Bruno ODILE

20 septembre 2017

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19 septembre 2017

Les mots de l’attrape-jour.

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         Je ne saurais rien te dire sur l’imperceptible parfum de l’avenir. De ce frottement à la charnière

des heures, de cette confrontation entre vacarme et silence, de cette jointure au monde ; il manque toujours un sourire à nos soupirs.

 

Tous ces espaces transitoires, je les imagine chalouper de vague en vague, surfant de ligne en ligne comme un refrain décadent, comme une rengaine ancienne renaissant sur le jour à venir.

 

Des suites chiffonnées réduisent ou augmentent la différence de perception entre le temps mort et le moment de satiété.

 

         Chaque phrase imaginée patiente en silence dans la parallèle d’une musique errante.

 

     L’humeur tire à balles blanches sur nos compréhensions. La parole est alors coincée entre deux mondes impossibles :

 

celui évoquant la blessure qui nous suit depuis le début du temps

et

celui de la mort incomplète où il manque la signature de nos témoignages.

 

    Cahin-caha, les mots nous maintiennent avec difficulté dans l’expression codifiée. Je te parle et tu me comprends. Du moins, tu filtres le message reçu et tu t’accroches à un raisonnement.

 

Tu captes les images diffusées et tu les accordes avec le son de ma voix. La communication s’effectue sur des données symétriques mais demeure imperceptible au-delà du sens normé.

 

Te dire je t’aime revient à t’informer des sentiments que je te porte sans que tu ne puisses pour autant savoir avec précision la teneur de ces derniers. Et si à ton tour tu ressens une attirance, tu te demanderas toujours jusqu’où je t’aime.

 

           Il y a le moment inexplicable de l’osmose, du langage diffusé et perçu comme l’odeur de son propre sang. L’excellence de la réception parfaite, celle qui nous surprend au point de nous confondre.

 

Cet instant où l’on comprend la cérémonie de l’air parce qu’on l’a toujours su revitaliser nos poumons. Une seconde close où sonne le diapason, où la confidentialité est mise à nue de telle sorte que nous avons la sensation de vivre la même chose.

 

        Alors que nos corps se mélangent, se caressent et se partagent, tout à coup, les mots nous échappent.

 

      Combien sommes-nous divaguant lorsque nous faisons l’amour ?

         Incapables de dire, marmonnant des syllabes   

      incompréhensibles. L’acte et les mots se déchirant jusqu’à ne plus représenter ce que nous ressentons vraiment ?

 

Où est le porte-gorge, le porte-lanterne, le porte-voix ? À dire le mot juste, le corps se dévêt. La colonne vertébrale de l’instinct met à nu la chair même du destin enraciné en soi.

 

       J’habite trop souvent l’image cuterrée et dérobée, dont je tente de recoudre les traits que le miroir me refuse.

 

Comme il peut être doux de vivre l’essentiel à sa source. Le mot

 

s’évanouit dans sa dérisoire vapeur d’encre chaude. Sans pourquoi, sans autre souffle que celui de la respiration.

 

N’est-il pas subtil de se défaire de toutes choses pour n’en préserver que le simple élément instinctif ?

 

      L'effacement peut devenir la magnifique lie de nos épanchements.

 

L’abrogation de soi, la rupture à la fibule de tes mots où se délite le souvenir transpirant et insomniaque de mes forces sauvages, vivaces, invisibles et secrètes.

 

            Je suis à l’encoche imprévisible des sens, dans le frémissement de l’attente corrosive et je bute sur l’essoufflement de la répétition, à la croisée de ta bouche où s’enflamme le silence.

 

Chaque jour neuf m’affûte de l’inconcevable que mes faits et gestes rendent possible. Ensemble, mon cœur et mon corps retentissent des choses qui n’arrivent jamais. Cette mort au cœur de la vie est trop grande pour que spontanément une fleur de jaspe puisse orner le pendentif m’invitant à rejoindre le chaos dans sa perspective indéfini.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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14 septembre 2017

Union des Auteurs et des Créateurs d'Art du Languedoc-Roussillon

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U A C A L R 1er Réseau Culturel de Partage Solidaire

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13 septembre 2017

Avancer pour ne pas ressentir l’emprise du néant.

