Bruno ODILE

29 mai 2017

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28 mai 2017

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25 mai 2017

A la litière du silence.

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  Mais où est la route ? Sinuosités et brouillards cachent l’horizon. Dois-je aller à droite, à gauche, tout

droit ? Rien n’est indiqué. Ma voix marche à travers champ et survole les langues de clôture et de mutilation.

 

        J’écris sur la tige du jour l’imprononçable bleuissement d’une existence retranchée dans une introspection maraîchère. J’ai quitté trop tôt la fragile beauté du ventre nourricier.

 

Ah ! Lâcher du lest. Dès à présent, il me faut apprendre pour de bon à me défaire de tous ses décombres qui craquent sous mes pieds. Je veux redevenir poussière et me désagréger de l’insolent parfum de le la vanité.

 

Survivant à l’incommensurable terreur de l’univers et à son éclatement, je ne peux me défaire de ses nœuds et de sa voracité.

 

          Dans son jaillissement gazeux, la lumière ne m’a pas reconnu pour autre chose qu’un tourbillon, qu’une bouffonnerie malicieuse et lamentable, tout à la fois.

 

Ni l’expérience, ni les souvenirs, rien ne justifie la raideur du vent traversant ma tête trouée. Aucune phrase, aucun ricanement ne parvient au sommet de mes ombres.

 

Je ne réfléchis sur rien, je m’agrippe juste à l’écho de mes ondes reflétant l’arrière-pensée.

 

Tout dort en paix dans l’ordre des choses. Toute la paix ressemble à la brièveté des miasmes intérieurs et extérieurs.

 

Oserais-je dire combien le silence, traité avec compassion, peut devenir la litière de quelques mots remplis d’amour.

 

              Je témoigne de l’irrégularité des sermons du sable, de la fertilité de l’incontrôlable et de la voracité irrépressible des mouettes au-dessus des mers lointaines.

 

          Hier encore, j’ai écouté la diseuse du labyrinthe temporel. Sa voix ravinée escaladait les coïncidences et elle était toujours dans un enchaînement enrôlé à l’adversité.

 

Elle a révoqué, puis s’est reporté sans relâche, afin de durer. Tatouée de bribes indéchiffrables, son accent continue de hanter le silence du monde.

 

 

*******

 

 

Je reste suspendu à la gangrène de l’attente. Les mots fusillent le vide qui m’entoure.

 

    Tiens-moi la main, la nuque et le bout de mes lèvres. Déposons ensemble les rivets de la brume dans l’auge fourmillante.

 

         L’inachevable ne sourcillera pas. L’heure se dévidera tranquillement sur les brouillons d’amertume et nous mâcherons ensemble les initiales de nos existences.

 

Nos bouches rétrécies ne lâcheront rien de plus. La vérité de la parole est toujours dans la rupture. Un chemin en dehors du chemin s’ignore. Nous voilà si loin de la grâce, nous voilà si près de la bonté du jour et de son ignorance.

 

      Sans doute, sommes-nous seulement des ébauches mal fagotées, des dessins effectués dans la hâte, de simples croquis dont la combustion précise la fumée.

 

          Hébétés, nous sillonnons dans les reflets agités de l’inquiétude et dans le frissellement de l’inconnu.

 

Mon royaume est un désert clos. Ma voix, une insolente.

 

            Comme un pêcheur isolé en pleine mer, je lance mes lignes hameçonnées d’une altérité et d’un devenir.

 

J’ouvre mes failles aux signes incomparables d’autres sources de vie. Je dois apprendre à m’enrichir au contact du signifiant et après l’évidence du signifié.

 

Il faut faire preuve de pugnacité au-delà du signe. Le graveur a perdu son latin dans l’étincellement d’une réalité ruinée. Le mot s’est dégoupillé par-delà la fraîcheur du désir.

 

             La parole est une matière inflammable. Elle détonne et creuse le berceau des ruisseaux. Elle effrite les soupirs dans la crinière de l’air.

 

          Invisible comme la patience du monde, elle tricote doucement la porcelaine calfeutrée sous la bougie de ma chair. Mes phrases ne sont que des cendres au pied de la mémoire.

