Bruno ODILE

21 novembre 2017

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15 novembre 2017

Le chantier de l’espoir.

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Je reviens d’une garrigue larmoyante où la terre languit et où les cigales sont aphones. Là-bas, nos voix d’enfant se sont mélangées au vent. Des mendiants essoufflés sont dos à dos, ils se bouturent au soleil et s’offrent à la cueillette charnelle des âmes. Espoir et désespoir se conjuguent comme deux frères jumeaux pourraient s’allaiter au même sein. Je reconstruis pierre par pierre ce château de cristal qui abritait mon innocence. Entre ses murs l’espoir triomphe de l’absence et ma vie se réconcilie avec la marche en avant.  

 

Pas un amour ne se perd. Pas un amour ne s’enfuit. La vie m’offre ses terres démunies d’hostilités rédhibitoires et ses multiples cruautés que rien ne parvient à altérer. Elle est toujours coupable d’avoir omis que les tourmentes humaines peuvent tricher l’histoire et la gruger avec des vérités dépouillées de sens. Pas une vie ne se perd sans emporter avec elle l’audace des jours de révolte. A présent, ton absence désinfecte les grumeaux du désir qui circulaient dans ma salive.

 

Fil dansant sur les lèvres du cœur, flamme ou bien secret, nomade éternel, chaque mesure qui monte au ciel nous revient pure et claire sur les tempes d’un prénom : le tien. Fils de la chair et des attractions contournées, la résurrection permanente promène son museau sur les reins du monde qui se cambrent.

 

Venues un jour, parties un autre, nos âmes enfantent la constance du souffle commun. Puis, elles nous abandonnent et déchirent nos poitrines, laissant couler des torrents de fleurs sur le bitume. C’est un déluge à l’état brut, c’est un faux miroir où le métronome de la plénitude ne peut se refléter. Nous n’avons d’autre choix que celui de courtiser jusqu’à nos blessures lancinantes et de flatter nos cicatrices avec le fer rouge de nos intimités. L’heure perdue est dans le creux de nos mains, elle ruisselle, brûlante, dans la permanence de nos empoignades comme une éternelle source en fusion. Je te cherche dans mon présent et je me précipite dans le vide comme certaines rivières amazoniennes.

 

L’espérance est trompeuse. J’ai longtemps cru que la terre était ronde comme une pomme sans jamais avoir vu le cercle bleu de son cadran.

 

Mon désir est un espoir en mutation. C’est un devenir qui éclabousse mes chaussures d’une terre mille fois labourée. Partout où je pose le pied, le sol n’est qu’un pointillé fébrile ne résistant pas à l’orage. Demain est une promesse incertaine pour un esprit ancré dans les ruines du souvenir. L'inspiration que tu fais naître dans la poésie de l'air n'est pas seulement cette illusion tenace restée ligotée à l’objet de ses attaches fantasmagoriques. Elle navigue aussi à fleur de peau entre le vide de mon présent et l’abysse de la lumière reconnue dés l’enfance.

 

Je rêve à cette nuit d’acier où mon sommeil ira rejoindre la mort de l’heure plénière, ce galop de noir hors du chagrin qui cache ton visage. J’entends d’ici les cloches de midi sonnant l’angélus dans une clairière dépeuplée de chouettes. Et, dans ce rêve à moitié nu, je sens le vertige qui nous fait tomber dans le gouffre gluant de l'infini.

 

Langue insuffisante, plagiat de la parole pure, une encre incolore dessine une main nue sous l’ombre du cyprès. L’attente fossilisée répand le bruit des vagues d’autrefois sur le silence des pierres qui saigne dans les buissons. L’espoir me ballotte d’une musique inconnue et je chavire dans un désert sans faille. Tu te retournes sous la ligne du crayon, bravant les pages où j’essaie de te coucher. Je te retrouve au pied du mur que la main effrite dans un geste dérisoire pour arrêter le temps. Plus loin, une caravane de blanc inaugure la chute des ombres où le hasard se noie.