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La mort d’aujourd’hui me parle d’insomnies récurrentes. Moi qui n’ai qu’une fine lumière lointaine dans mon jardin de vie. Je baigne dans une liqueur d’étincelles où la pesanteur charnelle incarne l’horizon. Je respire l’odeur de l’effacement au centre obscur du monde.

 

Hier encore, je levai la tête pour imaginer la parole aux cimes du ciel. Je sais à présent qu’elle déborde tous les chemins du chaos. Je sais qu’elle est la seule corde pour gravir les sommets de l’existence.

 

             Tout au long de la route, j’ai croisé le cruel mensonge d’aimer vivre. Je suis compact sur la voie ouverte aux exigences de l’aliénation subjective. Je sors, à nouveau, de défuntes envies pour retourner vers la soumission collective qui enveloppe une léthargie comportementale formatée.

 

La mort d’aujourd’hui s’effacera à l’orée d’une plus grande découverte d’anéantissement. Parce que derrière chaque lumière se cache un sentier qui mène éternellement à soi. La parole devient vite une imposture pour les cœurs au galop. Tous les mots dictés par la tribu du désir se propagent au feu du corps ardent.

 

  Le ressenti n’a pas de voix, n’a pas de choix. Nous sommes tous muets de l’espoir qui réconcilie l’être et le devenir avec la chorale de nos gestes. Chaque tonalité devient trop volatile pour être domptée.

 

       La musique retentissante dans mon âme ressemble à celle qui s’échappe des gouffres incertains où l’ébullition de l’eau de la terre n’est plus qu’une vapeur blanche. 

 

 

 *******

 

 Même dans un bouche-à-bouche insensible, les mots font trop de bruit. Il y a trop de fracas de feuilles mortes dans le son d’une voix.

 

Je m’efforce de peindre le bourdonnement aux couleurs de mon souffle, mais mille étages de couleurs s’effondrent en avançant.

 

      Qu’importe entre quelle hanche ou dans quelle poitrine le vacarme se glisse. Nous marchons tous vers la même extrémité.

 

         Je pense encore avec les yeux cloués dans les labyrinthes de l’abîme. Fils du désastre et de la joie, je tintinnabule sous un nénuphar solitaire tapi derrière la lune.

 

En soi-même, exclusivement, l’espace se garantit une limite. Je suis le frontiériste des convoyeurs d’air. Je demeure un passant, un grain de poussière sifflant dans la bourrasque automnale.

 

  Chacune de mes victoires existentielles imbibe tous mes échecs d’une sueur empoissonnée. Ma voix offre à la pesanteur tout l’unisson vibrant dans mes racines.

 

     Mon parcours est celui d’un bohémien. Je cours les chemins abandonnés à l’acte réprobateur et aux signes discursifs.

 

Le rouge de mon sang est un pigment du soleil levant qui a été bercé par une tourmente dissolvante.

 

Quoiqu’il en soit, les couleurs de l’arc-en-ciel n’ont que deux préoccupations essentielles : se répandre et se mélanger pour faire corps d’une seule intensité.

 

  Mes lèvres sont façonnées par la luminosité qui m’étrille. Ma voix est debout comme une larme rampante sur la cornée de mes yeux.

 

         J’ai peur de penser.

         Peur de croire le déluge plus utile qu’une simple

         mousson.

         Peur d’imaginer l’absolu nécessaire à la simple

         intention.

 

Je redoute de découvrir en moi le désastre de mes origines d’homme et les empreintes répandues autour d’une chrysalide vide. Je crains que le sacrifice lié à l’existence soit l'autel d’une logique trop méthodique.

 

   Tout ce qui éclaire ma vie intime accable la nature de sa trop grande puissance.

 

             Je m’effrite comme une raison qui ne connaît pas son fondement. Dissolu, j’arriverai à moi-même dissolu et fragmenté comme une matrice échouée sur l’artifice de l’amour incessant.

 

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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06 septembre 2017

Sur la tranche translucide des mots.

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     J’écris à présent comme on dépose une seconde de réalité insaisissable sur les fêlures de l’oubli. Clos

dans un monde qui s’achève là où il commence, je suis cadenassé de l’intérieur, fermé d’avoir souffert dans un silence avare d’inutiles propos.

