Bruno ODILE

17 janvier 2018

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16 janvier 2018

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Les Marchés des Créateurs de l'UACALR

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25 décembre 2017

Glouton et gloutonne, nous bravons l’adieu pour déjouer le feu.

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Il me faut dénouer l’errance de ses boucles de bohémienne et m’asseoir à l’intérieur d’une terre inoccupée. Les volets du temps claquent sur ma figure. Rien ne serait plus beau que notre enfance apparaissant au bord d’un labour d’eau et d’une rivière de frissons. Par l’amour nous sortirions de l’obscure caresse du temps et nous irions rejoindre l’air qui se blottit dans la motte. Faudrait-il toucher aux sillons ouverts pour que la matière nous ressuscite ? Je perds mon patois dans ce travail laborieux, partout les cordes servant à la pendaison sont devenues des lianes pour grimper. Il faut que tu me prêtes tes yeux pour que mon vagabondage s’arrête.

 

Le présent et la mort définitivement conjoints font relaxe. Toutes les accusations antérieures sont des protestations démantelées. Tout est à vivre. La vie d’abord. La frugalité cherche l’opulence. C’est le jeu des tourments où s’alignent le chaud et le froid du vertige. Il faut se rapprocher de la chair généreuse et oublier le bonheur ébauché par devant la joie intérieure. Nos âmes sont des feintes à la raison domestique et les mots arpentent nos volcans d’où jaillit sauvagement une vérité brute. Une seule braise suffit à féconder le feu. La nuit propice ne sait rien de la clarté aveuglante des astres qui courent l’infini.

 

Tu es cette autre roulotte qui me cache derrière ses planches et dont je créé le portrait au fusain de mes pensées. Allers et retours violents du verbe aimer sur ma langue, j’empoigne les volutes irréelles qui s’esbignent et se dispersent dans l’éventail de l’interprétation. Je te dessine maladroitement, je t’arrache des baisers innocents qui s’enroulent à mes nœuds. Par moment, il est si difficile d’apprendre à vivre. J’endure la transhumance de l’air et rien ne manque à l’imperfection de la route, ni le chaos, ni les épingles gravissant la montagne. En haut, sur la cime, je me transformerai en clocher ou en cathédrale. Je vibrerai de ma chair jusqu’au ciel pour que tu puisses m’entendre. Et si le ciel ne tremble pas, c’est que j’aurai perdu ma voix dans les nuages. C’est qu’il me faudra traverser de plus grandes étendues pour toucher l’aiguillon de l’horloge du monde.

 

Comme si mon avenir était resté sur ton visage, la cicatrisation viendra comme un baiser de la rencontre des fragments qui jonchent notre histoire. Sans toi, l’ivresse est rompue, momifiée dans l’élan perdu. L’enthousiasme s’est désaxé de ses ressorts et le tremplin nous renvoie toujours derrière. Nous tenions pourtant nos rires et nos joies entre nos mains. Nous étions le reflet d’un rêve, une calotte imprimée de fleurs frappant sur nos joues bien roses.

 

Mais les voies incontournables du destin ont contrarié toutes nos promesses douces. Sans doute ce levain était-il inscrit dans l’heure tourbillonnante de la fatalité. Celle qui n’a pas de langue pour dire, ni de dents pour croquer la farine du sablier. Nous sommes trop chargés de tous ces rêves emmaillotés dans nos refoulements. Nous avons laissé nos visages, là-bas, au loin, sur le bord du monde. Avec la distance, ils sont devenus des masques de bronze, des moulures incrustées aux écorces qui peuplent mes tourments comme des ampoules s’éclairant dans le noir où tu dors. 

 

Nous jaillissons de la nuit du temps pour renaître des selles liquides du désespoir. Nous guérissons de chaque instant et de chaque pépite dorée au cœur des étincelles. Nous marchons, enlacés et le détachement qui semblait nous séparer de la lumière, nous rapproche au plus près du feu originel. Dans un coin de campagne, sur la face glacée de nos songes, nous retrouverons les rires sanglotés de notre dernière rencontre.

 

Sans le goût du thym et de l’ail dans la bouche, nos vies plaident en faveur du feu qui les anime. Nos voix recousent les fentes percées par le néant comme un aperçu sur le regret. Et, à la surface de l’immédiat, l’air ne sait plus s’occuper que de lui-même. Sous chaque buisson, chaque bosquet, une étreinte d’herbes et de bois demeure couchée dans l’attente comme un nid dépeuplé promet une vie nouvelle.

 

Les mots se désaltèrent, restitués par le burin des songes. Sacoche à sangles et à fermoir, le cuir poli par l’usure, ils déversent ce qui a été trop longuement retenu dans nos bouches. En dehors du silence, l’illusion vient lustrer le réel de nos arêtes vives. Et dans ton regard fané, j’imagine un ruisseau qui s’écoule et le flot de nos cœurs emportant toute la vieille gaze qui entourait notre vigueur. Un peu plus loin encore, la persistance du souvenir impérissable gueule son foutre dans la fontaine aux miracles. L'épuration nous dit adieu et nous retenons nos souffles à l’intérieur des miroirs sans tain. Des messages dans l’ombre déstabilisent la clarté et désancrent la voix restée sur le fil invisible.