 

Un morceau de route ancienne brûle sous la langue. Je ne sais plus raconter l’exode qui a suivi ton départ. Pour matérialiser ta présence dans la nuit qui remonte jusqu’à mes mains moites, je dois me frayer un chemin parmi la flopée de flèches enflammées qui la traverse. L'âme transparente laisse entrevoir les violons de la tempête. Tant bien que mal, j’écope le vent. Tu coules sur ma peau comme une pluie miraculeuse. Et dans ce lieu où il n’y a pas un mot pour la parole, je transperce avec toi un brin d’éternité.

 

En soi, l’autre est autrement. Dans ma chair, un miroir brisé scintille de mille lumières sur le mur qui fait obstacle. Tu es cachée derrière. Je t’observe par les fentes. Ta blancheur est un langage de famine où la plainte s’écoule. Quelques éclats d’innocence grisent l’ombre que tu traverses. Malgré quelques sanglots de solitude, ta présence ravive les heures flottantes sur mes épaules. Dans mes yeux, tes lèvres touchent encore aux dentelles transparentes.

 

Il me faut encore arracher quelques verrous. D’autres portes et d’autres fenêtres sont restées cadenassées de l’intérieur. L’oubli est incomplet lorsqu’il s’arrête dans la gare froide de l’esseulement. Notre amour est un poing serré lancé au ciel. Il est la manifestation des fils tendus entre les certitudes anciennes et le linge humide de la mémoire aveuglée. Tout se dégrade à travers moi. Des copeaux d’amours mortes collent à mes sens endigués. Je suis dans l’équivoque du temps qui a renoncé à l’aventure. Des griefs culpabilisants et des mots accablés se sont réunis dans le hurlement d’un pardon de flanelle. Leurs ronflements augmentent sensiblement l’abîme indécent qui nous sépare. Quelque chose de primitif amplifie la nausée que j’éprouve à accoupler le vide à la matière et mon cœur à la caresse de la mort.

 

A présent, je viens tarir le soleil que ton sommeil n’a pas limogé. Sous la lune rouge, des étoiles en tutu filent vers le vestiaire. La nuit me permet de rallumer les lampes qui éclairaient jadis la nue-propriété de l’absence. Et je dors du sommeil des anges, éclairé par la fiente du jour devenue combustible.

 

L’inquiétude du mirage que tu as fait naître est dans sa fuite. J’ai l’impression de te voir là où tu n’es pas et de ne pas saisir toute la douceur contenue dans la fleur d’un cerisier. Mes sens se battent toujours avec la raison. L’insubordination rajoute une infinie mansuétude aux intrépides salves du cœur. C’est insupportable cette odeur de résine qui colle à mes souliers. Je voudrais être quelqu’un d’autre là où je ne suis que moi-même. Je me perds comme un anneau de bonté que l’on jette dans le brouillard. Ma maison n’est plus qu’un parfum. La terre est une bille de bois entre le bec des perroquets. Où sont donc passées les hautes futées qui, un temps, recouvraient mes paupières de leurs attaches indéfectibles ?

 

Je parle comme j’aime. Ma voix est à la frontière de mon cœur. Mais il subsiste un doute effroyable dans chaque espoir : serais-je capable de consoler l’amour qui se réveille en sursaut dans le plein jour ? Le soleil de nos existences joue à l’envers du monde et nos corps sont restés suspendus à la corde des heures brûlantes. Ombre enchaînée à ma chair, tu murmures quelques bruits de chaises qu'on déplace dans mes plus petites cellules de vie.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés © 

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09 novembre 2017

Je te le dis, il n’est jamais temps de partir.

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Nous n’avons que faire des heures rouillées. Nos marteaux ont des chutes qui étament nos langues. Nos bruits intérieurs proviennent du tumulte de nos sangs mélangés. Ils refluent dans notre ciel comme les oiseaux qui vont rejoindre les contrées lointaines de sable chaud et de silence.