 

      Tout est présent dans ma pensée, mais ce qui voit le jour est déformé, dépecé, divisé. L’instant a le délicieux frisson de n’être qu’un infime fragment du grand tout.

 

      Tout s’accole en un éclat. La nature même de mon sentiment est absorbée sans que je ne puisse intercéder.

 

Et dans ce défilé de mots lumineux, l’éclair est dans mes yeux, faisant flamboyer des images écarlates dans une voix épluchée à vif.

 

                    En persévérant à refuser le vide qui l’entoure, ma volonté espère sans doute le moment où tout bascule. Le moment où l’on ne sent plus rien, où l’on touche du doigt les frontières du néant, où la tête puis le corps lâchent prise, où l’on abdique à l'aspiration du chaos.

 

Comment parler de concision ? Rien n’est condensé sur une pensée. Rien n’est vraiment concentré comme on le croit ou le souhaite. J’en suis réduit à m’engourdir d’hypothèses par lesquelles je m’éparpille.

 

                    Cependant, écrire est essentiel pour délivrer les nœuds de l’obscurité. L’émotion sème en moi la vigueur d’une rose printanière et toute la fermeté de la fragilité et de la défaillance.

 

L’écriture pourrait être une avalanche d’humeurs, d’émotions, de vestiges inhumés ou même une fresque lumineuse au fond d’une grotte perdue.

 

     Mais, chaque fois, la perception revendicative m’échappe. Elle m’égare, me trompe, me perd. Écrire me secoue, me ballote, m’empoigne et me jette du haut de la falaise émotionnelle.

 

J’ai l’impression de me désencombrer de quelque chose de fort, d’insidieux ou d’avarié. En définitive, je ne fais qu’avaler les tourbillons ressasés de mes brisures.

 

          Dans mes soupirs, la petite lampe frontale s’éteint, m’obligeant à continuer le chemin à l’aveugle. Mes friches se mélangent alors à l’air que je respire et dans l’immobilité parfaite, je crois détenir la corde qui m’entrave.

 

L’illusion est si complète qu’il m’arrive de ne plus savoir qui je suis, où je suis, ni ce que je deviens. Mais je persiste, je m’entête et je me révolte.

 

        Tous les chemins qui me permettent de ressentir la brûlure originelle dans la proximité de mon recueillement sont d’une nécessité plus forte que mon entendement. La terre coule dans mes veines comme un long jet où s’étire le temps.

 

 

*******

 

 

A présent, les mots s’abîment sur les pointes jaillissantes d’obscures haltes avant d’être aimantés par le blanc de la page.

 

          L’insatisfaction salutaire résulte de celle qui rend la parole habitable d’une vérité bouleversante.

 

Ce qui est décisif ne dure qu’une seconde. Nous absorbons les heures qui s’abattent sur nos chairs comme si elles étaient excédées par une demande pressante.

 

      La clairière du tendre est saccagée par l’heure acrobate rêvant d’apesanteur. Les caniveaux du cœur se gorgent de la pluie qui desserre le ciel. L’égout est prompt à la noyade. Tout va très vite.

 

L’heure est comptée et elle renvoie à la misérable horloge de sa course.

 

                    Le silence ne ressemble plus qu’à des coups de marteaux sur une cloche fissurée. Le vide bourdonne de son écho reliant les êtres. Alors, alors seulement, nous remplissons nos mains pour être moins légers.

 

   Aucun sursis pour l’insatisfaction qui claque dans la chair. Le fracas remonte jusqu’aux manches du soleil. Bras et langues liés, nous nous purgeons aux baisers qui s’enlisent dans notre faim.

 

         Notre temps à vivre est du camphre sur la cornée qui précède le regard.

 

Un voile gras ne redoute pas l’assèchement et nos voix s’incrustent à nos langues engluées d’éternelles substances crasseuses.

 

            Le sursis retient l’air devenu une toile d’araignée. Nous respirons les cailloux logés dans nos ventres. Puis, nous recrachons le tremblement de nos gouffres où la parole prend forme.