 

Aveugles et l’échine courbée, nous marchons contre le vent. L’air qui nous fait face est un mur solide. Nos voix sont refoulées et la matière se révèle liquide comme une soupe d’ortie. Je t’ai redonné corps dans cet ailleurs qui n’est pas le tien. Je t’ai fait revivre comme un jour terré sous l’empreinte de tes sourires. Jusqu’à plus soif. Jusqu’à rebâtir ton absence à l’intérieur du miracle de l’amour.

 

Je me suis rassemblé en une seule goulée au fond de la gorge qui perlait ta ressemblance. Ma suée était l’affirmation de ton remplacement. Mais la déchirure ne fut pas comblée. Mais l’absence n’était pas compensée. Alors, il m’a fallu défaire les sacs dans lesquels je croyais t’avoir conservée. Il m’a fallu reconnaître la fausseté du pas. Et, j’ai déchiré cette candide démarche infructueuse. J’ai mordu la terre qui m’a fait naître. Tu as disparu et l'amour plus faible que l'abstinence, aussi.

 

Je te fais désormais éclore dans l’air que je respire. Plus de cordées sans ivresse, des muselières blafardes chantent le gouffre refermé. Tu as disparu de l’ombre liquoreuse du chagrin. Des feux en bouilli sous les étoiles lancent leurs dernières flammes. Tout sonne faux sur la lime des heures anciennes. Tu as déclôturé les remparts de la nuit où les murmures bercent le noir silence du sommeil. Ton visage de bonne aventure a laissé derrière lui des champs entiers de tournesols crispés comme des cadavres d'arbres rompus après une tornade. La bataille de l’air et du silence proclame la précarité de l’état de siège où nos cœurs s’étaient réfugiés.

 

Rien ne pourra plus t’ordonner ainsi, dans l’entaille de ma mémoire. Les mots s’étouffent de leur immensité. Ils écrasent jusqu’aux murmures fluets de nos sens en érection.

 

Je suis occupé de fumée noire et de l’angoisse qui tonne. Le monde siffle et mes oreilles se sont repliées comme un parapluie. Le cadre de ma fenêtre découpe le ciel où se sont amassés les nuages gris. 

 

Ma gouttière a tenu.

Malgré les grêles et les ogives du ciel.

Malgré l’averse grenue des jours qui passent.

 

L’air boit les grumeaux. Trop de clarté et le temps est devenu opaque.

Je suis désormais tendu comme une déraison obstinée,

Et aussi flasque qu’une idée sans lendemain.

Et, je tire de moi. J’extirpe tous les masques accrochés à l’air. Je réfute. 

 

Le plomb des heures mortes s’allège lorsque le vide occupe ses stries miniatures. Et s’il ne pèse plus son poids, c’est que j’oublie sa masse sombre pour la transpercer d’un cœur plus vaillant, plus léger et plus écarlate.

La veillée perfusée par la lueur ancienne s’emploie à nous confondre. Le secours des histoires aux volets clos se répand lentement. Une communion particulière entre la mort et la sensualité emporte mon âme aux confins de mon sang. Le goutte-à-goutte s’engloutit dans la mémoire dure et je sens ton ombre ruisseler sur l’aride jardin qui borde le fournil.

 

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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12 décembre 2017

Le temps s’accorde à la démesure.

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Je te retrouve dans une douceur amortie d’un repos. J’ai traversé la mer et me trouve sur la même berge qu’avant mon sommeil. Parfois, je voudrais habiter la détresse qui illumine l’espérance. Je voudrais m’incarner dans le sursaut du rêve qui atteint l’intimité enfouie sous les mots que je t’écris. Ecrire notre histoire, c’est s’enfermer avec elle à double tour sans pouvoir rien changer aux pierres qui la scellent. C’est un peu mourir une deuxième fois. C’est renoncer aux tourments ventriloques assaillant le vertige. Les mots qui surviennent du silence sont une école de liberté infinie. Mais sans l’amour, nous n’existerions plus et j’ai besoin de ton sourire pour continuer à chanter les ronces de l’innocence. Je t’aime ainsi sans que tu sois présente, mais il fait nuit dans ma poitrine et je cherche encore le bruit de tes pas dans mes rues désertes.

 

Tes lèvres murmurent les flots d’une mer en feu. Je désespère de ne pas pouvoir me greffer à la légèreté des nuages précédant l’orage qui vient purifier l’émotion. 

 

Tu vois, on peut aller au bûcher la tête haute, avec le cœur dans la poche. On peut faire semblant d’exister, en évitant d’être dans l’affirmative de ses propres consentements. On peut aussi vivre dignement dans le pardon de soi qui se reflète sur ceux qu’on aime. Mais qu’importe ! La rectitude des obligations que l’on s’attribue nous conduit invariablement à nous étrangler nous-mêmes avec le sourire. La souffrance devient un châtiment que si on lui laisse les rênes pour diriger notre vie.