 

Personne ne peut se dérober à la coulée de lumière qui nous traverse. Sans comprendre plus qu’il ne faut, on se risque à poser sur l’horizon gorgé d’obstacles la douleur qui nous ressemble.

 

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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17 mai 2017

Dos-à-dos avec moi-même

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             O terre de vie ! Parfois, je voudrais effacer les flammes de l’aurore gorgée

d’existence.

 

Il me plairait de gommer toutes ses lignes blanches pour que puisse librement dériver l’arc-en-ciel dans le tremblement des nuages qui me surplombent.

 

A son commencement, la vie réjouit la lumière perlée de tendresse et force l'obscurité à s'isoler dans les profondeurs de l’infini.

 

                 Et maintenant, dos-à-dos avec moi-même, aucune connaissance ne m’est utile.

 

Dans le chemin qui s’ouvre, la beauté des foudres guérit en moi jusqu’aux racines de la rosée.

 

Moment exaltant, s'il en est. L'horizon résonne de toute la grâce providentielle de l'énergie renouvelée.

 

   Entends-tu, toi aussi, frémir le pain dans le four des volcans tout proches ?

 

Le parfum de la farine chaude coiffe les sens en ébullition et jongle avec l’air et la poussière.

 

 

********

 

 

                  Je cueille et je recueille l’aube comme je peux. La dérision du jour suivant la beauté emporte avec elle toute objectivité sur le réel apparent dont l’emprise nous étouffe.

 

La dualité qui nous habite est mère nourricière. Elle achève bien ce qu’elle entame. Tous les jets de l’esprit sont perdus d’avance s’ils convoquent exclusivement la part mitoyenne de l’accablement rongeur du raisonnement.

 

                On se perd facilement dans les abysses d’une conjugaison fuyante et inadaptée.

L’auge communicative épuise son eau chaude dans les souffles trempés de l’incertitude.

 

  

********

 

 

               Le visage des hommes est perclus de mille facettes. Il répond aux critères préétablis de nos consentements, de nos peurs incontrôlables et du lait caillé perforant nos couches secrètes.

 

Il est le fruit de nos frontières intimes ouvertes sur l’immensité des champs de labours.

 

La relation vraie ne trouve que rarement la lumière dans la forêt de nos préoccupations personnelles.

 

Tout se résume dans l’espace de liberté que l’on est capable de soutenir.

 

Il n’y a pas de vérité absolue pour nos esprits courroucés. Nous sommes des apprentis sorciers dans l’univers de l’image reproduisant l’action.

 

               S’extirper de soi peut être la voie libératrice, le moyen de se guérir et de s’aguerrir.

 

Il n’en est pas moins une initiative audacieuse sur soi-même, c’est l’accomplissement de l’air sur le rideau de nos chimères.

 

 

********

 

  

        Quelque chose se passe… Les rencontres sont toujours des portes ouvertes sur ma propre existence.

 

Mon tissu d’affinités se pane avec les vibrations ressenties. Des voix claires et des regards illuminés se promènent dans les couloirs de mes veines.

 

     L’échange constitue l’écho d’un autre temps, d’une autre saison. L’étoffe du jour tombe et cogne aux barreaux de l’air. Me voici déshabillé en pleine lumière.

 

L’immédiat fait chavirer la mémoire de mes cellules. Je deviens le parfum du thym et de la farigoule que l’on rencontre sur les chemins de la pinède.

 

                     Un instant, je suis à-jeun de toutes les images embarrassantes. La lanterne flamboyante de l’autre m’invite à l’appréhender puis à la conquérir.

 

                Toujours la traînée des heures lourdes. Toujours l’embonpoint indigeste gratifiant l’impression de survie. Occis dans le préalable des sources, la fraîcheur de la coulée tient mon corps en éveil.

 

                        Je touche à la splendeur de l’instant par intervalles. Je saute d’un grain de charbon à la magnificence d’un quartz, d’une terre lumineuse aux multiples facettes.

 

                        J’opère dans la métamorphose de mes eaux souterraines, dans l’apparence contredisant la fragilité têtue de la fontaine cachée. Je me répands dans la constance organique comme une coulée d’espoir dans l’impossible des jours.

 

Joie désespérée, fondue dans le miroir du réel, je bois à la lucidité des foudres jaillissantes dans le noir abîme de mes pensées.