 

Je te hisse comme une voile blanche au-dessus de l’alpage où tes yeux se sont endormis. Il faut que l’Amour redevienne une plénitude. Il me faut abolir ce cercle d’espérance acculé à la déchéance du paraître. Nos vies comme des pendules arrêtées se fraient un chemin parmi la splendide cacophonie des marmites en ébullition. Nous croisons des fumées acariâtres à chaque carrefour, à chaque coin d’ombre. Mais, nous n’oublions pas la clarté des cimes où nous avons partagé la douceur du monde.

 

Ce n’est pas la solitude qui fait l’isolement. Nos choix sont des lampadaires invisibles où s’accroît la lumière intérieure. Nos mains sont restées offertes. Nos corps se sont dissipés pour laisser place au tarissement des ombres et pour inviter la clarté à rejoindre les boucles de nos cœurs.

 

Je fourmille comme une descente de lit tremblante sous le bruit des pieds prêts pour le départ. Aujourd’hui, je tente de naître. Je dérive vers la construction d’un autre moi. Je franchis la montagne où l’infini semble à portée de voix. Je rejoins la terre et tente de lui restituer la parole qui capture l’éphémère. La terre, ce cauchemar de cendres, tourne dans mon sang comme une toupie désorientée. Elle fond comme une peinture au soleil. Ma vie sensible, ivre de désordres, se plie dans ton regard. Deux pôles opposés prennent conscience de la proximité de l’effondrement. J’ai la certitude que le soleil cache d’autres lumières.

 

Nous sommes tout au fond du noir, à mi-chemin entre l'éblouissement et la fureur. Ici, chaque battement de cœur est un miracle de blancheur. Notre amour cherche à rendre la parole aux ombres dans lesquelles nous marchons. L’absence est un désir mort, une extase sans respiration. Maintenant, je sais de quoi se nourrit la patience. Une rumeur de mille voix aiguës dégrafe l’écorce du mûrier, la soie déborde sur nos refuges mal fermés. Les limites du silence sont les grilles qui nous séparent. Il faut nous extirper du feu qui brûle dans nos ventres. Il faut étouffer la rage des flammes qui se propagent à la vitesse de l’éclair et faire confiance à l’aube nouvelle pour sortir du cadre où je t’improvise. C’est la vie qui brûle, pas nous.

 

La date de ton départ sonne à mon esprit comme un relent mortuaire qui laisse ma gorge desséchée. Dans mon sang, le souvenir de la roche et du granit circule à vive allure. J’ai le pouls gonflé par des battements de cœur accélérés. A cette heure qui me déplait, le mouvement circulatoire de la mémoire compromet par son rappel perpétuel le mariage d’ancestrales bouffées fraternelles. Des pensées anciennes déconstruisent l’immédiat, elles tirent des flèches empoisonnées depuis les quatre coins d’une terre abandonnée. Le vide s’enroule autour de mes reins comme un désert sans fin. Mes larmes sont un lit de vagues pour les falaises de craies. Mon cœur écrit avec l’obstination de ses blessures.

 

Je te le dis, il n’est jamais temps de partir. L’heure décroche et la pendule est morte dans la marge aimantée qui trouble les boussoles. Il n’est jamais l’heure de céder aux sinistres gloires de l’obscurité. Le noir est avide des soleils blessés où roulent nos corps de poussière. L’absurde néant foisonne partout où le cœur ne bat plus. J’ai renoncé à l’éternité sans faille, j’y préfère ta silhouette blottie dans la précarité de ma bouche. Chaque année à la même période, les seins glacés de l’hiver fardent ma nuit d’une ribambelle de nuages grisâtres. Mes vœux de rassemblements sont restés scellés dans le silence. Ma tristesse glougloute comme posée sur un poêle. La marmite est bouillante et mon corps tout entier plonge dans ton absence. Je saisis la trame claire de l’existence mais ne la pense pas et ne la prévoit pas. Je suis recroquevillé sous tes yeux qui portent l’évidence de tes secrets.