 

Or, tout à l’heure, après le répit, l’essentiel restera accroupi sous le ventre insipide du quotidien et il sera trop tard. Tout passe et tout s’en va. Même l’ultime raison d’être.

 

Toi, ma seule idée de tendresse, tu es cette nuit clôturée comme un pâturage où l’herbe ne repousse plus. L’espoir ne sait plus où donner de la tête. Il va et il vient, véritable capuche à notre désappointement. Dans le rouge du ciel se reflètent nos jardins de bonheur. Et je ne sais pas ce qui se prépare. Un trait noir me sépare de tes yeux. Le silence devient un paysage en jachère, une île perdue, un continent où se propage une parole défrichée et nue. Comme un mot dilué dans l’écume de l’aurore, tu rejoins la matière qui se dilate dans les remous de mon cœur. 

 

Le recueillement n’exalte pas une nécessité justifiée. Il nous parle de sa voix sourde. Une ruche abritant une promesse de miel s’immisce à l’intérieur de l’accent qui porte la voix. Mais je dois préalablement me désencombrer et m’alléger de la réalité qui se ramifie aux sources de la conscience. Plus je me détache, plus la vie et la mort font mine de se raccommoder. La césure avec la mort primordiale est mise à l’index comme la projection d’un vide entre toi et le chaos.

 

Combien de choses acceptons-nous sans vraiment les comprendre ?

 

Souffrir d’une insuffisance d’être ; l’ignorance est un sursis à la vérité d’un cœur. Nous transportons tous une guerre au fond de nos entrailles qui meurtrit nos élans. La mienne m’a coûté un bras et une jambe. Je ne m’en sors pas trop mal. La tienne a brisé ta vie. Nous sommes voués à l’anéantissement. Nos existences soulèvent le néant sans reprendre haleine et nos respirations s’évadent du cercle de la pensée. Quel que soit le contenu de nos cœurs, la droite horizontale poursuit son chemin. Nous sommes la levure d’un cycle qui se répète depuis la nuit des temps et pour nous recueillir, rien n’est plus parfait que le foyer vide de la démesure.

 

La nuit rampe sous ma peau et l’ombre est devenue rugueuse comme une toile émeri. Toute mon existence s’est amassée au bord du gouffre de la peur. Je suis transi et dans cette immobilité râpeuse, il ne reste que l’effigie d’une volonté invisible. Nous marchons depuis toujours sur l’esquisse de nos tombes dessinées à la hâte par l’exagération et l’absurde.

 

Nous devons nous dégager du simulacre où l’espérance prend racine. Nous avons cru à l’éternité. Or, ce qui dure n’est pas la constance mais la dérive de nos certitudes. La persistance crève nos regards et le symbole nous dépasse.

 

Nous occupons le sillon que laissent les navires parcourant l’infini. Lorsque l’horizon chute, nous libérons nos voiles en souhaitant rejoindre ce lieu où le ciel et la mer se touchent. Lorsque le moinillon s’envole du nid pour la première fois, il ne cherche pas à savoir si ses ailes le porteront, il s’élance dans le vide instinctivement. Il nous faut aller voir derrière la porte. Le mur est trop haut.  

 

L’heure donne et reprend, elle remonte sans doute de ce lieu où tout est détruit, de ce lieu d’avant la mémoire. Une fascination tout de même : le temps. Ce miracle de l’éternité réveillée sur le bord de nos falaises. Ce mouvement imperceptible de l’air renouvelé sans cesse, ce support sans cadre où nos peintures restent fraîches du dernier coup de pinceau. Cette extrémité de nous-mêmes qui se diffuse comme un parfum fané, comme une odeur dilatée par l’agiotage des heures déchues. L’air, c’est le temps refoulé. Le temps, c’est de l’air recraché. Nous volons les pieds sur terre sans nous en apercevoir. Le manque d’air, le manque de temps et nos yeux se ferment.

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés © 

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La récolte.

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La rage d’être s’incarne volontiers en courtisane pourvoyeuse d’effusions sentimentales. Il est impératif que tout soit ramené à sa forme première, aux berceaux des refoulements, aux certitudes ankylosées et à la vie tremblante. Il nous faudra puiser à l’innocence et à la source du silence. Nous devons créer une voie de vitalité en plein cœur du désert.    

 

Viens. Aide-moi. Il faut égrener du plaisir ce qui en est la source, son moteur, son inspirateur. 

 

L’amour n’est jamais irrécupérable, il ne cède pas. Ce qui s’est envolé demeure un mirage désaltérant pour la pensée. Nos vestiges sont des gouffres amers où se mélangent le miel et le piment.