 

                  Rechercher avec persistance le langage approprié étrangle la surface palpable du recueillement.

 

O contention durement éprouvée ! O registre des fleurs fanées sur le bout des lèvres !

 

Il faudrait pouvoir justifier l’involontaire.

 

Intangible grisaille de l’étouffement, je perçois la faiblesse de l’air et l’angoisse insomniaque de ses souffles inquiets.

 

Il y a quelque chose d’inabouti dans la texture du vent.

 

                     L’ignorance se révèle comme la sauce herbeuse accompagnant tout ce qui n’est pas dit et qui ne peut se dire.

 

     Il faut aller vers une autre plénitude, vers le lacet défait traînant derrière la marche.

 

     Il faut patauger dans les fragments de l’imaginaire et rebondir du lieu où nous terrassent nos démons.

 

Assis sur la pierre en devenir, je marmonne quelques rudiments sur l’aube qui s’en va.

 

 

********

 

  

     Ce matin encore, le cœur plein de projets, je hausse le ton pour dire toute la douleur sous-cutanée ressentie durant la nuit.

 

Au réveil, tout s’est évanoui et je reste là, un instant, inerte, déconnecté du monde, comme une pendule lassée de tourner sur elle-même.

 

Sans intention nouvelle, me voici à la dérive des heures. Un blanc, une pause, puis la réinfection des voies naturelles réalimente ma pensée vers la marche en avant.

 

                   La délivrance attendue ne peut venir que de l’espace après la clôture.

 

Tout près de la tempête, sommeil et mort s’entrelacent dans la noirceur de l’impatience.

 

       Je garde dans mon regard comme une lueur éclairant l’ombre.

 

La nuit, toutes les flammes cherchent dans la fuite l’apaisement des rougeurs cafardeuses.

 

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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11 mai 2017

La veillée des grains abandonnés.

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     Heureux, celui qui peut voir au-delà de sa propre solitude. En moi, la clef des champs appelle un

autre monde.

 

Dans les profondeurs de mon corps est écrit la part cachée de la providence qui compose mon être.

 

          Je marche à côté de ma voix, en parallèle. Je suis là, entre la laitance natale et le refuge obsessionnel du bonheur de vivre.

 

Je résonne dans la transgression. Je retentis hors de l’écho communiant sa verve brouillonne.

 

 

 ********

 

 

     Le mot, cette misère organique, plagie mes sens et donne corps à une vérité déroutante.

 

          Des barbelés dans la voix virevoltent dans une respiration indécise. Par moment, ma langue s’arrache au cœur blessé d’une poésie vivante.

 

Très loin, au fond du souffle, des lettres se halent de leur chrysalide et s’apprêtent à l’envol sur la fenêtre de la voix.

 

     Elles parodient l’approche nuptiale, le mariage des heures vives avec le sang imaginaire d’une volonté étouffée par le purin des courses fourbes.

 

       Plus j’avance, plus le réel se désorganise.

 

Plus j’approche l’objet de mon désir, plus il est difficile de détacher l’élément sonore du sable élémentaire.

 

     Lucidité désespérée de la voix, misérable ressenti de l’ombre persistant dans l’apparence.

 

       À portée de main, toute la vraisemblance s’effondre sous l’éclair fragile du mouvement.

 

      À portée de voix, l’impossible se libère, se délivre de l’inconnu qui nous entoure.

 

          L’ombre se retourne sur elle-même. Le cercle des interrogations remâchées déploie ses rives au-delà de la transparence.

 

      Les retrouvailles avec l’interstice vierge dénoncent l’aveuglement des murailles dans l’épaisseur du monde.

 

Quelque chose se passe : l’espace rétrécit à la seule étendue de l’esprit.

 

           Résonance ou effacement, le libre-arbitre se moissonne sauvagement sur la rampe du vide.

 

 

 ********

 

 

Je suis un être décousu, un tissu poudreux aux odeurs de sève séchée. Je ne sais pas combien de temps il me faudra pour remonter le fil tendu de l’obscurité.

 

Mon restant de corps est le seul écho tangible dans la communauté des hommes. Dans le vertige d’un désert, n’importe quelle racine échappe aux yeux fermés.

