Bruno ODILE

17 janvier 2017

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14 janvier 2017

Le cri qui ne sortira jamais.

13532867_270223096671346_6803412773817575002_nLe cri qui ne sortira jamais veille dans ma gorge comme une péninsule perpétuelle. Un fleuve avance et le ciment des jours tortueux se brise. Mille conquêtes siègent dans les fragiles trous où s’oxydent les fruits laissés là en pâture aux oiseaux migrateurs. Dansent sur les vitres lessivées, l’insomnie de tous les soupirs que je n’ai pu mettre en terre. Elle est nue la campagne qui m’attire. Le noir melon de l’angoisse git tout près des paravents de l’infortune où, dans la pénombre, se reflète une lune hygiénique et sourde. Toute la mort s’enfuit de la minute présente et construit des échafaudages pour les heures lointaines.   

 

« Il faut être l’homme de la pluie et l’enfant du beau temps.* » répètera René Char, et déjà la sphère jaune quitte la boussole ordonnée du temps. * Le Marteau sans maître, Moulin premier. 

 

Mes traces abandonnées au sépulcre du temps ordinaire me reviennent comme des plaies insaturées. Des blessures venimeuses s’arrêtent à mon chevet à chaque soirée venue et la nuit devient carnassière et assassine. Elle plonge son couteau noir dans la richesse de la journée qui s’efface. Des chapitres entiers de larves anciennes tardent à s’écrouler. Le temps est long pour l’esprit dévasté. Il double les proportions de l’attente, il quintuple le hurlement interminable de la solitude. Survivant anesthésié de ma propre histoire, je me fausse compagnie. Non, je n’ai rien à t’apprendre qui ne soit déjà un radeau abattu par la tourmente. Tout juste puis-je t’accompagner et te raconter toutes les méprises qui s’enclavent à mon vécu comme des expériences bondées par le chaos qui m’entourent. 

 

Mes cris sont des soupirs de vapeurs brûlantes. Personne ne les entend. Rien de ce qui peut se défaire de moi ne pèse sur la randonnée que nous pourrions faire ensemble. Je suis né dans l’orage furtif qui s’éloigne et je marche sur le printemps où l’herbe mouillée pense à des jours plus tranquilles. Berger sans troupeau, ma vie rôde par-dessus le manque et les désirs froufroutés que les destins ambitieux désertent. Mes cris sont un revers de silence, une résonnance impertinente où meurent mes bouffées desséchées de toute présence. Je mesure seul la hauteur des futaies qui me dépassent et, plus bas dans les fougères, je caresse l’espoir d’une seconde nature. J’ai beau consulter les lignes de l’éclair et supplier que l’amour rince la peinture de mon profil, je pèse sur moi comme un pli de marbre froissé. 

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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07 janvier 2017

Invisible silence.

13529218_270269133333409_3971739630604983877_nToujours conduit par la même exigence intérieure : inlassablement corriger la réalité pour amoindrir et effacer si possible les défauts qu’on lui attribue. N’est-ce pas là un travail absurde ? Doit-on en permanence trier le désordre de la matière afin de la rendre plus comestible ? Durant son transfert à la voix, le langage transpose le dépôt de miasmes enregistrés sur l’horizon de celui qui parle et ce que je considérais comme une liberté n’est finalement qu’une limite de mon expression. 

 

Je traverse l’été qui s’affole. Toute l’imprudence gigote sous les salves d’avenir comme un animal sauvage dans une cage. Je suis né homme coulant dans l’archipel des eaux courantes. Comme un nœud qui se défait pour lâcher les amarres, je sollicite les ports pour lester l’apparat de mes voiles. Un fruit dans la gorge et la beauté des anges au creux de la main, j’écris l’expérience de la matière brute dans la chair de mon existence. Sous la langue, des brandons de mots, brasés dans la salive, attendent que la blessure libère ma conscience de toutes hésitations. 

 

Il y a un rythme de la parole qui confère à l’invisible une présence et un parfum. Par la cadence du cœur, les mots deviennent une musique et transforment l’immédiat. L’émotion à la lecture d’une strophe poétique peut devenir un véritable lieu d’ouverture et de lumière. Alors, je m’adosse à mon ombre et m’oublie dans un coin sombre. Et puis, la nuit revit d’un songe plus ample et elle accueille le feu d’or dans lequel je dors. Tout se transforme sans cesse et cherche à triompher du vide indicible. Mon âme est un poinçon d’éternité, elle ressuscite du silence absolu et bascule d’une certitude perfectible vers d’autres baptêmes encore plus hasardeux.  

 

A portée de la voix, une multitude de privations répétées agonisent dans un silence assourdissant. Saturée d’incohérences inarrangeables, insoumises et meurtrières, l’attente prolifère hors de ses limites naturelles. Il ne peut y avoir de paix intérieure sans que cela n’implique la pleine conscience de la responsabilité de soi. J’ai sans doute trop conservé les traces expressives de mes faiblesses pour prétendre tout de go que l’on a la vie que l’on se fait. Néanmoins, il m’aura fallu goûter à la pénurie de joies pour mieux saisir quels étaient mes essentiels.   

 

Mon rire est une prophétie, un pli du savoir étouffé dans l’archéologie du temps. Il pousse et repousse le malentendu qui existe entre ce que je suis et la banalité du réel. L’existence de la chance pure me froisse jusqu’aux extrémités des frontières de ma conscience. Tout ce qui peut rendre mon corps docile à mes ébats réflexifs soulage mes pensées déviationnistes. Une brassée d’air emporte les nymphes rebelles qui me chiffonnent. Dans le miroir, un reflet de mon cœur s’use contre le mur qui me sépare des promenades aux clameurs jubilatoires.  

 

L’improbable cause du soulagement s’est assise à côté de cet instant d'apnée où l'on sourit d'avance à la goulée d'oxygène qui arrive.  

