au fond de ton cœur comme un feu que la mémoire réactive d’un seul coup de main. 

 

Je me lustre aux heures qui passent et j’attends. Je suis une statue sans visage mais la pierre crache mon nom. Je me guéris de l’immobilité par le mouvement. Et toi, tu tournes sans cesse autour de moi. Mon esprit piste tes remous. Je fleuve ta déroute. Je suis là ! Au milieu du rouge, un caillou, défait du roc, roule jusqu’à la rivière.

 

Rien de philosophique, juste mes sens pour extraire du temps l’orgie virtuelle qui remplit la coupelle du tendre.  

 

Il y a encore les plis dans l’écume. Sous nos yeux, il y a encore la plaie qui réclame le silence des orbes printaniers. Je dois taire mon propre bruit. Je dois plier sous la hauteur de l’ombre. J’aime à m’enfoncer dans la nuit qui te ressemble. Le chemin s’éclaire sur ton visage. Je touche la veste que tu portes. Je ne m’arrête pas. Je me faufile au fil du jour qui m’entraîne. Plus loin, je le sais, demeure une potence pour l’exil, une corde pour y pendre le souvenir. C’est dans cet exode que résiste la délivrance nouée au vin que nous avons bu.  

 

Je suis deux, l'enfant mort et l'avenir en gestation. Je suis le désespoir et l’accablement des bassesses de l’air. Je suis l’étrille des ombres dans l’acte terminé. Je suis une marmite bouillante dans les mains de l’heure évasive. Je suis la vapeur fondante qui ruisselle après toi.   

 

Nous sommes l’aveu du nombre qui officie comme un comptable sans émotion et qui nous accuse du découvert incalculable dont nous sommes responsables. Bien malgré nous. C'est un jeu pour adultes, une pratique interdite et pourtant courante, personne n'est innocent, personne n'est coupable. Tout le monde est mort de la vie qu’il a quittée. Tout le monde se retient aux cordes imaginaires qui glissent des rêves. Je vois des troupeaux de chevaux blancs galoper dans la plaine, les herbes hautes couchées par le vent, les montagnes rouges et le ciel bleu cobalt. C’est dans mon esprit un mythe solide et résistant, une contrepartie féroce, l'anéantissement des fêlures de l'enfance.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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