 

             Amoindris par leurs parcours chaotiques, mes sens délibèrent en secret et tiennent mon esprit à distance des réprobations moralisatrices.

 

  La seule chose qui me semble plausible, c’est qu’ils ont la capacité inextinguible d’épouser la vérité dans son juste accomplissement.

 

Les mots dans leur coquille de cristal sonnent le poids d’une résonance fugace. Ils surgissent de la rumeur enfouie dans le sable de l’inexprimable vide.

 

      Dans le soupir du blé et de l’avoine, la voix ne tient que rarement parole.

 

        Demain, c’est l’espace qui ravive et éteint d’un même élan le désarroi et la perte. L’aube venue, le jour s’encarte aux lueurs prometteuses.

 

Mais que peut-il advenir de la mélancolie hachée en grumeaux de rêves qui ne soit pas déjà le projet enraciné dans la goutte de sang illuminée ?

 

 

******** 

 

 

     Ma ruche d’air frissonne à chaque son converti. Dans mes hoquets rêveurs, le moindre murmure parle de la paix ultime enfoncée dans mon sang.

 

               Je ne cherche plus l’aube au fond de ma gorge. Je ne cherche plus l’orage au bout des chemins sombres.

 

      Hier déjà, ciselé contre l’ombre de moi-même, j’envisageais de me défaire des lassos de l’obscurité où s’exilent les piqûres du jour.

 

A présent, je veille aux grains dans le creux de mes mains et sur le bord de mes lèvres. Je flotte en dehors des espaces abandonnés.

 

Il n’y a plus de terre en ces lieux solitaires, il n’y a plus de morsures pour que saigne l’horizon.

 

               Les frontières d’hémoglobine ont rejoint le silence léger poursuivant leurs courses après la forge des mots.

 

Longtemps travaillé, le moulage oral s’assèche dans la matière rougie où les formes s’épuisent avant de renaître obstinément.

 

Dans une taille acerbe, la serpe coupante a brûlé le foin. Dans la terre en brûlis des anges fredonnent un Ave Maria récalcitrant.

 

Où pourrais-je aller ? Perdu à l’épicentre de mon progrès, je grappille sous mon épiderme le souffle de la buse et la vigueur du renard.

                      Il me faudra mûrir dans l’ombre de moi-même, dans l’intériorité de la foudre qui m’accable.

 

 

 ********

 

 

Souvent, la douleur échappe à la verbalisation en squattant les onomatopées.

 

   Harponnée par le néant, la solitude partage son désarroi et son désappointement dans le creux d’une main salvatrice où le temps embaume les blessures.

 

               L’expérience de la chair permet la fusion des forces lisibles. J’ai l’idée d’un chahut sensuel imprégnant les fibres profondes, laissant des traces floutées sur le filigrane de l’existence.

 

                    L’effleurement des peaux ouvre la voie sur la sincérité de nos âmes et repousse la superficialité dans les contreforts des errements factices.

 

     Dans son intimité et dans le recommencement, mon cœur se construit. Les jours se renversent et je danse avec les retournements qui me jalonnent.

 

                Chaque amour présent est une brûlure. Chaque sentiment se renouvelle en brisant le précédent. La blessure limite le désir aux pensées et je me dois d’improviser l’espoir pour être égal à moi-même.

 

Mais, pour échapper à son destin, il faudrait assimiler les innombrables contrastes de nos émotions. Il faudrait pouvoir pressentir la grâce d’une forêt d’automne dans les tranchées de l'infini. 

 

L’infini.

 

 

 ********

 

 

                Je ne saurais refaire le monde ailleurs que dans ma propre cabane. Dans la tristesse d’un hiver lugubre, le foyer de ma cheminée chante le jaune et l’orangé de la flamme libératrice. La mélopée des faiblesses humaines m’a grisé puis lassé.

 

Tout nous dit adieu et tout s’enfuit. La mémoire retourne la terre comme le soc d’une charrue délivre la couche superficielle de nos instincts. Je sais, pourtant, que dans la profondeur quelque chose gémit.

 

Qu’importe ! Il s’agit de forger la géométrie de son espace vital aux sources souveraines de la tempérance.

 

     Dans ses oppositions, la vie recherche le réconfort auprès des résistances désespérées. La parole est toujours piégée par la gorge qui l’enserre.