 

Définition de l’éthique selon Paul Ricœur : « se reconnaître enjoint de vivre bien avec et pour les autres dans des institutions justes et s’estimer soi-même en tant que porteur de ce vœu. » 

 

Le destin n'est finalement qu'une suite logique des événements. C'est notre ignorance qui donne vie à l'espérance. C'est notre désir d'inhiber les coups du sort qui nous porte à la joie. Seule substance utile pour contrefaire les malédictions d'un monde et d'une vie tragique. La réalité n’est pas souvent la réverbération de mon désir et, cependant, la joie promet d’exercer sa magie pour contrecarrer la déprime que je peux ressentir.  

 

La joie n’est pas un choix mais une excellence gratuite qu’il nous faut apprécier pour nous détacher de l’emprise déroutante des bruits sourds qui exaltent nos sens. L’étonnement nous éclaire alors que la réalité nous agresse.  Le seul chemin pour accéder à soi-même réside dans le tourbillon de notre essence mère, là où se mélange et parfois s'écrase notre propension à la joie, à la délivrance d'une vie tragique. 

 

Demain, c'est le chemin de l'espérance infinie. Celle qui a débuté hier et se meurt dès aujourd'hui. Mieux vaut la joie que l'espoir. Elle s'arque-boute face à toutes les misères qui nous traversent. Elle oublie le sens de l’existence et détourne l’insipide laitance de la conscience. Quel sera mon bonheur ? De quoi parlera-t-il et avec qui traversera-t-il la prairie bordant mon âme ? Ajusté à l’éternité, l’immobilité déploie des trésors d’imagination pour se distinguer. Mais l’avenir est formaté dans les coursives des raisons vaines. Sur les trottoirs, des panneaux de signalisation font mine d’une foule de directions. Une seule pourtant conduit derrière les palissades. 

 

La pensée est souffrance dès lors qu’elle étouffe nos initiatives. Elle s’accomplit partiellement dans l’acte et l’immensité de ses résidus occupe les affres de l’aliénation. L’oubli, même métaphysique, exerce sur l’individu sa nonchalance nihiliste. Fantasmes ou cauchemars refluent de la grande tisane du renoncement. Mon cœur, posé sur la branche pourrie de la conscience, a bien du mal à prendre son envol. Les instances répressives de la morale cintrent mes actes et détériorent mon imaginaire. J’ai besoin d’air et les miettes d’oxygène qui me ventilent d’indifférence sont les promesses d’un désastre futur. Les sûres racines du désespoir creusent la terre à mon point de chute. La consternation ronfle comme le sel dans la soupe du jour qui cherche à s’éclaircir. 

 

Et puis, il y a ces journées qui n’en finissent pas et cette lenteur apparente dans les sous-bois environnants. Au cœur du monde désenchanté, fleurit l’image de la colline que les derniers rayons du jour caressent. Il en est toujours ainsi : la joie fend l’enclume des nostalgies rédhibitoires, elle me dénude totalement et me libère des pétrissures malaxées par l’enclume de l’ordinaire. Très vif et très sec, un éclair m’accouple au reflet mourant de l’audace et pour terminer ma course, je rassemble les idées mal bâties et incohérentes à mes battements de cœur.  

 

Le bonheur m’assigne à son feu sacré. Il possède plusieurs têtes pour mieux résister au vent. J’entends dans le miroir des arbres un tue-tête de pie épinglé dans le pourtour des feuillages et une petite brise qui papouille sur la farine brune recouvrant quelques herbes presque endormies. Les parfums colorés par la lumière rétrécie s’évaporent doucement de la forêt de pins et de chênes. Les derniers écureuils galopent dans les branchages en quête de friandises avant d’aller rejoindre leurs berceaux de bois et de ronces.  

 

L’allégresse m’assiège à chaque aube nouvelle. La communion, issue de mon ressenti et du spectacle de l’astre jaune qui se déplie peu à peu à l’horizon, augure d’une réalité indivisible. Et cependant, mon corps demeure lourd dans la brèche des heures monotones. Il habite la voix oubliée où retentissent les blessures qui dépossèdent la mer de ses vagues d’huile. L’expérience des marées enracine l’eau à la terre. Je suis dans le reflux permanent qui ronge mes falaises jusqu’à l’os blanc.  

 

Pourtant, un jour d’été cela dure plus qu’il ne faut pour réchauffer l’air et la terre. Les fleurs, tétanisées par le pourpre brûlant de la canicule, laissent tomber leurs têtes comme les enfants lorsqu’ils s’endorment sur une chaise à l’occasion d’une soirée qui n’en finit pas. Tremplin imprévu, l’imaginaire franchit l’ombre recouvrant le sel de la vie et mon cœur s’allonge sur la tranquillité des accords tacites traînant sur le seuil des gaîtés innommables. 

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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31 décembre 2016

Quoi de toi, quoi de moi ?

13529139_270207663339556_2430439253361360270_nQuoi de toi, quoi de moi ? Qui connait le chemin où se déroulent nos corps ? Le temps nous déplace, nous tourne et nous berne. Nos voix immobiles s’animent d’angoisses tendres et nos mains se resserrent comme un fil de cuir après la pluie. Une voie faite de deux, puis un rêve, un exode, un exil, et le déchirement de se taire pour ne pas recouvrir l’intime sensation faisant vibrer notre sang. La mémoire écharpée, un flot de communes différences dément nos tissus emmêlés. Les bruits sont partout. Une drôle de résonnance bleue s’engouffre sous nos peaux. Le ciel nous mange et l’azur nous confond. 

 

Page après page, l’écoulement de la source perce la terre de mille trous et, à coup de râteau, le temps ramasse des bouchées de souvenirs. Nous sommes accrochés l’un à l’autre comme une ancre à son bateau. Chacun prisonnier de son envol, nous cohabitons dans la distinction des mots et des voies. Nous sommes le relent d’alcool s’évaporant aux extrémités de nos souffles. Tu viens de la nuit, de plus loin que le sommeil. Mon prince, ma déchirure, je te porte en moi comme un cri s’enchaîne aux soupirs ordinaires. Je me fane au bord des crevasses imaginaires et tu prends corps avec l’onde humide naissant sous ma peau.  