 

L’heure n’a rien à dire. Chaque jour, les poumons de notre désir assainissent nos langues marécageuses avec la salive d’une poésie disparue dans l’haleine fraîche de l’ignorance.

 

        L’eau file plus vite que la parole. Pourtant, nous sommes des torrents, des cascades de ciel sur les branches figées des arbres. Pourtant nous coulons de l’ombre vers la clarté. Pourtant nous sommes des gouttes de vent sur l’horizon de nos lèvres.

  

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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30 août 2017

Je sens la matière proche et pénétrable.

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Souverain, l’échange naît dans la déchirure de soi, là où dans un renfoncement de l’esprit, le neuf et

l’ancien font orage.

 

Les phrases transportent des fagots aux allures martiales. Un escadron de mots traverse le brouillard des plaines matinales avant de glisser sur des plaies mal refermées. Je sens la matière proche et pénétrable.

 

         Des centaines de serments demeurent attachés les uns aux autres dans l’attente d’une libération providentielle.

 

Il m’aura fallu sarcler, puis labourer encore et encore pour extraire de la pulpe sauvage toutes les graines nourrissantes de l’espoir qu’une sobre existence a pelé jusqu’à l’effroi.

 

         Dans ce vagabondage de l’insaisissable, les pages se tournent et se retournent. Celles qui collent font ressac. Des gestes et des histoires brisées errent sur l’horizon inachevé puis flottent au-dessus de l’absence dans un vide croissant.

 

       Le chagrin intolérable qui se manifeste encore au centre de mon corps est l’usurpateur de mes sens. Il est cet imposteur qui ne tolère pas le bonheur délivré gratuitement. Il est ce purulent labyrinthe exhortant d’avoir mal pour dire.

 

Je ne désespère pas de fuir du mal-être contenu, réprimé et cadenassé au fond de mes impasses négligées.

 

Au cœur de soi-même, poitrine contre poitrine, l’âme et le corps échappent à toutes les voies closes de l’abstinence. Elles désagrègent les carences dures de la rationalité.

 

     Si tu le peux, écoute, toi aussi, gémir au fond de ton sang cette larme pénétrante, cet enfant affamé et qui ne sait le dire, ce vieillard usé qui a perdu la voix.

 

Aux fenêtres de l’existence et dans une présence subliminale subsistent encore l’aube fleurissante et l’été mourant d’une saison invraisemblable.

 

 

********

 

 

                Voix élastique, les ruisseaux de ma gorge sont la cathédrale de tes expressions. De ce baptême naissant en moi s’habillent les cliquetis et les accents de la furie qui occupe mon sang.

 

Une mélodie neuve chante sous les arbrisseaux. Il y a un décalage insidieux entre le son de ma parole et celle de la convenance. Des grillons déblatèrent à l’ombre de mon contenu.

 

           Temps incertains où les langues remuent, vacillent, tressaillent, pirouettent, mutent chaque jour s’enflammant d’éléments nouveaux, d’intentions primitives et de résurgences latentes.

 

    Nasses déchirées, drailles survolant les crêtes de l’azur, inaliénables voies du patrimoine humain, un troupeau de sons s’effondre des mémoires dégoulinantes d’abondantes giclées séculaires.

 

Quels sont ces mots qui se cambrent sur mes lèvres ? Quelles sont ces ondes infinitésimales défiant les murmures de ma pensée ?

 

       Aujourd’hui, l’imaginaire épouse la nostalgie du silence des étoiles et mon cœur se retrouve encagoulé par des parasites velus comme des chenilles sur une ligne d’infini.

 

      Il y a un autre monde en dehors de nos têtes brûlées. Une flamme roborative du cordon humain lèche l’absence recluse dans son lait d’oubli.

 

     Il y a une langue commune sculptée dans le rocher où la pluie n’efface que la surface. Je veux être disponible à ce qui vient du dehors, aux bruits des flèches et aux murmures de la corde tendue reliant le monde à ma petite voix intérieure.

 

           C’est entendu ! Je redeviens un buisson après l’orage et je cache sous ma poitrine la matrice d’un foyer endémique. Mais, la vérité de mon être suppute toujours les concepts et les dogmes ruminant à l’intérieur de mon crâne.

 

De toute façon, qui m’observe excepté le miroir insonore de l’éternité où ma figure se disperse ?