 

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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30 avril 2017

L’improbable d’une guérison.

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Il faut revenir exalter la peau mûrie par de longues pensées inachevées.

 

Il faut reconstruire la halte mélancolique dans laquelle on a tout abandonné : l’épreuve blessante et ses ruisseaux de peine, l’échec monotone et ses tourbillons aiguisés comme les bords tranchants d’une falaise.

 

            L’innocence ne connaît pas le malaise des jours meurtris. Elle reflète mon immunité, ma zone franche et l’abandon qui m’exempte de toute promesse.

 

                  Désarmé et fébrile, je l’étais déjà bien avant l’existence.

 

Une vie entière à écouter en soi les oracles lointains, les troubadours de l’excellence et si peu de murmures vivants revenus de là-bas.

 

Nulle part l’écho fragile d’un cœur solitaire.

 

Nulle part l’impuissance avouée de l’aveuglement. Un seul monde pour des millions d’affamés. Une seule terre pour des milliers de bouches ouvertes.

 

                      Je n’en peux plus d’être muré dans une symphonie superficielle et sans limite. L’heure a cassé son métronome. Tout est liquide.

 

          Il est nécessaire de faire et de tout dire, de recommencer, de répéter le chemin recouvert de désirs avortés. Tout commence dans l’ombre des forêts, dans l’obscurité de la sève de nos rêves les plus secrets.

 

                      L'odeur herbeuse s'éveillant après le frais passage de la pluie printanière nous rappelle la promesse des fleurs et le velours des couleurs calfeutrées au fond de nos poitrines.

 

Dans l’ombre voisine, une femme, mi herbe fanée, mi rêve urticant, se redresse. Une mère de lumière douce traverse mes paradis perdus.

 

       Rien ne guérit, tout se soigne : la hache de l’instant chagrin perd son manche dans l’eau pure de nos sources cachées.

 

              Depuis si longtemps, nous pouvons croire à la joie paisible de ce corps qui est le nôtre.

 

Dans l’invisible couleur du temps, nous sommes tous semblables. Tous prompts à la caresse éternelle d’un fil d’argent.

 

       La distinction s’opère dans le lent parcours de la lumière. Une étincelle puis une autre illuminent peu à peu le fond de nos rétines où s’est assoupi le monde.

 

Il est même des jours où l’éclair nous emporte plus loin que notre passé et où la vie se répète sans compter.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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23 avril 2017

Impressions.

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Matière compromise, mon corps marche vers la lumière muant de l’éclair. Les chemins de cendre fraîche s’égosillent sur le tableau de chair blanche. Le plat pays affligé de mots ordinaires s’embronche à la tignasse velue des anges de passage. Le vert profond des sapinettes trace des routes invisibles pour celui qui escalade la montagne.

 

Moi qui doute et l’ombre approximative qui me suit.

       Gouverné par la pensée,

       à corps défendant,

                j’arpente les rêves

              où se dématérialise

        toute notion de lucidité.

Je suis la source même d’une conscience et le libre-arbitre démesuré me fait trembler.

 

Est-ce une vie, un étang, un nuage, une steppe glacée ?

Je cherche avec effroi le mot juste, appliqué et captif. Celui qui dénonce. Celui qui défriche.

 

Resplendissante dans sa multiplicité, la terre est ronde, verte et ventée, démangée jusqu’à l’humus de son verbe. Mais rien n’est tracé d’avance, rien n’indique aux temps qui passent combien la sève remonte jusqu’à notre souffle.

 

Tout est périssable en ce monde. Nous ne sommes pas grand-chose dans l'insoutenable espérance d’être.

 

Coup de dés,

les équilibres et le resserrement des luminescences suggèrent parfois l'homme à l'usure de la roche, à la flétrissure de la chair. Jusqu’à l'obsession, il nous faudra pétrir et pétrir encore, cette pâte molle du réel qui échappe au réel.

 

           Un instant démâté de l’ombre de mes fantômes, je navigue à vue dans le brouillard de mes frissons.

Mirage d’avoir existé avant de naître, l’horloge qui m’a conçu a briefé ma sève et rythmé mon souffle comme une machine infernale. Où se cache la nuit qui démasticote les ombres repues sous l’avalanche des illusions ? Dans l’épreuve, nous traversons tous nos existences sans que nos pieds touchent le sol.