 

Ta différence révèle mon identité au grand jour. Je m’oublie dans le regard qui me berce. Ta chair égarée dans la source semble tout retenir, tout contenir. L’eau des bassins de l’enfance me suggère l’opposition à toute oppression, le déliage des cordes et des liens égoïstes. Curieux, je te cherche au-delà de moi-même. J’habite un rêve bleuté sous l’ornière de l’image. Je suis à l’abri contre la butée persistante de tes sourires. Contre les arbres glacés, quelques rayons d’un soleil d’hiver incendient les branchages. La lumière s’ébroue avant de s’éparpiller au jour qui mâche l’instant. Tu glisses sur le coton de mes yeux et, immédiatement, l’horizon assagit nos dissemblances.  

 

Si la vie n’est pas une folle escapade de la lumière au cœur de l’abîme, qu’est-elle au juste ? Vers quoi irions-nous et comment ferions-nous pour nous épuiser au-delà des sources du silence ? Comme je l’ai fait avant toi, tu traverseras la lie de ton corps à la recherche de la beauté. Tu franchiras de nombreux carrefours, des plaines juteuses et des déserts brûlants. 

 

Tu marcheras à travers le sable, sur le fil des océans et parfois même au-dessus des nuages blancs. L’énigme vertigineuse de l’existence divisera tes élans et détruira un grand nombre de tes espoirs. La langue de l’air pourra, par moment, te paraître le venin de toute raison. D’un amour à l’autre, tu mettras à nu tes fantaisies et tes stratagèmes pour défoncer la pudeur de la chair. Chastetés accablées en quête de purification, l’émotion drainera les litiges jusqu’à l’océan de tes poumons. 

 

Mon fils aux poignets de cygne, aux cheveux d’alouettes, le jour de ta naissance était un jour parfait. Ni grâce, ni démon, sur la collégiale de l’aube. Seulement tes pleurs cristallins et ton parfum de vie nouvelle. Seulement la douce tempérance des moments heureux. Aujourd’hui, tout parait si lointain, muet et volatile. Je lis dans le temps envolé les grains d’air qu’ensemble nous avons semés. A présent, tu es là, gaillard et téméraire, et je suis confondu aux lames vigoureuses qui jaillissent de toi. Quoi de toi, quoi de moi, mélangés à ce point de rupture de la coque brisée nous vivifiant et nous séparant. Nous sommes chacun au cœur de nos prières et le jour présent raconte à notre place la distance qui s’effeuille.   

 

Si proche de toi, par arrogance et par naïveté, j’ai perdu la corde et le nœud alors que je creusais la terre pour les ensevelir comme des racines précieuses. Ne serais-je déjà plus là, invisible et sans murmure ? L’ombre floutant ma silhouette a-t-elle traversé de haut en bas le bruit du tocsin accompagnant mes pas ? Aurais-je avalé la poussière grinçant sur l’air dévoilant ma présence ? 

 

Je t’écris assis sur le promontoire des âges morts et, comme un enfant, je gribouille des traits sans importance. Je t’aime. Il fait noir, mais je t’aime. Des sueurs langoureuses giclent sur la façade de pierre, ma maison est vide, nous sommes tous partis à la rencontre du non-sens de nos êtres. J’ai froid et l’heure tremble. Il gèle dans la cabane de peupliers que j’occupe. Je ne sais pas, je ne sais plus si j’aurai la force nécessaire pour ouvrir la malle traînant à mes pieds. Je crois que c’est toi qui a la clef. Regarde dans tes poches, s’il te plait. Ma vie teinte comme du verre blanc.   

 

Viens ! Le jour nous appelle et les champs de rêves solitaires se ramassent à la pelle. Viens ! Faisons-nous la belle, fuyons les ressacs et les bruits de la brume en bataille. Mélangeons nos enfances, vivons d’insolences. Brandissons nos visages délivrés de la potence, allons flirter avec nos dissemblances. 

 

Il ne peut y avoir d’amour sans joie, ni de joie sans paix. Néanmoins, nos cœurs encore un peu masqués déambulent sur la corde de nos sourires. Effluves de joie brûlée, dilatation du fleuve sang, palpitations de la vase jusque dans ses clameurs minuscules, nous sommes guidés par la pierre et la terre. Toutes les voies sont sincères, aucune ne meurt dans l’haleine rétive des contre-jours. Je vais devant, mais pas sans toi. 

 

Je vais à la victoire, mais pas sans le monticule de défaites me précédant. Je drague l’invisible présence impossible à traduire. Ta vie patine sur mon cœur flottant en pleine marée. Mon « je » et ton « tu » arpentent ensemble les chemins de traverse. Sur le bas-côté, la trace de mes freins et la ligne de mes faims jonchent sur le sol. Mais on n’en finit pas d’aimer, chaque geste prolonge le vent de son souffle aspirant et, l’espace d’un instant, nous ne faisons qu’un.  

 

          Mon fils, mon arpent, ma source vive, joignons nos mains à la lisière des mots. Ecrivons d’une seule main le murmure soulevant nos bras et nos épaules. Nous sommes la fable du discours envahissant des gènes. Nous partageons la faiblesse des éléments et la grandeur de l’immensité. Aimer implique l’abandon. Submergé, l’horizon célèbre la beauté et j’embrasse la légèreté du lâcher-prise. Je suis inscrit dans le déchirement de l’aube, mes désirs naissent du présent ouvert et ils se cognent contre l’attente qui m’envahit.  

 

Odeurs de terre et d’images blotties en fagots sur le rebord de mes cendres. Tout au fond de moi, je touche à la lumière complice, à la joie éclatante. L’ivresse inonde mes racines et le voile des heures perdues disparait dans les fleuves endigués de mon être.

