Bruno ODILE

27 août 2016

Déambulation de l’irréparable.

il_fullxfull_296390559Partout où se redresse le monde vivant, des pierres se serrent dans les remparts. Ecorce de chair molle, gorgée de résine et devancée de sueurs, cela ressemble à une grange dans la nuit qu’une bougie ensemence.  

 

Boire à l’avoine du ciel, ce n’est pas une affaire de muscles ou de jambes longues. Perdu dans un coin délavé, le sang boute comme l’eau d’une passoire assoupie sur le vieux poêle en fonte. Parfois, les voix se dégainent comme une arme à répétitions et tombent les hautes cimes, s’effondrent la terre prise au piège.   

 

Brève secousse du corps resté derrière la matière, mes bras s’agitent comme un lapereau pris dans un collet. J’entends encore le bruit assourdissant de l’extrême patience de l’air qui siffle dans l’étroit chemin de mes veines.  

 

Je comprends alors les sens plongés dans l’arbitraire d’une pensée fugace, puis le déchirement de l’ordinaire recherchant un ordre dans l’affreuse éclaboussure du chaos.  

 

La migration du mot vers la parole affective est lente. Elle nécessite l’invasion prolongée du vide résistant dans la cathédrale de mon cœur. Va ton chemin ! Tout droit, lui dit l’aventure. 

 

     Dans l’espace fouillé, il y a la précision de l’insuffisance, le rocher invisible, le souffle d’une poésie suturant la plaie incurable logée à l’intérieur de l’expression orale.  

 

Frères humains, nous voilà résumés à de l’attente sur un talus de cendres où vieillit la lumière. Comme elle, blanche défigurée, nos vies sont dans l’écart de l’ombre. 

 

Sur la pente courbe, les mots et la voix

s’ajoutent aux mouvements.

Charrue millénaire de la solitude,

oubliant ce qui la précède.

La soif et le tourment occupent

le fauteuil tordu des réclamations usuelles.  

Il y a trop d’étages à cet édifice,

trop de portes à ouvrir.

Alors, je saute par la fenêtre.

Je suis à l’extérieur de l’acte

qui s’inscrit dans la silhouette

du porteur de souffle. 

 

Cet épisode du mot qui cogite dans l’élancement des gorges sèches, je l’écarte du descriptif intérieur. Dedans, ce qui retentit comme le clac d’une mâchoire, c’est le tissu du silence qui se guérit.  

 

Les mots sont des oiseaux avec des graines dans le bec. Frères humains, nous sommes seulement de l'espoir jeté sur un monticule de branchages vieillissants. Nous marchons encore dans un corps vitreux embrasé par les gerbes du vent. 

 

Après le découragement et l’irréparable envahissant, un bouquet de feu vient lécher la lune résistante. Les sons venus de l’aphasie résiduelle éjectent leur éphémère et provisoire connaissance.  

 

Ceux pris au piège du gel et de la froidure s’alignent sur l’horizon désertique comme les rochers d’un Stonehenge de fortune.  

 

Ils érigent nos questionnements sans proposer de réponses convenables. 

 

Hier, abusé par moi-même,

j’avais cru à la folie migratoire des caillots d’étoiles sur le ventre des funambules qui occupaient mon esprit. Hier, le monde était un théâtre de grosses lettres où dormaient les clochers sous une ombre fissurée.  

 

Toujours la parole se dérobe et laisse à la terre le soin de combler l’entaille. Toujours la joue ingrate, les baisers taris et l’œil sec, toujours de longues plaintes penchent vers le sol et traînent avec elles toute l’armoirie des obstacles raclant le ciel en flammes. 

 

Tout ce qui ne peut s’atteindre retourne à la fragilité d’une larme évaporée. La voix se perd et laisse place à la tourmente de l’usure.

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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21 août 2016

Une parole sans voix.

Femme_fatale_I_ka5_vRien n’est jamais vraiment dit sur le parcours affligeant des voix sacrifiées. Le non-dit et le déni font bon ménage sur les voies empruntées par nos cœurs meurtris d’innocence.  

 

D’infinies promesses vendangent les bourgeons de nos sourires avant de sarcler la bonne parole aux portes de l’immédiat.  

 

Souvent anonymes,

des paroles aux accents purulents

racontent le feuillage perdu du temps révolu.

Marais salants sous le vertige du soleil,

la rencontre du sel avec les mots

stagne sur l’autre rive.