 

Des limons bleus sont restés enchevêtrés sur les contours d’une coupe vidée de son vin. Nos poitrines flottent sous les draps de longues nuits accoutumées aux récits. De nouvelles caresses infructueuses déposent leurs grimaces tordues sur la gerçure de nos lèvres. Du givre illumine nos rêves brûlants sur l’aube inaccessible. Ton cri est une porte ouverte sur la saignée où s’écoule le mot dit, le mot prisonnier. Il n’y a pas d’anniversaire pour les jours décharnés de la pulpe de nos frissons. Il n’y a pas de répit pour l’heure cruelle et je mords aux rideaux qui cachent ta disparition.

 

Les mots ne quitteront pas la terre.

                   Ici, tout semble mourir

                         La parole outrepasse le vide

                Ta voix est un paravent de fortune

                                                       Tu es sur le papier

                                     Comme un signe sous l’ombre

                                           Le sens de l’existence est contaminé

                                                                     Les veines du temps

                                                                             Transportent tes yeux

                                                            Par-delà le deuil qui les recouvre

                                                            Nos âmes au centre du monde

                                                            Prêchent dans la faille

                                                            Où s’est glissée la mémoire

                                                                 Le témoignage complice

                                                              Des langues enfouies

                                                            Et porteuses de cendre

                                  Dehors le vide rechigne à s’avouer

                                                    Il sécrète deux mondes

                                                  Celui où je suis et l’autre

                                                                 Où tu es partie

                                                  Collines dissociées

                                 A la migration des montagnes

                                             Nuages de chair

                                                          Envolée

                Dans une absence souveraine

                Le chemin qui nous rassemble

                N’est plus de ce monde

                      Nos langues brillent

Du vernis de nos empreintes

                      Je t’aime

Je te le dirai après l’agonie

Je te l’écrirai

             Sur la pierre égarée

             Dans mon cimetière jubilatoire

                 Où les fées parlent

                 Aux hommes

                       Où l’amour décapite la nuit

                       Pour laisser fleurir ton soleil.

                              Les mots ne quitteront pas la terre

                              Et nous reconnaîtrons le désert

                                       De nous-mêmes

                                       Dans l’orgie du sable

                                                 Deux mots, c’est encore trop

                                                 Pour le vide qui nous assaille

                                                 Nous sommes sur le fil

                                                 De la solitude

                             Dévoués l’un à l’autre

                             Le temps n’est rien

                     Et ne maîtrise que lui-même

                     J’ai un cierge dans la voix

     Nos chemins sont des fumées

     Chaque nouveau labour

Est une renaissance

Que la mort ensevelit aussitôt

               Ma prière est vide

               Aussi vide que mes paroles

                        Sur la page d’écriture

                        Je ne suis que traversées

                        Et résonances.

L’amour n’a de grandeur

Que l’envolée qu’on lui consent.

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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U A C A L R

Captooooooure

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03 novembre 2017

A l’ombre de nos souffles.

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Mon refuge s'est construit au creux d’un arbre penché sur des zones d’ombre où se gravent les mots accidentés, les scarifications qu’aucun oubli n’a su emporter. Abri dérisoire où la virtualité s’accorde à déverser la sève aux racines infestées de regrets. La bassine percée de « l’outre-dire » est restée au pied de l’arbre avec son linge sali par l’audace et la lucidité veule. Mais maintenant, tant bien que mal, tout a séché au vent de ses démesures.

 

Et ici, vois-tu, ma douce Doudou, te parler d’amour nous éloigne de nos fonctions d’être pour nous plier au bon vouloir des caprices du cœur. Parce qu’ici, c’est l’odeur de l’averse où renaît le monde. Ici, c’est l’idée même d’une communauté close, plus entière et plus intense, qui s’essore de nos yeux d’enfant ; c’est le temps battu par nos tempêtes et reconstruit par de nouvelles prières. Dans ce lieu du cœur, il ne peut y avoir une langue de bois qui ne soit assez solide pour entraver nos vigoureuses palpitations. Nous aurions pu dire et faire, nous aurions pu convoquer la déroute sur d’autres altitudes. Mais cela aurait été un dérisoire enterrement pour la clarté de nos rêves. Et nos solitudes se seraient renversées sur d’autres chemins. A présent, c’est l’aube au fond de nos yeux qui reconstruit une campagne nouvelle, une terre enfantée par le désir de survivance. A trop nous emprunter l’un l’autre, nous nous sommes perdus dans l’incompréhension des destins.