 

Je me risque à être dans la transparence. Une goutte de trop ou une goutte de pas assez. Une mouette perdue au-dessus de la colline cherche les vagues immortelles. Mais au loin, la mer déraille et se jette derrière la face cachée du jour. J’ai son aile blanche collée sur ma main et le goût du sel sur mes épaules. 

 

Je suis toi au bout des lames d’écume. Tu es moi dans le désir que je n’ai pas choisi. Les algues se souviennent peut-être de l’appel de la vie. Dans ta chair, mon cœur ne pense plus. Enfant marchant sur le vent, tes bouffées dessinent ton visage contre mon torse. Mon âme raisonne pour toi et déjà tu t’éloignes. Serais-je parti de moi-même ? Le chaos se perdrait-il dans un regard, un sourire ? Mon synonyme, ma particule, cela ne sonne pas faux. Et pourtant, fil ténu allant de l’aube au crépuscule, l’accroc du temps chavire le sablier. Ta voix est une note, un chapelet de rêve où se reboisent les clairières abandonnées. 

 

Entre toi et moi, une lune d’éclats dissipe la grise mine de la nuit. Un siphon silencieux avale la fraîche lumière. Au nombril du monde, des lacets coupés et des tisanes frelatées traînent mon sang jusqu’aux messes journalières de l’inconnu. Un trait tendu rugit sous la bruine, le passé regarde vers la mémoire distendue. Hier sauve l’apparence et l’instant précis réinvente l’horizon élargi. Chaque naissance nouvelle grise le vide et décalamine la solitude. J’ai perdu mes bras avec l’accent touchant des mouettes accompagnant les navires de pêche. J’ai perdu l’oubli sur le front des mers caressantes. Je te berce encore comme un essaim en sommeil, comme un ventre gonflé par la magie de la création. 

 

Sans le recul de la cogitation, le bon sentiment devient vite une plaie. Il dévitalise la volonté et crispe la crédibilité de nos meilleures actions. Rien ne va de soi, tout pénètre la matière sur la marge par l’air assoiffé de nouvel oxygène. Tu me décentres, lymphe des mammifères, je suis le père de la neige et de la vapeur qui sublime. L’onde des frissons voyage et la caresse de l’invisible nous retourne parfois la situation d’imposture dans laquelle on se trouve. Rien ne va de soi, tout pénètre l’existence là où elle se cache. Je t’accompagne et, en même temps, je jeûne sur ton chemin. Pourvu que mon message de vie ne se transforme pas en message de mort jusque dans ton propre corps. 

 

Compulsions frénétiques, l’organe du feu carbonise de pathétiques œufs de cafard. Dans le fouillis de mes heures creuses, la transformation s’opère à partir d’un infime grain de sable. Décadenassée des flammes de l’attente, ce n’est pas ma chair aux abois que tu entends mais plutôt le regard que je pose sur le monde. On peut aimer l’amour même s’il nous tourmente comme on peut aimer la vie même si elle n’est guère aimable. 

 

Il y a toujours cet appétit, cette curiosité du moindre à l’égard de l’infiniment grand. De multiples événements m’ont renversé. J’ai toujours eu l’opportunité de recommencer. Mon existence toute entière est construite pour résister au vide et à l’évanouissement. Chaque grenade de vie dégoupillée nécessite l’éloignement avant d’envisager un nouveau rapprochement. Prendre de la distance, c’est l’acte salvateur permettant de se repositionner avant de s’ouvrir à la lumière pour s’y épanouir. 

 

Dans l’abyssale effigie de toi-même, déloge les confidences secrètes de ton corps. Laisse gronder le volcan des désirs ; ils savent tes souhaits les plus fertiles, ils connaissent la voie tracée hors de la raison bâillonnant tes cris et tes grognements comme une vérité que l’on étouffe. Il existe des lumières en cerceaux autour des hanches, des ceintures brillantes entourant le vertige. Il est des éclats restés en rebut dans le désenchantement des laves mortes, des oripeaux cramoisis pour avoir soutenu plus haut les cygnes de nos vœux les plus essentiels. Il y a les limons et les pierres refroidies, il y a l’exactitude du message de la chair et la précision du corps de l’instinct. Il demeure en nous un feu sauvage et le hurlement du loup qu’il nous faut réconcilier avec la teneur du jour. Plus loin que la bave de la première heure, derrière l’apogée de la respiration, écoute le gémissement des étoiles lorsqu’elles traversent ton sang.  

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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26 décembre 2016

Pourquoi ne rien dire…

13529052_270212760005713_1292990112216727588_nPourquoi ne rien dire et ne pas laver de tout soupçon l’ingénierie où s’activent nos dépassements ? J’habite une irritation, un soufflet pour les braises rougeoyantes, un ciseau d’orage pour les ciels morcelés d’attente. Les failles qui nous augmentent ne se vident pas ; au contraire, elles se remplissent des laquais de la présomption et ils hantent tous nos paradis. Au cœur de l’homme, les ténèbres omniprésentes tancent comme des roseaux pliant sous le Mistral. 

 

Aspirées par les dédales de nos angoisses, nos clartés sont diffuses et intermittentes. La lumière demeure cependant notre pain immortel de jouvence. Il n’y a plus rien après son jet de blanc, mais sa présence éclaire la beauté au paroxysme de ses formes. La grâce, cette lueur émerveillée, c’est l’économie des lâchetés humaines ! Le grand tournant où l’on chavire idéalise les berges sur lesquelles nous pourrions alanguir nos révoltes et nos colères. Dans les vieux fourneaux de nos rêves, la transe obtempère. Au-dessus de nos têtes, elle flirte avec les lignes électriques dont nous sentons l’immatérielle énergie.  

 

Sous les chapiteaux communicants, une halte capitale s’épure et s’agrandit. Les mots ne cherchent plus à réparer, ils s’ébauchent et se livrent dans la parfaite surenchère du langage. Glacis d’excès, les dents de sirènes blasphématoires croquent l’esprit et nourrissent le sang. Pas une seule sentence ne pourrait mieux exercer l’excentricité de l’imperceptible. Il faut le dur labeur de la conscience pour échapper à l’illusion qui nous absorbe. 