 

Errer, il n’y a que cela !

Chemins escarpés, routes lisses et interminables sentiers à parcourir.

Du plus lointain souvenir,

mes pieds gesticulent

comme ceux d’un nourrisson

essayant d’avancer.

Aller devant. Conserver intacte l’impulsion.

Dans la mutualité des promesses, le mouvement est sans doute une régénérescence.

 

Mais avancer pourquoi faire, pour aller où ? L’élan instinctif nous soumet-il à une traversée étourdissante pour retrouver la pureté resplendissante de l’origine ? Ou bien, sommes-nous accolés à la marche du temps sans pouvoir y déceler l’ovation de nos souffles ?

 

Un pied puis l’autre, la vie s’avance,

la vie tricote, la vie s’espace.

Elle ne sait pas combler les vides autrement que par la rencontre des êtres.

Concordance et réciprocité s’exaltent et se renforcent.

 

Secrète connivence de deux regards, des croisements s’éclairent où la surface s’agite. L’espace à franchir est loin des routes ordinaires. La terre se bêche à coups de poitrine et le sol se perd sous les pierres devenues des montagnes cendrées.

 

L’air transporte la nuit et nous enserre comme un étau. J’occupe ce vide au-devant de moi-même. Partout, les images anciennes éclatent en mille souvenirs. Partout, l’ombre court plus vite que nos silhouettes enlacées aux pieds des glaciers. Le feu se dilate et nous restons incrustés à la flamme brisée par la vague qui nous ensevelit.

 

Chaque minerai se dissout dans l’impatience qui court plus vite que le battement du jour. Dans la lenteur des cyclones le rien devient un sacrifice, puis une oblation, un hommage à la simplicité.

 

Tous les bruits flottant dans la brume nous viennent de la pierre et de la poussière. Le silence n’a jamais été plus libre dans le différé qui l’accompagne aujourd’hui.

 

L’étendue ventilée s’offre déserte à l’échange. Le passé refoule comme une tuyauterie de radiateur par où l’eau s’échappe. Le temps dans sa marche impudique broie le sirop d’air que l’on voit quelquefois dans le désert empourpré de chaleur compulsive.

 

         Toujours aussi vague, l’horizon se limite à une bave incandescente dans laquelle je me roule avant de m’enfuir.

 

Tout se refait dans le déchirement

du corps des émotions.

Jusqu’aux heures restées sauvages,

jusqu’au masque de l’esthète sanguinolent,

jusqu’à l’enfer déchiqueté de ses barres de fer.

Hors des atteintes de l’air,

je décalamine doucement

comme une nuit isolée fait peau neuve.

 

        La Méditerranée reflète l’encre des boussoles aériennes et une loterie décrépie ovationne les épaves remontant à la surface.

 

Nous sommes seuls comme un, comme deux, comme cent… Gyrophares de fin du monde, les étoiles poursuivent les constellations dans leurs cataractes proéminentes. La lumière n’est plus la lumière mais un simple accent circonflexe sur la fosse des retours de vie rompus au néant.

 

   Ulysse retourne vers Hélène dans un tricot neuf. L’enclume des heures sombres tombe dans l’abysse de l’univers où le silence s’oxygène en cachette. Deux mondes se font face, mais il nous est impossible d’en extirper la langue maternelle d’aucun.

 

Mon corps en action est devenu un réceptacle,

il contient les multiples contemplations

de son environnement et de ses événements.

Ma chair raconte une histoire,

une vie récitée à voix basse, 

un souffle rendu à la trappe,

une larme d’émotion chaude

tenue puis évanouie dans la brocante du cœur.

 

Mon corps d’évidences enchevêtrées,

chapitre après chapitre,

se courbe au vent et filtre le langage

comme un moulin à breloques.

Je suis pulvérisé du refuge familier

où transpirent les pensées

qui me traversent.

Alors, je m’arrête devant

cette porte de résonance stellaire

et j’écoute dans l’égarement de l’atome

le cri langoureux du chaos.