Elle concentre la lippée de nos matrices originelles

à l’intérieur d’un grain soluble.

Et malgré la volonté, malgré l’espérance,

nos évidences s’étouffent

sitôt que nos lèvres deviennent des fontaines. 

 

Ce matin, je me suis levé d’un pied sans vertige. La nuit dans sa poudre d’abandon m’a éclairé sur l’affirmation de mon être. Toutes mes certitudes se sont atrophiées sous le rideau transparent de l’étanchement.  

 

A vivre d’excessives convictions, mes sens avaient tari tout espace disponible. A boire la brume blanche plus qu’il n’en faut, j’ai purgé le sentiment de culpabilité au profit d’une ivresse sobre et d’une nourriture purifiée.   

 

Je parle d’une autre vie laissée

sur le tarmac des ombres veules.

Je parle d’une époque lointaine

où l’exil s’appelait reculoir

et où partir était irrémédiablement

une corolle de présence accroché au présent.  

 

La voix sans pesanteur court toujours plus loin que la distance accomplie. Plume légère, elle se déploie dans un tourbillon d’ondes telluriques. Elle crie le vide qui la transporte et déblatère de ses naufrages incessants. Tout doucement, elle traverse la peau du bout de ses babines et fait vibrer la nudité du désespoir.   

 

Personnage de papier et de chiffon entremêlés, la parole reconstruit l’ordre musical des vagues tempétueuses. Puis, elle traverse les images repenties qu’elle aurait voulu soutenir pour finalement venir s’éclater sur le sable où résonne le fracas du monde. 

 

Délestée et libre de toute attache, son bourdonnement nous conduit sur la dentelle imaginaire de l’existence où chuinte une fraîcheur nouvelle.  

 

Le son émis par nos corps en mouvements

invente des déglutitions saccadées

de mensonges et de joies.

L’absorption naturelle efface toute poursuite

de la chose familière, de l’élan scarificateur.

Il n’y a plus rien après la voix

et le refoulement instinctif

allège l’avenir de toute compromission. 

 

Se pourrait-il que chaque heure déjà vécue soit un fragment incontrôlé de nos mémoires humaines ?  

 

Un clapotis d’opacité sectionne le temps écoulé de l’heure à venir. Seul compte le réveil, le verre d’eau dans lequel frissonne l’existence.  

 

Une voix incontinente

restée dans le patio de l’attente

dégurgite les regrets et les remords accumulés.

Dans l’obscurité,

la renaissance goutte aux parfums de l’oubli

avant de s’extirper

sur les haies nourricières de l’horizon.    

 

Une parole inachevée et sans suite reste au fond du sac. Conservant des milliers de fragments de chaque chose vécue, la vie s’accomplit entêtée dans le souffle du marteau qui s’écrase.  

 

Lumière, larmes, effets et illusions, tout est retenu dans ce vieil étui de soie blanche. Le croupissement d’une terre verbale s’amalgame avec la présence immédiate où chaque parole naissante traduit le silence intérieur.  

 

La synchronicité du corps et de l’esprit jalonne le terreau suspendu aux miasmes de la réalité. Une masse ronde et bleue ajoute à l’imaginaire la quête infinie de l’espace à combler.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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20 août 2016

NOUMENE-EDITIONS

test

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NOUMENE-EDITIONS

test

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16 août 2016

Autopsie de l’élan perdu.

ernst_ludwig_kirchner_femme_nue_ajustant_ses_cheveuxTout commence par une phrase jetée du haut de la tour de garde. Puis, il faut déblayer l’espace parcouru et déblayer encore. Toutes les peintures s’effacent pour ne laisser place qu’à un vague arc-en-ciel poisseux.  

 

Hier, la pluie lavait les carreaux. Hier, le souffle des frissons réécrivait des stances d’harmonie passagère. Hier se faufile incognito dans les failles tubulaires de la mémoire.    

 

Les mots s’en sont allés. Ils suivent le courant qui les emporte. Ils respirent sur le chemin entre les murs, entre les fleurs. Ils taillent les baies rouges qui jadis bordaient la route des caresses. Le vide commence alors à nourrir tous les lieux solitaires. Les vignes du néant prolongent l’agonie du manquement, de l’abandon et du recul. 