 

Rien n’est jamais aussi sensible que la traduction de nos récits inexacts et fidèles. Ces strophes d’imaginaire font trembloter les instants de vérité et provoquent des collisions intempestives avec nos certitudes silencieuses. La dignité, ceinte d’âpres combats, recherche la douceur de l’oubli participatif et celle de l’absence réparatrice. Lâches, nous le sommes tous par les actes réprimés où s’amplifient nos déroutes. S’accueillir soi-même en son royaume ne néglige pas la part étrangère de notre identité. Il faut, parfois, en venir aux mains pour décoller son image du miroir.        

 

Du jamais au toujours, tout se tient. L’illusion est alors de ne pas croire à l’homogénéité du corps et de l’esprit. L’unité mise en doute surplombe le temps accompli. Incarner sa nature positive, cela implique de chacun de nous une alliance indétrônable avec ses propres réponses, ses positionnements et ses critiques. Parmi tous mes gestes, celui revendiquant la sincérité demeure le plus désinvolte. Il vrai, tout s’use et tu le sais très bien. En soi, l’’animal dominant est une bête de cirque, elle s’évertue à entretenir le spectacle comme pour éloigner le néant. Mais que pouvons-nous espérer d’autre ?  

 

La folie nous guette, indécente et mesquine, magicienne inopinée de nos courses intestines, la voilà s’esclaffant et se tordant de rire avant de se volatiliser. Mille fois, j’ai voulu pleurer et j’ai ri comme un perdu. Mille fois, au sortir du rêve, j’ai balayé ma nuit comme une dégringolade, comme l’on jouit de son imaginaire avant de le réfuter, de le contredire, de l’assombrir. Du repos, j’ai fait une trêve et, d’un salto vers l’inconnu, je trace ma drôle de route, peuplée d’instinctifs soubresauts et d’absolues rémanences. 

 

Nos chemins sont dans la lenteur et non dans la confusion des hommes. Nous nous promenons dans la retenue. Lettre après lettre, nous essayons d’écrire une liberté individuelle. Mais, ce mot de sept lettres s’efface si souvent qu’il nous faut entretenir le feu et remettre du bois après chaque nouvelle exploration. Notre amour est commun et singulier. Il nécessite l’entretien des voies fourragères et des chemins perdus. La liberté, nous l’écopons au fond de nos barques désuètes, elle reflète l’abondance de nos contraintes et de nos contradictions. La main tendue par Saint Augustin avec cette phrase « Aime, et fais ce que tu veux » se traduit dès à présent par « Aime, et fais ce que tu peux ».

 

J’aurais voulu t’éviter, à toi mon fils, la vision de ce monde cru et de ses perpétuelles agonies. J’aurais voulu que tu restes aveugle encore un moment. Que tu puisses ignorer la lourde épreuve des dominances discursives et des haines grégaires laminant les contours de nos sages écoulements. Mais, toujours ce vent d’urgence, ces tourbillons dans l’abîme de nos défaites. J’aurais tant voulu t’apprendre comment vivre sans rien dans cet horizon démuni.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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21 décembre 2016

Mon fils, je ne saurais te dire.

13528961_270270213333301_2560266743285696509_nMon fils, je ne saurais te dire l’exaltation qui réprime l’angoisse comme l’eau sur le feu. Points de leurres ni de faussetés, la délivrance ne vient qu’à celui dont le fer a tordu les poignets et la langue. Le jour détruit encourage les combats et l’engagement forcené qui déchire nos âmes et nos corps. Nos faiblesses sont des galles ayant incubé de longue date et leur façon de se répandre frôlent l’épidémie, la contagion funeste.

 

C’est l’espoir qui renouvelle chaque jour et non le contraire. Vaincus, nous le sommes chaque soir. Chaque nuit nous ouvre à l’hospice de la charité. Dans le noir, nous veillons nos corps de misère et nous réparons les dommages de notre folie à vouloir refaire le monde qui ne nous appartient pas. Funambules crédules et incompétents, nous délirons dans un sommeil de paille. Et chaque jour relancera l’incendie de l’inconnu. Pour toi, j’ai décoché le râle resplendissant des heures surchargées d’inconfort. J’ai renoncé à la fuite dans la plaine luxuriante du laisser-aller. Je te le dis : je reste avec toi pour essayer de t’accompagner de mon mieux.

 

Dans l’ombre morne s’enfonce, mélancolique, l’ultime résonance de la chute que je me refuse. Une grêle cristalline assourdit la flaque prétentieuse où baigne ma vanité. Tous les orages que j’ai traversés parmi les passages étroits de la plainte ont tari l’alambic dans les profondeurs du moi. La sagesse est ingrate lorsqu’elle refuse à l’expérience l’empilement des actes dans l’unité d’un seul corps. L’ego dans les souliers, la marche amicale de l’identité légitime empiète les forces universelles. Je reviens de trop loin pour t’apporter les conseils du druide de la raison. Je suis presque nu au sortir de ma grotte. Que pourrais-je te confier qui ne soit qu’insignifiance ? Mon cœur broute encore aux milles rêves inexploités par mon ignorance. Je suis à la fenêtre lorsque tu tombes dans la rue et que tu t’écorches le genou. Je suis dans l’automne stupide alors que tu cours avec le printemps joyeux aux ruisseaux gorgés d’eau et de savon.

 

Je porte le déguisement des hommes qui s’en vont au chantier, tête basse et mains matérielles. L’ingénuité se gaspille sous l’œil médusé de la continuité. Le temps passe et, dans l’air qui nous assaille, nous tenons le registre de nos souillures. Mon vécu se délabre dans la suite qui m’emporte.