 

Ce que nous avons perdu, nous le retrouvons ici, entre les barques échouées et les roseaux naissants. Longtemps, nous avons tenu nos cœurs d’enfants au-dessus des marais de Camargue et nous voilà à présent corps et âmes sous la vase recouvrant nos terres cuites, mal façonnées. Aimer ne compense pas la souffrance, cela lui confère une authenticité. Tu n’es plus ici et je suis forclos. D’éphémères bouées de sauvetage glissent entre les vagues du désespoir. Tu te faufiles, légère, sur l’horizon floqué d’une réalité mourante dans l’écho d’un rêve. De toute façon, on ne croira pas au cauchemar tant que nous resterons éveillés dans le sommeil. Le manque a trop d’envergure.

 

Cette vie de promesses arrachées aux flancs de l’amour, c’est notre chantier depuis le premier jour. Je suis à l’intérieur des pierres où s’emboîte mon pas. Je marche sur l’air et ta lumière m’essouffle. Trop de fracas dans le blanc et trop d’infinis inaudibles s’offrent à la brûlure du vent. J’ai choisi de ranger mon corps dans la lame d’un couteau. Et, je dépèce chaque espoir jusqu’à l’os. Je te donne l’idée qui poursuit mon cœur mais je crois que tu attends la nuit pour fondre dans mes rêves.

 

Je persiste à caresser ta joue pour parler à ton cœur, ce lieu d’émotions vives où se sacralise l’écorchure de l’émotion. L’absence est toujours un rendez-vous avec soi-même. Nous sommes libres de nos défaillances et de nos vulnérabilités, tripotant sans cesse nos rêves d’enfants et nos romances roses en guise de sucette dans la bouche. 

 

Sous le chapeau des heures distendues, la mémoire et l’oubli s’entrechoquent. Ecrire déforme l’inachevé et ouvre un sillon de couleur jusqu’à l’abîme. Les mots se rebellent. Ils suivent l’histoire qu’ils racontent sans pouvoir couturer la nuit blessée.

 

L’orgueil qui prétend m’alléger m’emporte comme le vent et partout où je me croyais lourd comme un rocher, je vole comme une plume. Mon vœu de retrouvailles est une insomnie rutilante au cœur des forêts noires. Le temps est un voleur croisant le fer avec le néant. Il chaparde le feu de nos cœurs pour le conduire sur le chemin de l’errance des condamnés.

 

Ici et maintenant, tout est démuni par ta seule absence. La nuit croise ses fils d’étoffes échancrées et les mailles de nos pluies de brouillons. Dans cette pagaille d’ombres et de rages, elle fait surgir un amour en dehors de la matière. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je t’invente lorsque tu me manques. C’est toi qui fait jaillir le jour à la surface de nos peaux.

 

Je suis à l’intérieur de la promesse comme un noyau dans un fruit. Je suis une émeute journalière dans l’infini. Tout ce qui me relie à toi est le langage de l’air. J’avale des mots comme un accordéon. C’est un bal de nuisettes effilées, une gigue à deux temps, une mélodie rapatriée du désastre. Quelque part, sous la roche posée sur ma tendresse, des ruisseaux d’ouate claire s’écoulent de la source.

 

 - Bruno Odile -Tous droits réservés © 

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29 novembre 2017

Ce vide intarissable !

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Peut-on aimer sans l’espoir d’une revanche sur le désastre ? La réplique attendue par les sens pourrait être inconvenante. Mes rêves n’ont pas la prétention de refaire le monde. Ils libèrent le souffle de mon cœur resté dans tes mains. Ils projettent nos éclats sombres sur un horizon flamboyant. Vois-tu, en soulevant bûches et ronces, je me détache de lui lettre par lettre.

 

Dans mes veines tout n’est que failles et désordre. L’illusion de l’unité de soi s’éparpille dans les marais obscurs du dérisoire. Lorsque le noir nous maudit et nous rejette de son territoire, tout se replie au fond de la jarre de l’inassouvi par la seule absence d’étincelles.

Je t’attends toujours dans la soudaineté d’un événement plus grand, dans l’ornière furtive par laquelle passerait un peu de lumière pure.

 

Sur des gravures imaginaires, des silhouettes sévillanes jouent à cache-cache. Un visage flou et difforme s’avance sans mot. Le dialogue intérieur s’invente à tire-d’aile. J’ai couru toute la journée dans la plaine verte. J’ai rassemblé les parfums de terre et de soleil pour tresser ce bouquet d’émotions. Et, je chante pour toi, comme une armada d’hirondelles inonde le ciel un soir de juin. 

 

Mais il y a quelqu’un qui manque ici ! Il y a une trace vide et un regard de sacrifice. Une perte indéfinie. Dans le tremblement de vivre, un rêve endormi recoud toute une panoplie de gestes et d’apparences périphériques de je-ne-sais-quoi, de presque rien. Un monde chu envisage de transpercer l’écran de mes songes.

J’attends depuis si longtemps que l’effacement permette une voie nouvelle. Et toutes ces heures différées sont devenues une diffamation du réel. D’énormes arriérés grotesques font le pied de grue aux portes des souvenirs désarticulés sans trouver de repos à leur sort. Pourtant, il y a tant à faire et à dire. Il y a la redondance de l’impatience qui fait mouche sur la vitre transparente. 