 

A contre-sens ou à double sens, l’esquisse matricielle du jour s’étend au-delà de ses frontières. Seul reste le sentiment imprégné à la toile. Collé sur d’anciennes pensées, tout est renouveau, tout est neuf. Une couronne de muguet blanc orne déjà les plaies futures. 

 

Je ne reviens pas à pas vers l’ombre du drap qui m’a vu naître. Je titube sur l’élan immaculé qui m’a porté jusqu’à l’enfance. Mes yeux glissent sur le rétroviseur, je coule d’avant en arrière. Je patauge sur la ouate encore fraîche de mes premières années, de mes premières pensées. 

 

Gésine poreuse,

délivrance impalpable,

le trajet à rebours fixe des angles,

greffe des cercles.

Toutes les surfaces s’empilent

sous les ombres du contrecœur.  

 

Là-bas, j’ai laissé des franges, des foulards et des rubans à sensations. Là-bas, la parole est muette et le sang au bout du cœur décline les certitudes évaporées. 

 

Dans ces ruelles où la vie s’amenuise, ma respiration joue encore quelques notes litigieuses. Blessures et forces anesthésiées jouent ensemble sur le piano brisé des plaintes sans fin où le Sol chante les joies perdues. 

 

Tapis velouté de La, serpentins lumineux de Do, un clavecin de salon se métamorphose en orgue de cathédrale. L’harmonie musicale ravive la nostalgie des soufflets et des soupirs anciens.  

 

Un opéra d’outre-tombe claironne quelques gouttes sucrées sur l’aphone récipient où repose une conscience lointaine. 

 

Dans le calme éclairé par la flamme d’un doux brasero, l’homme chahuté par des siècles de décombres aimerait s’épanouir à la bonté du monde, mais ses fébriles mobilités le confinent à ses propres limites. Aux confins des résistances, il s’évertue à parodier le martèlement des ombres chinoises qui le poursuivent.    

 

Obscurité dans la trouée du soleil, l’aube et le crépuscule s’ajoutent au zénith enflammé sur le silence prémonitoire. Voir au-delà de l’horizon conforte le calque éternel dormant sous mes paupières. L’envie de vivre sous les virgules échafaude l’envie de moi entre les mots. 

 

Un incendie de grumeaux et de sciures rassemble la plate-forme qui n’émeut plus aucune passerelle. Mon âme instable dans ce halo de fortune laisse crépiter le berceau de mon cœur.  

 

Il faut revenir de la déchirure

sans hâter son pas.

Détisser les rougeurs mélancoliques

de l’oxygène et de l’huile

sur la plume incandescente

et pourfendre les songes débardés.

Mon sang abreuve l’arbre des étoiles

et je suis suspendu comme un acrobate

aux filins de l’univers.

Un silex entre les dents

pour unique messager

de l’amas de sel séché

je récite la famine composée

par les mots sans langage.  

 

J’ai amassé puis dépassé la mousse d’émotions de la mouture sédentaire. Dix mille ans en une seconde, c’est le temps imparti pour se reconnaître. La mort qui me traverse depuis l’origine n’a toujours pas trouvé de prise. Mes rêves tissés de langages existentiels pèsent plus lourd qu’une simple douleur.   

 

Un temps suspendu aux contreforts de moi-même, j’ai dû céder à l’arythmie du sacrifice. L’enveloppe des sens est trop légère et ma vie trop chaotique pour que je parvienne à simuler les pirouettes endiablées de mes déficiences.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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10 août 2016

Un grillage au fond de l’eau.

ernst_ludwig_kirchner_demi_nu_femininIl faut oser la liberté, oser dégrafer toutes les enseignes du dire, détacher les sangles moralisatrices et les dogmes purulents. Tout brûler et tout rendre sans nuance à la bouche percée, à la parole détachée.  

 

   J’apprends chaque fois à ramasser les cendres de la veille, à redire le pas qui s’avance dans la résistance du jour et je reprends souffle sous la pierre du chemin où combat l’ardeur palpitante du simple plaisir… d’être. 

 

         Je suis une métaphore,

je suis l’image d’une fiction,

je suis le protocole haché de la transparence.

 

      Hydre fou sur la toile du monde,

j’inaugure le regard dans son envers.  

 

Dépoli et rugueux tout à la fois, je m’écoule du rabot et de la forge de ceux qui me regardent. Je me découvre au centre d’un débordement alors que mes souliers zigzaguent sur la prunelle du jour.  