 

                      Ici, il n’y a que le vide répressif des lumières traversant les branches.

                Ici, dorment les eaux déchues d’oxygène et le parfum fumigène des rôts d’existence.

 

Allons ! Ne restons pas là ! Filons de cette mort invisible où tout s’efface.

 

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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22 août 2017

Les empreintes de l’émotion.

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Pourtant, quelque part dans l’inachevé, existe le bruit du silex et l’attente du feu. Quelque part, le

parfait n'est plus qu'une mesure invalide, une objection à l’omniprésence du réel.

 

                     La douleur de la raison piégée dans mon corps me contraint à siroter à la gratuité de l’existence un peu d’alcool et de lumière bleue.

 

Mon acuité s’étiole, ma conscience s’amenuise et se réduit à ce qui accapare mon attention. Voyageur de l’émotion, le message jaillit comme le jet d’une fontaine dont on ignore la source.

 

Mon esprit suggère, mon instinct tranche.

 

           La vie inspire le verbe, le conjugue, l’associe, s’en détache, puis elle rebondit en voltes faces sur un espace dilaté. La voilà qui s’étire comme un trait fluctuant, comme un hoquet aliéné dans l’intermittence des jeux de l’esprit.

 

              Le mot est-il vraiment le reflet d’une argumentation vraisemblable ?

 

Je voudrais te dire la couleur jaune et pourtant, jamais tu ne sauras avec exactitude de quel jaune il s’agit. L’imprécision est de rigueur. Elle est commune à l’intime affirmation qui n’évoque que l’incomplet dans une esquive décapante.

 

Jours de paroles et nuits ventées, je voyage dans une volute sonore penchée sur la falaise de mon ego où je tente de m’extirper de moi-même sur l’aile légère de l’imagination.

 

         En fait, je communique pour m'effacer, pour gommer l’arbitraire des couches matérielles. Encore et encore.

 

Parce qu’en racontant le spleen de ma chair, je fais ce voyage immobile qui me conduit à mille lieux de moi-même.

… Parce que je force les mots à libérer l’espace profond qui plombe l’instant présent.

 

 

*******

 

 

Le trajet dynamique de la plume est tramé de toutes parts par les empreintes de la marche effectuée depuis le premier jour.

 

Seul, l’œil, à-demi clos, veille à ne pas se rétrécir jusqu’au bout de l’inconnu en évitant la fixité des choses à voir.

 

Il faudrait pouvoir ne rien écrire, sinon l’écueil posé en soi. Ne rien prétendre, sinon la gloire de l’effacement.

 

Ici, je dépose des mots pour m’affranchir de l’émotion sordide qui me prive de la fraternité arrachée à la lumière.

 

        Lecteur, je cherche à te livrer le trop plein d’affections tourmentées comme on délivre une baudruche remplie à ras-bord. J’ai trop besoin d’épuiser le vocabulaire de son contenu épais, de sa verve sans limite accentuant la dégringolade de mes fièvres suffoquées et suffocantes.

 

     L’écriture est un couteau affûté, une lame saignante. Elle poignarde l’œil d’abord.

Puis elle découpe la chair gonflée de tendresse pour en extraire la bête traquée.

Elle tranche net avec la douleur cancéreuse que le sang transporte jusqu’aux recoins de l’insupportable.

 

      Le ressentiment et le chagrin sont des menottes inapparentes.

 

Avant de chercher à me libérer de ses exigences et, pour en mesurer les capacités de préservation sentimentale, il me faut apprécier la servitude faisant corps avec ma chair.

 

   Il existe des mots qui nourrissent et qui sauvent, fussent-ils clamés des profondeurs interminables.

 

Parfois, sur cette route pointilleuse, je m’entends respirer dans l’existence de quelqu’un d’autre. Et, c’est avec prudence que j’accoste ce lieu étranger où je peux retrouver ceux qui m’entourent : amis, oiseaux et poutres du ciel.

 

       Expériences fragmentaires de la présence vivante qui soulève la voix au-delà de ses limites, je trouve la densité qui me faisait défaut dans le repos discontinu de l’éloignement.