 

   Avec le temps, une voix se rétracte, se contracte, s’affine et se précise par l’imaginaire qui l’a fait naître. Maintenant, elle s’apprête à disparaître de son devenir pour en effacer toutes les traces.

 

Une seconde nuit se prépare à l’étage des manifestations abstraites. Une seconde terre respire au soleil, écorchée par la charrue des sentiments fragilisés. Un autre lieu, loin de moi-même et pourtant si proche, décapite les sens cristallisés.

 

    Je suis l’exacte réplique de la douleur des heures veuves, de toutes celles capuchonnées au sinistre noir accompagnant les relents acides. 

 

En un éclair, je deviens la raison du monde et je disparais illico dans ses couches profondes comme une gouache se dissipe au fond d’un verre d’eau.

 

Il n’y a pas de meilleure déroute que cette hypothèse : je ne serai pleinement entier que lorsque j’aurai cessé d’être moi-même. Parce qu’à cet instant, je giclerai de l’action et du mouvement pour m’affilier à l’indéfinissable gorgée de l’aube.

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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16 avril 2017

LE SOUFFLE ET LE SEVE

en vente sur : 

NOUMÈNE ÉDITIONS | Un autre regard sur le talent

Les premières poésies se déclinent dans la veine des grandes narrations épiques héritées du Moyen-âge, aux élans lyriques et impressionnantes morales religieuses. Puis, dans la mouvance littéraire du siècle, en trame de fond, le romantisme s'immisce dans cette forme poétique narrative, liée à des destins tragiques.

https://www.noumene-editions.com

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Réduis à être ce que je suis.

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Ici, je respire ce que j’expire ailleurs. L’orage a creusé des sillons d’eau et de branches qui vont rejoindre la mer. Ici, le néant n’en finit pas de dégorger ses noyaux d’éclairs.

 

Brûlent et refleurissent les fruits rouges de la terre. Cloaques de mots, des langues tombent dans la gamelle des sens mutants. Je ne suis pas certain d’être en lieu et place d’une rénovation cataclysmique.

 

Des sculptures explosent sous les rayons agressifs du soleil. Anéanties, elles s’immolent gentiment sur les stries fatiguées et sans promesse d’une rosée de joie.

 

Combien de fois n’ai-je pensé en regardant les autres à quel point ils étaient heureux. Plus que moi.

 

Ainsi, je marche pareillement en moi-même

que sur les routes défigurées

où s’amplifient les détails de l’existence.

Je ne vieillis plus,

j’habite le secours permanent

d’une plage déserte

soumise aux fracas des pluies évènementielles.

Chaque jour navigue à vue

dans les tempos souquant vers la parole.

Ma langue pousse la boue des marais

et la tempête qui rongeait mon corps

crache des messages bleus sur la gelée du matin.

 

Dis-moi, dis-moi toi qui sais. Dis-moi où s’écoule ce petit souffle de vent qui vient de plus loin ? Quelle limite pour un regard ? Quel lever du jour pour la nuit accidentée ?

 

     La main près de la main et soumis à mes racines, j’essaie de dire jusqu’où peuvent s’étendre mes branchages anciens. Je sais la sève qui me parcourt, chaque saison nouvelle elle défeuille mes bois et ronge l’écorce protectrice.

 

Les mots nous reliant l’un à l’autre se diluent dans les cavités où s’incrustent les termites du temps et puis ils s’évadent après chaque flambée que le Mistral attise. 

 

Gouttes, pluie, source, larmes, sueur, sang, ombres décapitées, rumeurs, vagues, mots, rides.... Puis cela vibre à peine, s'essouffle, craque, grimace, s'efface et se tait. Ce qui brûle dans ma chair d’encre est porté par la contrainte des lignes de fuite. 

 

    S’abstenir d’être n’est pas être. Tout en moi s'attire et se repousse, fusionne et se sépare comme dans la danse de deux corps dont un seul prédomine la transparence.

 

Quelque part entre le tissu de peau qui me recouvre et le liquide rouge irrigant mes cavités intimes, le squelette de la nuit se réduit. Une lumière habitable gorge mes souffles et la chair asservie par mille turpitudes n’arrime plus à l’inqualifiable désert de mes sanglots.

 

Ce qui déchire l’air en le brûlant,

transporte une silhouette périmée.