 

Je lave puis relave mon identité fantomatique. J’astique ce corps d’abandon qui me sert de manteau et je souffle sur mon existence pour la faire s’envoler.  

 

     Au verso de la parole, je cache les mots de mes défaillances. Farine sortie du sac, je neige à ressac sur le brouillard qui m’emprisonne. Pierre en son sommet, je roule jusqu’à la rivière de poudre où l’on disperse la chaude écharpe de la respiration.  

 

Rues intérieures, échauffourées de la patience, je ne suis qu’un étonnement, qu’un serpentin édulcoré sur la face de vieilles certitudes.  

 

Ne dites rien sur moi qui puisse défigurer mon nom.

Ne prononcez pas l’alphabet à l’endroit.

Ma cage est un espace libre au pays des renoncements.

 

Tout ce débridement accentue mon chant de refus. Sans hausser le ton, j’adhère aux contradictions humaines.  

 

   La grande nausée de la vie me sauve de l’écœurement. Ma chair bavarde et navigable se déloge de ma ligne de vie pour s’aventurer vers tous les possibles.    

 

Par moment, chaque effort traduit la tension grimpante. Dans chaque expiration, je m’efface autant que je progresse.  

 

   Ma voix implore le lâcher prise fulgurant.

        D’avant en arrière et dans tous les sens,

des grumeaux de sons explosent à l’air libre.

   Je ferme les yeux et tout se réunit

dans une boucle fusante de toutes parts.  

 

Des cordes nouées se désamarrent de la terre déjà creusée. D’anciennes chrysalides heurtent le cheminoir où s’ajustent les dents de scie d’une existence sur le qui-vive.  

 

     Parmi le lot de représentations délivrant un message subliminal, la parole ordinaire se meut dans la déconstruction et la décomposition.  

 

Je parle et l’instant devient la transgression du temps qu’elle désagrège. L’heure se construit sur un phrasé déliquescent.  

 

  Mot à mot, lettre à lettre, l’écriture charrie l’encre du sentiment ressenti dans son abîme. Une vocalise immaîtrisable s’envole alors de la bouche comme une tache sans corps et sans racine. 

 

A fleur de terre, une vague d’air ramasse les copeaux du non-dit restés enfourchés sur le grillage du silence.  

 

                       La vie et la mort se sont rejoints

dans cette cage enrubannée de corps essoufflés.  

 

Tout tient là, au creux de cette fosse à émotions.

Tout se déverse dans la transparence d’être.  

 

        Un flot de regards emporte le cœur du monde après les larmes et les rires. 

Plus loin à la dérive, un vieux grillage au fond de l’eau tire sa révérence.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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06 août 2016

Quelque chose tremble.

eberl_francois_zdenek_maurice_femme_nue_assise_en_buste_1692861_500_500_1692861Toujours aux portes de la dérobade, l’esprit cherche une stèle pour asseoir quelques précieux fondements. L’entaille s’ouvre devant lui, puis elle s’aligne aux cris du corps balloté par la mort qui le veille.  

 

     Sous les paupières de l’herbe verte, une goutte d’eau transparente et claire s’égoutte, vaincue et fuyante.   

 

L’air silencieux et guérisseur de toutes les plaies béantes s’infiltre jusqu’aux plus vives déchirures. Il cajole les irritations de la peau, il câline les expressions en trompe-l’œil, il conforte le cœur sacrifié aux alertes incessantes des heures claires. 

 

Au fond de ma carcasse,

j’entends vibrer l’onde innocente des flammes nécrosant le faible désir d’absolu.

Fidèle à ce que je suis, je cours sur ce sentier où toutes les rides s’entrechoquent. Quelque chose tremble dans cette informulable pesanteur où le vide floconne.  

 

Parmi de faibles mouvements, je discerne une puissance cachée. Un havre de lumière sous la chair comme un terrier dont l’ouverture serait dissimulée par d’épais buissons. Je devine une onde énergique, un halo de tensions, une étincelle évadée de l’univers. 

 

Ce point d’illuminations enfouies dans mes tréfonds, je le sais sans le savoir, je le touche sans le peser et je le sens sans le maîtriser.  

 

Il faut sans doute davantage de ferveur et de détermination que je n’en possède pour nager librement au cœur de cette essence sauvée du temps. Il faut vivre l’épreuve où l’enfance a péri et retourner mille fois sur le chemin arraché à la peau si l’on souhaite deviner où se terrent les vertus convoitées. 