 

Qui sait si en ce moment même, tu ne lis pas au travers de mon âme ?

Je t’ai perdue entre les plis de l’arc-en-ciel. En un instant, toute ma lumière intérieure s’est volatilisée dans une décharge d’étincelles, puis elle s’est liquéfiée dans la suie noire que le vent emporte.    

 

Je suis le berceau du rêve qui me berce. Je te porte en moi comme une enfance qui grandit trop vite, comme une goutte d’espoir devenue sèche aussitôt la chute. Une frange de l’aube tombe dans mon gosier. Je ne peux plus te demander un baiser pour la nuit. J’ai rêvé le jour dans un long manteau de sang. Nous deux, autrement ; nous deux, distinctement repliés dans l’unisson déconcertant d’une expression qui n’avait plus de nom. 

 

De l’angoisse à l’extase, la perte se confond délibérément avec le parfum qui se greffe à la vigilance de la mort. Il est nécessaire de retourner les yeux du dedans au dehors. Parce que l’infection est dans l’introspection. Parce que le leurre devient supérieur à la nécessité. La douleur s’y réfugie comme une maladie accompagnant nos refrains de défense immunitaires et nos rengaines de sauvegarde. Une mélopée d’arpèges glauque s’entrelace à l’effroi de nos dérives. Tout chavire en permanence. La solidité n’est plus qu’une vasque ébréchée par les sensations dominantes. L’acmé prodigue ses effets de digression et les émotions contradictoires prolongent le vide jusqu’à sa défaillance. Ses rumeurs venimeuses s’étendent jusqu’à l’affabulation et elles réécrivent le drame vécu en s’employant à nous mettre à l’épreuve.

Il est des moments d’existence où tout ce que l’on a construit nous semble dérisoire. Des moments où l’on voudrait pouvoir s’accrocher à une pensée plus solide et plus forte que la réalité déficiente. Mais, l’angoisse se décalotte dans l’obscurité vive et nous ne ressentons plus rien d’autre. 

 

Dans ce monde qui reste le mien, je vais par les chemins d’acacias et de tilleuls qui mènent à la colline. Je vais vers ces ombres douces, sous l’arche de mes yeux, où je sais que tu m’attends. Sur la route, j’ai croisé les chevaux dans leur enclos d’herbes vertes et la roubine qui longe les champs de blé et de tournesols. Seul, assis sur la grosse pierre qui surplombe la plaine, j’ai jeté mes yeux dans les bourrasques du Mistral. De grandes bouffées vides coiffent les arbres sous lesquels nous promenions.

 

Je te le confesse : le manque est plus douloureux que le bonheur perdu. Il se méprise lui-même. Je n’attends que moi-même au rendez-vous des fontaines d’espérance.

Les vies achevées rejoignent la foule de poussières qui s’amassent sous ma langue silencieuse alors que l’absence revendique toujours sa part d’innocence et sa fraîcheur perdue. Le bonheur est un vide au repos, toutes les bousculades l’insupportent. C’est une béance charnelle où soupire l’exaltation que l’on croit avoir connue. Je te voudrais encore dans la flamme imaginaire qui lèche l’horizon. Je voudrais retourner à la mer d’amandiers en fleurs et reprendre place dans le creux de nos fougues patientes et légères comme le vertige. J’aimerais réinitialiser le temps et déverrouiller l’espace où nous sommes enfermés.

 

Une légère buée blanche flotte dans l’air. Ma tristesse se moque bien des vapeurs disloquées et des évaporations désordonnées. La vacance commune est peuplée de confidences aériennes. Nos silences intimes sont des paillettes fluorescentes au cœur d’une nuit de braise. Les rêves corrigent la cruauté du monde que l’amour n’efface pas. Mais il n’y a que la dérision par l’absurde pour ôter la brûlure de la poudre à canon. Et malgré cette effusion rongeuse qui écaille mon cœur au moindre soupir, le lien filial conserve sa pureté et sa densité comme au premier jour. Nous sommes la cendre de nos mémoires, nous sommes en équilibre sur la balustrade de l’infinie tendresse. Nous sommes l’avenir qui se réinvente entre les cuisses de l’émerveillement. 

 

La résignation vient seulement lorsque les apparences occupent pleinement l'espace de nos regards. Parce que le sujet de l’étonnement parodie l’excellence de notre dialogue en lui attribuant les habits et les décors de sa mise en scène.   

 

L’amour cherche désespérément à se délivrer de ses illusions. Il ne sait pas que son énigme est la seule protection à sa survie. Mon cœur doit reconquérir le monde sans toi. Amour vainqueur, amour despote, ton visage plaide en faveur d’une absence précieuse. Je suis emporté par l’élan égoïste qui pénètre ton âme comme une lueur innocente. Je veux défier une à une chaque sensation pour en extraire le silence de sa part juteuse. 