 

Je me confonds aux rejetons des histoires malaxées avec l’héritage que je suis supposé perpétuer. Parfois, j’évolue dans la fixité relative et l’immobilisme idiomatique de toutes les unités. Dans la sueur dialectique, mon patois s’engorge et je prolonge la carence jusqu’aux frontières invisibles du néant qui me soumet. L’air de rien, tous les fantômes cachés dans la pierre nourrissent mes sens dans la déroute. Ma virtualité se tord au cœur d’une boue noire, aux pieds d’un cataclysme où les rêves disjonctent. Des poches sous les yeux, je parcours une route amputée de ses faire-valoir. Ce qui me domine n’a pas de nom. Je vacille d’une fatalité à une autre. L’extermination offerte par l’abîme récolte les débris de mes songes.

 

Folie sommaire ou acte de bravoure, des spasmes de sollicitude enraillent les processus nonchalants des pertes. Les merveilles de la terre flottent au-dessus de la mort promise. Une mélodie merveilleuse assèche la rivière des plaintes. Petites vagues de joie délicate, la cime des artifices renâcle sur le visage des amours pures. J’éclate dans un sourire, je ris et je pleure, ma chair repousse les cahiers de l’horreur. Je pâlis sur la trêve silencieuse qui bâillonne l’orage. Il neige une pluie de limons blancs sur mes déserts de pacotille. Je reste pur dans la fragilité des caresses insoupçonnées. L’aura d’un soleil perdu réchauffe la pensée égarée dans le grand sac de l’humanité. Des grelots de rires échappent aux distinctions angoissées. J’entends hurler l’essaim que la vie a planté dans mon sang. Nous sommes près de sept milliards à vivre dans la pandémie de nos brouillards de givre. 

 

Quel grand capharnaüm ! Nous habitons la turbulence autant qu’elle nous ajuste à ses reflux. Nous fécondons le surpeuplement avec l’arrogance des esprits enroués aux branches du vent. Cyniques apôtres de la raison humaine, nous conjuguons deux et deux aux discours solitaires. Nos mains sont de pieux atterrés et nos bouches envenimées crachent les clous de nos croyances. On ne devrait jamais s’arrêter de respirer avant d’avoir luxé nos âmes aux contreforts putrides de l’illusion. La grâce qui nous est tendue rechigne à se soumettre aux élans vindicatifs de la surenchère.

 

Plus et plus vont gratter le mur de l’amplitude et nos urgences dépolissent l’inachevé. Rien contre rien travaille à effacer l’ardeur de nos exploitations dominantes. Un seul trait d’amour et toutes les salves rugissantes glissent sous la barre noire. Je ne suis qu’un extrait de pluie, qu’une sueur vivante éprise d’asséchement. Je disparais de moi-même chaque fois que j’aborde la multitude. Je ne sais pas être un et un seul. Ma vie témoigne pour moi du grand lacet qui resserre la lumière dans la flamme d’une bougie. Je suis un dérangement perpétuellement dans le désordre des fanges qui me recouvrent. Je suis une étrangeté sans réponse qui cherche dans le hasard le salut de sa respiration. J’incarne la chaussette sèche dans la prairie verdoyante. Mon maître verbe est : recommencer. 

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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14 décembre 2016

Au cœur de l’immobilité des miroirs.

13528663_270211333339189_633627993364879009_nOssuaire de givre égaré sous la lampe éclairée, la température de l’heure ronge les murs soutenus par la glace éphémère du temps. 

 

Portes et fenêtres ouvertes, le ciel n’est pas si loin. J’habite l’ornière de la lacune, les ruines du vide et de la disparition. Sans un mot, je rampe sur la pierre de mes lèvres nues. 

 

            Tour Magne et Maison carrée sont sur le même palier. Mais dans un terre-à-terre indicible, la pluie rejoint les racines profondes et l’eau déssoiffe l’été mourant. 

 

      La boule bleue prolonge sa boucle dans l’absolue nécessité de tourner le dos à son passé. Et, je tourne avec elle, et je file aux rythmes des saisons comme une hirondelle printanière. 

 

Dans les déblais, les orties et les tessons de verre et dans la chair en sommeil, je pirouette sur la dernière bouffée tiède avant de renaître, replié au cœur de l’immobilité des miroirs. 

 

   Pourvue d’une insolente vigueur, l’existence poursuit son chemin dans une gerbe de messages incontrôlables. Elle franchît forêts et marécages dans la quête fiévreuse d’un espace où planter la parole. 

 

               Miel rance des jours brassés parmi la revanche des molécules, la rage impatiente prêche la survivance au cœur de l’hostilité des vergers d’amertume. 

 

               Au seuil de la voix, la foulée n’est plus qu’acheminement. La parole trouve sa route sur les traits d’union accolés aux vivants. 

 

 

******* 

 

Je traverse le temps comme cet amas de sable blanc prisonnier de sa tour de verre. Sablier aux accents de lumière, j’éponge l’éclat dans l’épaisseur de mes nuits noires. 

 

Tous les chemins parcourus s’effacent et, de mémoire, je reconstruis la terre à mon image. 

 

        Enfant, je bravais le questionnement en me limitant à la contemplation. 

 

Mes réponses, je les rencontrais sur les plumes d’un moineau, sur le bourgeon doré d’un abricot sous un ciel d’été. 

 

   L’émotion me tenait les paupières ouvertes et, devant moi, défilait toute l’harmonie du vert dans le bleu de mon ciel. 

 

Nous n’en finissons pas de naître et de mourir dans ce creuset d’effervescences. Nous n’en finissons pas d’émerger de nulle part pour un voyage contre la lumière murissante. 

 

   Aux prises avec le mouvement et célébrant les hauts-lieux de la palpitation, la bonté de l’air m’asticote dans une perspective d’isolement. 

 

   Aux pointes blessées du jour, la sève me nourrit établissant des provisions parmi des chants lointains à peine audibles. 

 

                     Dans le brouillard d’une enfance sans âge, l’esquisse de   l’arbre fondateur de miracles demeure en surimpression sur le réel. Debout sur mes propres cratères, je suis aveugle au pays de mes failles.