Depuis longtemps, le soc de la charrue a tracé ses fines lignes droites. Des lignes excavées dans la solidité de la filiation, de l’amour durable et inconditionnel.

 

La montagnette crépite comme un feu renouvelé et mal éteint. Le désir grince comme une porte ancienne que l’on pousse du cœur. C’est une lampe qui cesse de respirer à la lumière qui s’élève hors de nous. Nos yeux grimpent la nuit comme on escalade des étincelles. Nos cigales persistent dans leurs rondes malgré la fuite du temps. Nos yeux sont des cicatrices mal refermées où sont retenues les heures qui refusent de disparaître. Du romarin pousse dans nos voix et nos ventres mangent le basilic qu’autrefois nous froissions dans la paume de nos mains pour parfumer nos empoignades. C’est l’été qui se bat contre le tonnerre. C’est l’amour qui gronde après la foudre. Le Mistral alimente le feu de nos cœurs et nos garrigues intimes s’enflamment pour renaître sous le pas furieux de nos désappointements.   

 

Nous appartenons au désir comme à une joie évasive. Une joie large et distendue pareille à un tricot de laine déformé. Toi et moi, dans un clapas déformé et recouvert par l’ombre d’un chêne velu.

 

Toi et moi, dans le même désir. Je le veux. Je le sens. Le désir enrôle les mots. L’avenir s’entrouvre. Plus rien ne m’opprime, hormis la joie excessive qui écrase le bonheur sous ses sabots. Je rêve comme il est bon de rêver, sans artifice et sans l’agrément de la compensation. Je règle ma vue sur la tienne et derrière la foudre, je regarde la lumière, droit dans les yeux. Si les mots servent à quelque chose, qu’ils servent au moins à cela. Te dire combien les ampoules sur ma langue, à force de ressasser ton absence, sont devenues des coques de gourmandises transparentes.

 

Les mots bleuissent, cabossés par les bouffées mal dosées d’oxygène, déformés par le jour. Le temps nous a volé les sourires du ciel. Les pleurs ont forgé la pluie battante qui nous poursuit depuis les couleurs projetées dans la lumière.

La vie est brève, l’angoisse prolongée. Et puis qu’adviendra-t-il après ?

 

Chaque attente va au-devant de la mort. Quelle que soit sa grandeur. Nous devrions faire de l’odeur de la pluie, le seul moment à vivre. Les mots coulent avec l’air que je respire. Ils dévalent les pentes comme des ruisseaux nés dans le ventre de la terre. Ils enjambent l’aurore pour se planter directement dans le soleil.

La mémoire est la tutelle de mes os. Le souvenir s’articule comme des membres revigorés, comme des excroissances nouées au présent. Dans l’obscurité, nous foulons les intervalles qui nous renvoient à nous-mêmes. Je m’éloigne et je reviens, je navigue en boucle. Je marque une pause pour mieux sentir s’envoler les jours brûlés des souvenirs et les griffures de sang qui maculent ma peau.

Nos mers sont des champs d’oliviers pris en étau entre le cri des cigales et l’incendie qui consume nos cœurs. Serrure contre serrure, nous avons déposé les clefs de la joie dans nos souffles familiers.

 

Le silence qui nous brasse redresse l’air qui nous entoure.

Le vide trouve un sens nouveau dans le tarissement qui associe et assouvit nos fantômes.

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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28 octobre 2017

Une coulée de désœuvrement comble l’éternité cabocharde.