Toutes les images recomposées durant l’exil se sont inscrites dans la chair de promesse. Le grain séché est tombé entre les meules du temps. On tourne le dos à l’horizon froissé et c’est la jubilation du désastre qui se reflète sur nos nuques découvertes.  

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés © 

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15 novembre 2017

Le chantier de l’espoir.

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Je reviens d’une garrigue larmoyante où la terre languit et où les cigales sont aphones. Là-bas, nos voix d’enfant se sont mélangées au vent. Des mendiants essoufflés sont dos à dos, ils se bouturent au soleil et s’offrent à la cueillette charnelle des âmes. Espoir et désespoir se conjuguent comme deux frères jumeaux pourraient s’allaiter au même sein. Je reconstruis pierre par pierre ce château de cristal qui abritait mon innocence. Entre ses murs l’espoir triomphe de l’absence et ma vie se réconcilie avec la marche en avant.  

 

Pas un amour ne se perd. Pas un amour ne s’enfuit. La vie m’offre ses terres démunies d’hostilités rédhibitoires et ses multiples cruautés que rien ne parvient à altérer. Elle est toujours coupable d’avoir omis que les tourmentes humaines peuvent tricher l’histoire et la gruger avec des vérités dépouillées de sens. Pas une vie ne se perd sans emporter avec elle l’audace des jours de révolte. A présent, ton absence désinfecte les grumeaux du désir qui circulaient dans ma salive.

 

Fil dansant sur les lèvres du cœur, flamme ou bien secret, nomade éternel, chaque mesure qui monte au ciel nous revient pure et claire sur les tempes d’un prénom : le tien. Fils de la chair et des attractions contournées, la résurrection permanente promène son museau sur les reins du monde qui se cambrent.

 

Venues un jour, parties un autre, nos âmes enfantent la constance du souffle commun. Puis, elles nous abandonnent et déchirent nos poitrines, laissant couler des torrents de fleurs sur le bitume. C’est un déluge à l’état brut, c’est un faux miroir où le métronome de la plénitude ne peut se refléter. Nous n’avons d’autre choix que celui de courtiser jusqu’à nos blessures lancinantes et de flatter nos cicatrices avec le fer rouge de nos intimités. L’heure perdue est dans le creux de nos mains, elle ruisselle, brûlante, dans la permanence de nos empoignades comme une éternelle source en fusion. Je te cherche dans mon présent et je me précipite dans le vide comme certaines rivières amazoniennes.

 

L’espérance est trompeuse. J’ai longtemps cru que la terre était ronde comme une pomme sans jamais avoir vu le cercle bleu de son cadran.

 

Mon désir est un espoir en mutation. C’est un devenir qui éclabousse mes chaussures d’une terre mille fois labourée. Partout où je pose le pied, le sol n’est qu’un pointillé fébrile ne résistant pas à l’orage. Demain est une promesse incertaine pour un esprit ancré dans les ruines du souvenir. L'inspiration que tu fais naître dans la poésie de l'air n'est pas seulement cette illusion tenace restée ligotée à l’objet de ses attaches fantasmagoriques. Elle navigue aussi à fleur de peau entre le vide de mon présent et l’abysse de la lumière reconnue dés l’enfance.

 

Je rêve à cette nuit d’acier où mon sommeil ira rejoindre la mort de l’heure plénière, ce galop de noir hors du chagrin qui cache ton visage. J’entends d’ici les cloches de midi sonnant l’angélus dans une clairière dépeuplée de chouettes. Et, dans ce rêve à moitié nu, je sens le vertige qui nous fait tomber dans le gouffre gluant de l'infini.

 

Langue insuffisante, plagiat de la parole pure, une encre incolore dessine une main nue sous l’ombre du cyprès. L’attente fossilisée répand le bruit des vagues d’autrefois sur le silence des pierres qui saigne dans les buissons. L’espoir me ballotte d’une musique inconnue et je chavire dans un désert sans faille. Tu te retournes sous la ligne du crayon, bravant les pages où j’essaie de te coucher. Je te retrouve au pied du mur que la main effrite dans un geste dérisoire pour arrêter le temps. Plus loin, une caravane de blanc inaugure la chute des ombres où le hasard se noie.

 

Un morceau de route ancienne brûle sous la langue. Je ne sais plus raconter l’exode qui a suivi ton départ. Pour matérialiser ta présence dans la nuit qui remonte jusqu’à mes mains moites, je dois me frayer un chemin parmi la flopée de flèches enflammées qui la traverse. L'âme transparente laisse entrevoir les violons de la tempête. Tant bien que mal, j’écope le vent. Tu coules sur ma peau comme une pluie miraculeuse. Et dans ce lieu où il n’y a pas un mot pour la parole, je transperce avec toi un brin d’éternité.