 

 

******* 

 

Toute parole exige de la voix son déterminisme et son accomplissement. 

 

              Le bruit de la parole provoque insidieusement des raccourcis à la distance qui m’échappe. Il me faut profiter de cette brise douce pour lui donner des mots, des phrases et des sifflets d’intonation. 

 

            J’entends des sons par-delà les frontières et des signes de voix illuminant les décombres anciens. Il me faut exprimer le grain ressurgissant par l’entaille noueuse qui précède et suit l'éclair. 

 

Enlacée dans les méandres nocturnes, une chouette assure son vol d’espoir par-dessus la forêt d’ombres environnantes. 

 

      L’injonction du présent laisse croire que l’existence est le maître d’œuvre. Mais, la réalité s’accapare l’espace temporel où la durée n’est plus qu’une donnée subjective. 

 

Bientôt, l’absence, le manque ou bien la carence, m’effaceront du jour dans la perspective qui l’use. Je ne saurais durer plus que l’instant papillonnaire d’un hurlement fantôme.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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06 décembre 2016

La réalité n'est qu'un point de vue.

13521937_270267790000210_4176154879599993939_nAh ! Ce monde de pacotilles sensuelles est trop incomplet pour l’organe universel. 

 

Il brûle et se consume comme une orange trop mûre sous un ciel caniculaire. 

 

                   Mes peines au bout des lèvres, je m’enfonce en terre. 

 

En moi, le vertige est un animal difficile à dompter. Je suis abattu dans cette marche forcée entre précipices et champs d’orties. 

 

         Mes pieds buttent toujours sur un recoin de pierre volcanique et je vole comme une abeille titillant le pollen d’une fleur, le dard coincé dans la feuille de vie. 

 

Heureux temps que le présent perpétuel. 

 

     L’enfance s’y enroule comme une roue pas encore formatée par la rigueur de la morale et de la bienséance. 

 

L’heure ensemence l’heure du plus pur murmure des fleurs. 

 

         Le pas incertain ouvre des voies inconnues, il pleut des premières fois à foison. 

 

La nouveauté subjugue l’espace, catapulte l’obscurité que l’on croit revers de la blancheur. Nous marchons si souvent les yeux fermés

qu’il nous arrive de traverser le feu sans même le voir. 

 

                Comme cette eau oubliée dans le fond d’un baquet vieilli, nous voyageons dans le voile de buée qui s’évapore. 

 

               Des lueurs nomades accompagnent la beauté de la terre jusqu’aux sommeils profonds. 

 

Le jour se lève avec l’évidence d’un déferlement. Des cris, des appels, des rires et des sanglots claironnent déjà sur le pont entre la lune et le soleil. 

 

           Pour aller à l’essentiel, j’ai longtemps cru qu’il fallait envisager l’existence avec amour. Que le cœur rassemblait à lui seul toute la panoplie de l’excellence à vivre. 

 

Mais, après maintes réflexions, j’en ai déduit que la joie était l’élément prioritaire et qu’il n’était pas concevable de supposer l’amour plus vaillant que le plaisir de vivre. Sans joie, l’amour ne peut pas exprimer sa pleine mesure. 

 

Puis, l’âge avançant, j’en conclus que l’élément fondateur n’était ni l’amour, ni la joie, mais la paix, le calme souverain à l’intérieur de soi. Que la sérénité plénière drainait toute notre personne vers l’accomplissement le plus exhaustif et le plus lumineux. 

 

              Mais, là encore, mon esprit se fourvoyait dans des expectatives étriquées, dans un raisonnement manichéen propre à énoncer une solution pragmatique alors que l’existence est somme toute beaucoup plus aérienne. 

 

              Aujourd’hui, je sais devoir ma compassion intime à l’ensemble de ces principes. Que l’un ne va pas sans l’autre, qu’il faut une singulière concordance du corps et de l’esprit pour ressentir l’extrême frisson de la chose vivante. 

 

Ô terre lumineuse ! Entends-tu le bourdonnement de la ruche dans une cuillère de miel ? 

 

       Sais-tu l’abondance de l’air dans la poudrée de clarté qui nous enflamme ? 

 

                Des cris hachés menus parviennent à mes oreilles. Des hommes, femmes et enfants, tombent égorgés par les coups de burin assénés par la ravine humaine. 

 

La haine et le mépris font encore des ravages. J’ai toujours dans le fond de l’œil cet invisible hurlement, cette horde abattue par l’absurdité. 

 

         Le bruit de ces gémissements anonymes m’oblige à conserver la tête froide et le cœur sur le bord du givre. 

 

Dans un silence mortel, dénué de tout fracas, pousse l’herbe sous la rosée matinale alors que l’ombre émaciée de la nuit fait encore des dégâts sur la blancheur balbutiante. 

 

       Sommes-nous seulement des voyageurs dans la voix, des souffles sourds embués aux pieds d’un printemps sans bourgeons ?

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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29 novembre 2016

J’ai la langue haletante.

13516704_270204800006509_2296596219610624012_nJe ne reconnais les nuages ténébreux qu’à l’étoile mourante, qu’aux sacrifices vidés de leurs tristesses. Ma vie d’enfant est morte sur le trépied de l’urgence à grandir.

 

Il me reste à peine quelques images d’oiseaux en plein vol dans un espace clos. Il me reste des mots et des fruits sur le bord des lèvres pèlerines.

 

                    Tout se défait sur la route du temps, tout se margote avec les frontières indéfinies de la trajectoire. La ligne la plus aride est celle de la chair. Toutes les fuites s’y rejoignent.

 

Mon corps de mémoire crisse encore comme une craie sur l’horizon devenu un long manteau de souvenirs. Je fluctue entre le débordement et l’assèchement.

 

                      Dans la sauvagerie illimitée de mon sang, je m’accouple et me déchire aux lumières dénouant les nœuds des rêves larmoyants.