Dans un brusque arrachement,

l’accord avec la désinvolture

cherche le consentement mutuel.

 

Ecrire est une soumission.

Sans cesse percevoir l’éclat au cœur de l’obscurité.

Sans relâche, mâchonner les signes visiteurs de nos abimes. Comment ma soif de dire peut-elle renforcer la sensation de silence ?

 

     Une étrange odeur de bois faisandé consolide l’idée que la sève promène l’énergie flamboyante de l’éternité jusqu’aux miroirs de la pensée. Comme si toute idée d’abandon était le reflet d’une mort au cœur de la vie.

 

En moi, j’entends s’énumérer les rides textuelles d’un âge lointain. Elles semblent traverser les choses jusqu’à l’interrogation du regard.

 

   Et mon corps se dilate du pastel de la lumière.

   Et mon âme s’ouvre à un désir

plus ample que le ravissement.

Je suis accablé par le silence du vertige.

   Le savoir et la connaissance endiguent-ils nos peurs ? Mon être correspond-t-il à ce qu’il saisit ?

 

L’illusion trouve sa place dans la ronde des doutes. J’illusionne donc je suis, je suis donc je rêve.

 

De l’air pour les mots,

de l’air pour rassasier la parole aux aguets !

À l’intérieur de ma nuit assourdissante,

je suis pauvre

des dernières tonalités métalliques

qui tombent de mes poches.

Je mords à l’eau froide,

incarcéré dans une nuit rouge,

piégé par les murs bleus se dressant de toutes parts.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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11 avril 2017

Tout à la limite.

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Tout est remonté. Rancœurs dans l’eau tiède, velléité des erreurs et des sources lumineuses, jours cruels et devenir sans accointance.

 

Emigrant de moi-même,

j’abolis les pentes et les glissières.

Une tombe suffira aux vétilles,

aux mâchoires et aux désastres.

Aucun cheminement n’est inscrit

dans une fatalité à sens unique.

 

Tout est à prendre, à combler, à envahir. Des rêveries enveloppées dans un mouchoir de sable et d’épines s’écorchent lentement sur le grain perdu tout sec à fleurir. Chaque jour prépare sa nuit et, par instant, l’effacement épure le temps accompli.

 

J’ai vu dans les décombres, des oiseaux,

des fleurs et des arbres.

J’ai vu des chemins qui se croisent et des parfums allaitant des histoires essoufflées.

A la cime d’une dernière innocence, un corps me parle le langage de ses appréhensions. Un brin d’herbe, un chant, une boussole, un sourire, me disent les frontières où le manque restitue au vide le sang et le souffle. 

 

Derrière la charpie des peines anciennes, le murmure d’une joie sereine et posée. Derrière la plainte jacassière bourgeonne l’étincelle d’une nuit claire et l’éclat d’un badigeon fiévreux.

 

Tout à la limite des mots gélifiés, enrubannés dans les congères de l’espoir, se ravive la silhouette désespérée de la beauté.

 

Suspendue au vide, la nuit laisse la sève s’étendre jusqu’aux souffles qui réclament, à cors et à cris, un peu de lumière pour le sang cloué sur nos tempes.

 

Courage ! Le monde est lointain,

insipide et inconstant de sa réalité.

Mais la respiration a planté ses espoirs

dans l’invisible force de tes yeux

sondeurs d’espaces et de vastitudes.

Homme de cœur, tu reconnaîtras ta route

aux pieds qui la dévalent,

aux odeurs du foin qui l’accompagnent

et à la lumière que tu sais faire jaillir

sur les fleurs aériennes où pousse la terre.

 

Sur la vierge surface de la brume, le soleil n’a pas encore démeublé tout l’horizon. L’éblouissement initial n’a pas perdu toute sa flamboyance. Il reste toujours du thé dans la bouilloire et l’équilibre se resserre autour des craquelures.

 

Fragments uniformes souillés dans la fracture, vous affirmez le néant autant que la douceur défibrillée de la plume d’oiseau effleurant nos paupières. 

 

Tous les masques tombent dans la limite. Aujourd’hui, la joie d’accepter le monde tel qu’il est recouvre la température de mon corps.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

Posté par lacollineauxciga à 08:03 - - Commentaires [2] - Permalien [#]