 

J’ai la tête comme une orange à moitié pelée.

Des idées vagues et dissonantes se sont transformées en un parfum d’ail fleurissant la buée rouge-prune qui accompagne mon regard.  

 

Mes yeux buveurs d’étoiles ont veillé longuement, trop longuement tous les crépuscules et mes paupières ont bu abondamment aux luminescences orangées préparant la nuit dans sa robe de satin. 

 

A présent, ma peau cherche son miroir humain dans le sommeil de chaque chose.

Toute la vie devient un sommeil affecté.  

 

        Sources introuvables de nos courses terrestres, un fatras iconoclaste brouille l’air où la parole se perche. 

 

L’essentiel est un excès de silence pour le regard de fraternité. Rien n’est banal dans ce monde entiché de mémoires sinistres.  

 

      Seules demeurent les eaux piquées dans la saillie de l’enfance, comme une évidence, comme une lapalissade incontrôlée.  

 

Eaux dures, eaux à la dérive des canaux, eaux écrasées par la naïveté et l’insouciance des chutes et des cascades. Tout vient de loin, tout ira loin encore, au-delà. 

 

                    Aux abords de l’être, un sentiment de puissance le convoque aux étendards de l’illusion. Les pieds sur la pierre lustrent nos certitudes jusqu’aux pelures des contes de fée.

 

Une force souveraine s’extirpe de chaque corps de matière. Un éclairage confiant ajoure les pores sensibles de la raison. 

 

L’invraisemblable duvet de l’accomplissement poursuit sa route malgré l’entrave des jours brisés. Je mange à mon sang la duperie de l’éternité. Mon cœur fidèle aux vagues absorbantes s’adonne au lait de la lumière. 

 

Toute une vie à essayer de sortir de l’armure protectrice pour respirer l’air pur et, sitôt fait, une autre histoire se déploie pour cuirasser l’existence contre la douleur du quotidien.

 

Et le dur noyau du temps voudrait rebondir sur la face concentrique des jours de pitance. Toujours servir et tout comprendre, il est impossible de se dissiper à l’ombre des rumeurs et du pardon. 

 

             Je connais la tension du néant, du bout des doigts aux relents pestiférés soufflant sur mes tempes.

 

Enclumes soufflées de copeaux acides sur la bave d’écume, les mots plongent dans un océan de veines émaillées pour mieux pourfendre la distance minérale embobinant le fil conducteur. 

 

Destin incertain réfugié sous une cohorte de fragments abandonnés, j’arpente mon souffle comme une brise légère canule l’ombre à la lumière. Je dors hors de la nuit dans un univers tétanisé par son gigantisme. Je suis une forêt d’air au pays des silences. 

 

Un pas de plus vers l’immensité ingouvernable et tout l’insondable s’enrobe à mes sens en bataille.  

 

Allez savoir qui lutte ? Est-ce l’armoire d’événements palpables ou la perception elle-même ? Quelque chose trace sous mes souliers la marque éphémère de mes pas. Quelques grains sur la route germent dans l’arrière-boutique des émotions.  

 

               La boue des saisons pluvieuses enterre chaque repère et, au loin, des arbrisseaux naissent dans la pépinière du passé. Au cœur rendu aux pierres, dans la closerie de la fixité, l’amour témoigne avec entrain des objets trouvés sur sa route. Une clé de frisson pend sur les lèvres du jour à venir.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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02 août 2016

Des grumeaux s’éparpillent.

academique_femme_nuLes rêves en éclats se bousculent sur l’étal de l’absurde. L’air dans la peau du jour chasse le bruit du sang brouillé. Le regard en éventail ébauche, puis ventile la contemplation à la place de l’acte.  

 

Je vomis à jeun sur le théâtre nu des bouquets de jeunes Narcisses grimpantes.

Les étages du monde pèsent le plomb sur la masse oculaire qui s’aveugle d’une pâle buée d’étoiles. 

 

         Mais sois tranquille !

  La mouche noire traverse

  la toile d’araignée sans tarder

  et elle s’aligne sur l’horizon

  comme sur le fil inexorable du temps.  

 

L’oiseau qui remonte de nos bouches ouvertes l’a vue et la pourchasse. Maille après maille, la simplicité du quotidien tricote les sillons invisibles de la matière. D’un mot à l’autre, le chaos restructure les césures les plus serrées.  