 

   Mes blessures et mes manques sont mon fer de lance, mon tremplin vers la puissance de l’acte et l’envol libératoire.

 

              J’ai la langue haletante, l’esprit sous perfusion, les états d’âme essoufflés. La tachycardie de l’instant laisse place à l’étendue apaisée des plaies arrachées à l’ombre.

 

A l’instar du chaos, le silence m’emporte dans les espaces éloignés de la conscience frugale.

 

         Mes mains ne sont plus que des ficelles aériennes, mon corps disparaît comme un amas de cendres aspiré par un trou noir et mes yeux ne sont plus ce qu’ils regardent.

 

Ah ! Si mon cœur était assez grand pour contenir tous les flots d’amour, l’existence pourrait durablement s’allonger dans la discontinuité de l’éternelle minute qui bat au fond des tripes.

 

                      Toute une vie à margotter dans la parallèle des chemins inachevés. Enfant, je levai le doigt pour demander la parole. Adulte, je vociférai ma révolte et mon abjection de l’injustice à qui voulait entendre.

 

    Aujourd’hui, je poursuis la route qui s’ouvre devant moi sans plus chercher à détisser ses maillons brûlants.

 

A présent, j’entreprends un parcours désintéressé, je ne cherche plus dans l’autre l’écho de moi-même comme une compensation à mes propres carences.

 

              L’amour de vivre, associé à une délicate mais provisoire paix intérieure, me transporte jusqu’à l’oubli de ma personne.

 

Le parcours, quelquefois unilatéral, de mes sentiments profonds, m’oblige souvent à abandonner lâchement ma raison d’être.

            Mais, j’y bécote avec tendresse l’excellence de l’inconfort qui me soulève. Il y a de la plénitude dans la mutualité des opposés.

 

Toute l’obscurité me contraint à la vigilance, aux déchiffrements et à l’étonnement.

 

               Le présent n’est qu’un jeu, qu’un feu follet au cœur du tumulte du monde.

 

La vie comme la mort a une odeur et, je la sens. Je ne la comprends que rarement, mais je la sens. Je la sais née d’une déchirure sur le toboggan vertigineux de la sphère gazeuse. Vulnérable autant qu’imparfaite, je la sais ivre de copeaux volatiles.

 

                Entre visible et invisible, une frange sans distance délibère. Ce que je sens et ressens n’a aucune exigence sur la matière brute.

 

L’air qui me parcourt fouille jusqu’aux reflets irrévélés du miroir.

 

        A la recherche de la parole silencieuse, mon corps n’a de cesse d’écrire le monde ; ses apories diffamantes contestent les sources vives. Mes doigts trempent dans la rivière du contresens.

 

Le ciel s’agrandit du regard des autres, chaque étoile nouvelle a son lit sur le bord d’un œil comparateur.

 

Dans chaque perte du jeu de la vision, des traces indélébiles inscrivent les ombres des marches humaines sur l’égouttoir du vide.

 

               Muet comme une tombe, je creuse la terre où se cache la nuit. Des cavaliers en nuisettes dorées chevauchent les greniers incommensurables de la mort. La troupe allume des cierges tout autour des douleurs humaines.

 

Un brouillard de fumée laisse croire que la parole est une image plus sûre.

 

              Il faudrait céder à l’audace pour ne pas rompre avec la cacophonie de la neige où s’est dissimulée l’espérance.

 

Presque chaque nuit, la lune crache son venin dans les ruisseaux du ciel et, à chaque aurore, la patience s’écume dans le fourbi de la lumière.

 

Un rêve en forme de colombe déploie ses larges ailes entre les montagnes embuées de givre et les premiers rayons de soleil.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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23 novembre 2016

Buée invisible.

13511982_270232120003777_6122162434796042448_nSans la dimension temporelle qui accompagne mon esprit, la pensée n’est rien. Le chaos, lui-même, n’est plus qu’un précipice ha¬sardeux. Le temps, c’est la matière sur laquelle repose l’immobile marche du discernement. 

 

                            Le lapsus est le bras droit de la raison pragmatique. Le ciel se conjugue avec la mer et tout s’évanouit sur l’horizon uni-forme. 

 

Manchot, je fréquente les églises sans bénitier. Aveugle, je cours l'ho-rizon à la recherche de l'origine du temps qui pourrait me servir de canne. 

 

                        Toutes mes vétilles s’enfoncent apeurées dans cette main d’entente parodique. Je suis liquide dans la goutte de rosée et je cours dans le vent que je respire. 

 

Mais après tout, quelle importance ? N’être rien est sans doute la pa-nacée de l’amorphe substance qui me travaille. Je me vide et je me remplis au gré des marées de fumées traversières. 

 

Je suis et ne suis pas cet instant ouvert au monde, ce lance-pierre dans le secret des marges. Arriverai-je un jour à puiser un tasseau d’amour propre, un fragment d’émotion pure dans la tirelire du bon¬heur ? 

 

         Dans la maison de paille de mon enfance, des cris et des jouxtes

pisseuses s’envolent avec la poussière. 

 

Dans l’escarbille secouée, l’empreinte de l’aurore a bu maintes fois la tasse. Les jours paresseux ont stigmatisé la chute des vagues sur des lagunes sauvages. 

 

A présent, il m’importe de retrouver ces gouffres d’eau luisant d’aus-tères bravades. J’ai laissé là-bas un langage pourpre, une voix hu¬mide trempée de signes lapidaires. 

 

                       La fissure de l’innocence a le goût du sel dans la rou-geur des voûtes se ramifiant à la nuit clémente. 

 

J’ai conservé dans un coin de mes yeux l’air bleu tapissant le sol à travers les branchages. 

 

Une bulle de nostalgie s’évapore sur la cornée. L’invisible buée trace des chemins oubliés au cœur de la clarté et de ses chemins de pa-tience. 

 

J’ai oublié le premier éclat de la douleur. Il me sépare de la désola¬tion puérile et me retient éloigné du grand chambardement des ondes sensuelles. 

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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