 

En soi, l’autre est autrement. Dans ma chair, un miroir brisé scintille de mille lumières sur le mur qui fait obstacle. Tu es cachée derrière. Je t’observe par les fentes. Ta blancheur est un langage de famine où la plainte s’écoule. Quelques éclats d’innocence grisent l’ombre que tu traverses. Malgré quelques sanglots de solitude, ta présence ravive les heures flottantes sur mes épaules. Dans mes yeux, tes lèvres touchent encore aux dentelles transparentes.

 

Il me faut encore arracher quelques verrous. D’autres portes et d’autres fenêtres sont restées cadenassées de l’intérieur. L’oubli est incomplet lorsqu’il s’arrête dans la gare froide de l’esseulement. Notre amour est un poing serré lancé au ciel. Il est la manifestation des fils tendus entre les certitudes anciennes et le linge humide de la mémoire aveuglée. Tout se dégrade à travers moi. Des copeaux d’amours mortes collent à mes sens endigués. Je suis dans l’équivoque du temps qui a renoncé à l’aventure. Des griefs culpabilisants et des mots accablés se sont réunis dans le hurlement d’un pardon de flanelle. Leurs ronflements augmentent sensiblement l’abîme indécent qui nous sépare. Quelque chose de primitif amplifie la nausée que j’éprouve à accoupler le vide à la matière et mon cœur à la caresse de la mort.

 

A présent, je viens tarir le soleil que ton sommeil n’a pas limogé. Sous la lune rouge, des étoiles en tutu filent vers le vestiaire. La nuit me permet de rallumer les lampes qui éclairaient jadis la nue-propriété de l’absence. Et je dors du sommeil des anges, éclairé par la fiente du jour devenue combustible.

 

L’inquiétude du mirage que tu as fait naître est dans sa fuite. J’ai l’impression de te voir là où tu n’es pas et de ne pas saisir toute la douceur contenue dans la fleur d’un cerisier. Mes sens se battent toujours avec la raison. L’insubordination rajoute une infinie mansuétude aux intrépides salves du cœur. C’est insupportable cette odeur de résine qui colle à mes souliers. Je voudrais être quelqu’un d’autre là où je ne suis que moi-même. Je me perds comme un anneau de bonté que l’on jette dans le brouillard. Ma maison n’est plus qu’un parfum. La terre est une bille de bois entre le bec des perroquets. Où sont donc passées les hautes futées qui, un temps, recouvraient mes paupières de leurs attaches indéfectibles ?

 

Je parle comme j’aime. Ma voix est à la frontière de mon cœur. Mais il subsiste un doute effroyable dans chaque espoir : serais-je capable de consoler l’amour qui se réveille en sursaut dans le plein jour ? Le soleil de nos existences joue à l’envers du monde et nos corps sont restés suspendus à la corde des heures brûlantes. Ombre enchaînée à ma chair, tu murmures quelques bruits de chaises qu'on déplace dans mes plus petites cellules de vie.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés © 

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09 novembre 2017

Je te le dis, il n’est jamais temps de partir.

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Nous n’avons que faire des heures rouillées. Nos marteaux ont des chutes qui étament nos langues. Nos bruits intérieurs proviennent du tumulte de nos sangs mélangés. Ils refluent dans notre ciel comme les oiseaux qui vont rejoindre les contrées lointaines de sable chaud et de silence.

 

Je te hisse comme une voile blanche au-dessus de l’alpage où tes yeux se sont endormis. Il faut que l’Amour redevienne une plénitude. Il me faut abolir ce cercle d’espérance acculé à la déchéance du paraître. Nos vies comme des pendules arrêtées se fraient un chemin parmi la splendide cacophonie des marmites en ébullition. Nous croisons des fumées acariâtres à chaque carrefour, à chaque coin d’ombre. Mais, nous n’oublions pas la clarté des cimes où nous avons partagé la douceur du monde.

 

Ce n’est pas la solitude qui fait l’isolement. Nos choix sont des lampadaires invisibles où s’accroît la lumière intérieure. Nos mains sont restées offertes. Nos corps se sont dissipés pour laisser place au tarissement des ombres et pour inviter la clarté à rejoindre les boucles de nos cœurs.

 

Je fourmille comme une descente de lit tremblante sous le bruit des pieds prêts pour le départ. Aujourd’hui, je tente de naître. Je dérive vers la construction d’un autre moi. Je franchis la montagne où l’infini semble à portée de voix. Je rejoins la terre et tente de lui restituer la parole qui capture l’éphémère. La terre, ce cauchemar de cendres, tourne dans mon sang comme une toupie désorientée. Elle fond comme une peinture au soleil. Ma vie sensible, ivre de désordres, se plie dans ton regard. Deux pôles opposés prennent conscience de la proximité de l’effondrement. J’ai la certitude que le soleil cache d’autres lumières.