 

  Le temps n’existe pas, n’existe plus. Il est une matière souple et non déterminée. L’heure humaine exauce l’espace dans lequel chacun se compte par le contenu de son énergie. Une multiplication de l’infini s’ouvre au bout de nos langues et se referme sous nos pas.

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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21 août 2017

U A C A L R

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13 août 2017

Transgresser, tarir et renouveler.

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Il est des jours où la rumeur siège au bord de l’envahissement. Des jours où elle comble le vide des

ténèbres par l’explosion du langage libre et le secret des choses inconscientes.

 

La voix en rafales s’affale comme un air suspendu que plus rien ne retient. Elle médite dans les fonds de brume avant de surenchérir la pitié que l’on n’accorde qu’à soi-même.

 

       Vulnérable de soi autant que des autres, nous habitons la concision de nos brièvetés de la même manière que le désarroi de nos tressaillements.

 

L’ombre d’un mirage suffit à changer notre regard sur le monde. Affamés de soleil, nous participons à cette coulée généreuse de lumière où rien (si ce n’est le dénuement) ne peut, sur cette pente abrupte du recueillement, mieux contribuer à notre effacement.

 

               Tout se meurt sous les strates de l’univers vu ou projeté. Les images se chevauchent, s’amalgament puis s’éteignent, lancinantes et monotones. D’autres arrivent et suivent le même trajet. Mais, rien ne dure. Rien ne dure. Rien ne dure.

 

Parfois, je hais l’éphémère durant sa transition vers la pierre sèche. C’est un déchirement, une insuffisance ruinant la parole impuissante.

 

*******

  

Souvent, les mots nous laissent seul avec nous-mêmes. Machines à sons, orgues de barbarie, nos voix s’élèvent dans l’air en produisant des vibrations plus ou moins harmonisées avec le chant des cigales, avec le cri des mouettes passantes, s’évaporant dans le jour comme des lucioles éteintes.

 

Solitaire avec mes aveux à vivre, je quitte la chrysalide du temps. Je m’émancipe avec discrétion.

 

  Je deviens le ronronnement de l’horloge continuant à ronfler après qu’on lui ait retiré les aiguilles.

Je m’érafle à l’invisible du temps qui se meurt.

 

          Un mot suffit pourtant. Un mot comme un choc, comme un déclic, un mot comme une clé ouvrant la porte du soulagement ou de l’accablement. Un mot, un seul, et le monde humain s’éternise sur la fente du jour où se brassent les heures dans l’écoulement du partage.

 

         Parfois, je touche presque l'illusion de mener une vie dépeuplée, nue comme une dent sans racine. Mon corps est un simple courant d’air et ma voix, seule matière vraisemblable, devient une torche luminescente dans le sous-bois de mes pensées.

 

Je suis l’abeille sur la fleur. Je suis le grain collé au sol pour la fourmi affamée. Je suis la chaise à porteurs pour un destin accoquiné avec les ruines de l’immensité.

 

******* 

 

Mais quoi ! Ne parle-t-on jamais mieux de ce qui se refuse à nous tandis qu'on y aspire ? Tu sais, ma solitude n'est pas un isolement pur. Elle est le chemin sinueux qui me reconduit vers le silence du premier jour.

 

         Parce que les mots n’ont rien à dire qui ne soit concret.

 

    Impuissants de leur sort,

    incapables d’ajuster leurs prétentions à la justesse des

    intonations harmonieuses et prolifiques.

 

Il faut faire taire leur cheminement de larbins dans le désordre affectif qui nous ensevelit. Un souffle suffit pour initier la fissure du néant.

 

           Parce que les mots n’ont pas su dire l’intégrale douceur qui s’émoustillait en moi comme un sentiment inextirpable.

 

           Parce qu’ils sont la boussole d’un autre monde, ils racontent toujours un peu la fragilité d’impudiques sources.

 

Ils s’écoulent comme un ruisseau fêlé qu’aucun alphabet ne pourrait contenir distinctement.

 

Le langage dort dans l’hermétique cloison de ma chair comme à l’intérieur de grands sacs vides.

 

Mon sang est une litière dégarnie et insatiable où la parole se charge de substances pures, transcendantales, dépassant le singulier du verbe par une surenchère impossible à définir.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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