 

Tonalité après tonalité, le rythme de la respiration se découd dans la crispation soucieuse de l’élan vital.   

 

Il est impératif de redéfinir la compréhension de façon incessante. Toute l’existence qui n’est pas mordue par le désir et l’étreinte s’avère nulle et non avenue.  

 

     Chaque fragment de vie mérite

l’ovation du jour à venir.

     Chaque absence est vaine si elle ne peut se lire sur le visage de l’éternité.  

 

L’heure qui nous consume n’a de sens que si elle nous élève au-dessus de notre condition terrestre. 

 

     Toute la vie est inutile lorsqu’elle devient l’exclusif soutien de la mort. Parce que l’amour est vierge à chacun de ses élans, il est essentiel à l’apaisement de ma conscience.  

 

     Tout ce qui me rapproche du monde tel que je le conçois m’enfonce dans la nausée de sa fonctionnalité. Et il me faut à présent suspendre le bonheur à autre chose qu’à la caresse fraternelle. 

 

Il est temps pour moi de me bâtir au centre de la joie reçu. J’aime entendre battre dans le cœur de l’autre ce que je sais secrètement imbibé à mon sang.  

 

Cela réveille le sens que je peux donner à l’existence, cela revigore la souche éteinte et la cendre dispersée dans l’oubli. Ce fil d’or de la proximité propulse dans un immense panier à crabes où tout est en mouvement.  

 

L’amour nous perd, l’amour nous gagne.

C’est un état sauvage qui nous préserve vivant malgré l’aride sable du désert où nos pas s’effacent. 

 

N’entends-tu point la Terre pleurer lorsque le soleil se couche et, dans la même seconde, la nuit envoûtante cherchant à séduire la lune ? 

 

Je ne te parle pas de la beauté d’un ciel ouvert, mais de cette clarté brûlant les feuilles mortes. De cette fumée blanche s’évaporant du taillis sitôt que le soleil s’envole vers d’autres lieux. 

 

A l’heure indistincte

où la peur de vivre

occupe l’ombre pelotonnée des fenêtres

grandes ouvertes,

écoute le murmure ventilé de nos respirations.

Il se confronte, toujours un petit peu,

aux bruissements identitaires.  

 

Il y a de l’extravagance

dans les soupirs de nos fantômes.

Rois sans royaume, ils arpentent le monde invisible où nous avons laissé choir nos surbrillances. 

 

Dans l’entrebâillement du jour et de la nuit crécellent nos propres fables, nos génies et nos démons.

Mon souffle avance seul,

ma respiration plonge partout où je suffoque.

Le langage devient friable au pays de la poussière. Touffu et trempé d’étonnements,

je chante les comptines de mon enfance pour sauvegarder une part certaine de l’éphémère.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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28 juillet 2016

Extrait...

0720273001293457539Je cherche le râble éventré du silence dans le moindre haillon de lumière. Je course et je poursuis l’apaisement heureux, l’innocence ouvrant un chemin au cœur des ombres qui me tour­mentent. 

 

Je mendigote ma salive à la quiétude effacée, à la goutte de joie que mes tremblements n’ont pas réussi à inonder. 

 

               Du fond de l’abysse humain, j’appelle mon enfance joueuse, mon grenier à sourires, mes larmes d’amour sur le coin désemparé de la joue des heures douces. 

 

     Prisonnier de l’étau des distances, je résiste à la violence du vide dans le grumeau de sang renfermant la couleur et le parfum des choses écoulées. 

 

Aux pieds de l’arbre à pain, je revendique l’odeur de la fougasse et celui de la pompe à huile déposés sur la table illuminée par un Noël factice. 

 

                  Dans le jour débordant de Mistral, dans les rafales souf­flant sur les collines, les feuillages d’hiver et les broussailles d’été forment des vagues vertes sans qu’aucune marée n’emporte l’horizon borné à son propre précipice. 

 

Mes pensées restent figées dans mon crâne sans que je puisse frotter la parole aux théories de la critique. 

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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23 juillet 2016

REEDITION

VIENNENT D'ETRE REEDITES :

www.noumene-editions.com

 

 

 

BAT_PI_COUV_1HD_RESPIRE_20160719

 

BAT_PI_COUV_1HD_LE_SOUFFL_ET_LA_SEVE_20160719

 

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