 

Nous sommes tout au fond du noir, à mi-chemin entre l'éblouissement et la fureur. Ici, chaque battement de cœur est un miracle de blancheur. Notre amour cherche à rendre la parole aux ombres dans lesquelles nous marchons. L’absence est un désir mort, une extase sans respiration. Maintenant, je sais de quoi se nourrit la patience. Une rumeur de mille voix aiguës dégrafe l’écorce du mûrier, la soie déborde sur nos refuges mal fermés. Les limites du silence sont les grilles qui nous séparent. Il faut nous extirper du feu qui brûle dans nos ventres. Il faut étouffer la rage des flammes qui se propagent à la vitesse de l’éclair et faire confiance à l’aube nouvelle pour sortir du cadre où je t’improvise. C’est la vie qui brûle, pas nous.

 

La date de ton départ sonne à mon esprit comme un relent mortuaire qui laisse ma gorge desséchée. Dans mon sang, le souvenir de la roche et du granit circule à vive allure. J’ai le pouls gonflé par des battements de cœur accélérés. A cette heure qui me déplait, le mouvement circulatoire de la mémoire compromet par son rappel perpétuel le mariage d’ancestrales bouffées fraternelles. Des pensées anciennes déconstruisent l’immédiat, elles tirent des flèches empoisonnées depuis les quatre coins d’une terre abandonnée. Le vide s’enroule autour de mes reins comme un désert sans fin. Mes larmes sont un lit de vagues pour les falaises de craies. Mon cœur écrit avec l’obstination de ses blessures.

 

Je te le dis, il n’est jamais temps de partir. L’heure décroche et la pendule est morte dans la marge aimantée qui trouble les boussoles. Il n’est jamais l’heure de céder aux sinistres gloires de l’obscurité. Le noir est avide des soleils blessés où roulent nos corps de poussière. L’absurde néant foisonne partout où le cœur ne bat plus. J’ai renoncé à l’éternité sans faille, j’y préfère ta silhouette blottie dans la précarité de ma bouche. Chaque année à la même période, les seins glacés de l’hiver fardent ma nuit d’une ribambelle de nuages grisâtres. Mes vœux de rassemblements sont restés scellés dans le silence. Ma tristesse glougloute comme posée sur un poêle. La marmite est bouillante et mon corps tout entier plonge dans ton absence. Je saisis la trame claire de l’existence mais ne la pense pas et ne la prévoit pas. Je suis recroquevillé sous tes yeux qui portent l’évidence de tes secrets.

 

Des limons bleus sont restés enchevêtrés sur les contours d’une coupe vidée de son vin. Nos poitrines flottent sous les draps de longues nuits accoutumées aux récits. De nouvelles caresses infructueuses déposent leurs grimaces tordues sur la gerçure de nos lèvres. Du givre illumine nos rêves brûlants sur l’aube inaccessible. Ton cri est une porte ouverte sur la saignée où s’écoule le mot dit, le mot prisonnier. Il n’y a pas d’anniversaire pour les jours décharnés de la pulpe de nos frissons. Il n’y a pas de répit pour l’heure cruelle et je mords aux rideaux qui cachent ta disparition.

 

Les mots ne quitteront pas la terre.

                   Ici, tout semble mourir

                         La parole outrepasse le vide

                Ta voix est un paravent de fortune

                                                       Tu es sur le papier

                                     Comme un signe sous l’ombre

                                           Le sens de l’existence est contaminé

                                                                     Les veines du temps

                                                                             Transportent tes yeux

                                                            Par-delà le deuil qui les recouvre

                                                            Nos âmes au centre du monde

                                                            Prêchent dans la faille

                                                            Où s’est glissée la mémoire

                                                                 Le témoignage complice

                                                              Des langues enfouies

                                                            Et porteuses de cendre

                                  Dehors le vide rechigne à s’avouer

                                                    Il sécrète deux mondes

                                                  Celui où je suis et l’autre

                                                                 Où tu es partie

                                                  Collines dissociées

                                 A la migration des montagnes

                                             Nuages de chair

                                                          Envolée

                Dans une absence souveraine

                Le chemin qui nous rassemble

                N’est plus de ce monde

                      Nos langues brillent

Du vernis de nos empreintes

                      Je t’aime

Je te le dirai après l’agonie

Je te l’écrirai

             Sur la pierre égarée

             Dans mon cimetière jubilatoire

                 Où les fées parlent

                 Aux hommes

                       Où l’amour décapite la nuit

                       Pour laisser fleurir ton soleil.

                              Les mots ne quitteront pas la terre

                              Et nous reconnaîtrons le désert

                                       De nous-mêmes

                                       Dans l’orgie du sable

                                                 Deux mots, c’est encore trop

                                                 Pour le vide qui nous assaille

                                                 Nous sommes sur le fil

                                                 De la solitude

                             Dévoués l’un à l’autre

                             Le temps n’est rien

                     Et ne maîtrise que lui-même

                     J’ai un cierge dans la voix

     Nos chemins sont des fumées

     Chaque nouveau labour

Est une renaissance

Que la mort ensevelit aussitôt

               Ma prière est vide

               Aussi vide que mes paroles

                        Sur la page d’écriture

                        Je ne suis que traversées

                        Et résonances.

L’amour n’a de grandeur

Que l’envolée qu’on lui consent.

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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