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Que de mirages et que de nausées ! Il ne s’agit pourtant pas de repentance mais de remembrance. Dans cette foison de reliquats d’ectoplasmes tout délit augmente la déchirure du premier jour. C’est aux marges de ce monde et à ses frontières de foutaises que l’on retrouve ce qui le dessine comme de la vapeur sur un miroir.

 

Voilà, à nouveau, la langueur monotone, confabulée avec la nature du dedans et trifouillant les cailloux qu’aucune rivière n’a jamais su emporter. Voilà à nouveau que tu m’enracines et me courrouces à cette question existentielle d’être et de faire. Eh bien, oui, j’ai aimé la vie partout où je l’ai croisée. De ses aspects intouchables à son colissage charnel, de ses écorchures sanglantes à ses insipides tortures d’absurdités les plus ignobles et les plus vulgaires. J’ai pour double nature une bouche remplie de pain vide et celle d’une parole complice surnageant au milieu des hémorragies qui débordent mes sens. Je n’ai de cesse de naviguer au cœur de l’ébruitement des silences où les stries crachent les joies étouffées et où le vacarme incongru des coulées de boues laisse la terre se recouvrir d’elle-même.

 

Je dois convaincre ma réalité de sa fourberie à paraître, de sa cargaison débridée et torchée d’apparences lubriques et bestiales. Je dois exciter l’amour dans sa redingote de sens où dort la parole fondatrice. Entre nous, je te le dis, je suis ce que je fais. Partout est le monde. En tout lieu, l’acte digressant me dessoûle de l’amour-propre.

 

Que crois-tu que l’on puisse découvrir dans son désenchantement ? Y a-t-il de quoi raviver la grisaille humide dans sa plus caverneuse vibration ?

 

Je n’ai pour me décrocher du socle de l’enfance que le vent dans mes bras et la marée montante. Dans toutes mes grottes, les murs sont des déserts. Dans chaque faille souffle une musique accompagnée de bourrasque et d’infamantes berceuses murmurant la vacuité dans son désastre de tristesse. Quelque part, bien caché, je le devine, des feux follets rêveurs de jouissance dansent les pas d’un tango silencieux. Un instant, nos gestes se désaccordent de l’humanité pour mieux fédérer le vide au péril, et nos voix deviennent des cornemuses filtrant la noirceur des éboulis qui suintent à l'abri du regard des mortels. 

 

Si le besoin de mon amour se crée à partir de toi, c’est bien dans mon narcissisme qu’il délivre ses plus paradoxales ferveurs. Te désirer, c’est me reconnaître dans l’attente de ce qui justifie mon besoin comme le seul capable de répondre à mes carences obsessionnelles. En toi la révélation de tous mes manques, en toi le pari de l’assouvissement et le défi de la blessure qui attend le baiser. Tu es le sujet de mon amour, tu es le verbe de mes besoins. Avec toi, je possède l’illusion d’être plus entier, plus complet et plus apte à me supporter. Ton existence, même virtuelle, boit ma misère, la dérange et la bouscule. Elle m’émeut lorsqu’elle entre en résonnance avec le bruit d’où elle provient. Je ne suis plus qu’un envieux s’oubliant dans le regard que tu me portes.

 

À l’écho de ma chair et de mon sang, sur chaque volume d’aurore à venir, sur les ombres de mon moulin à vent, par-delà les sentiers du maquis où se tendent nos mains : le fruit coupé en deux attend nos bouches comme une cerise flirte avec le soleil.

 

Je te rêve dans la communion de ma terre à tes friches. Tu es un terreau de jouvence, un ciel de fraîcheur toujours en mouvements. Vois, combien mon espérance lutte contre la sécheresse des réflexions sans fin, sur des mots répétés, réitérés depuis toujours. Elle tranche de vieilles controverses de dépotoir insalubre. Elle est l'eau modifiée et ébruitée de nos enlacements anciens, maintenant en devenir. C’est une goulotte d’air qui te chante.

 

Ici, la solitude marche doucement, nue parmi les anges. Elle est le gage, la caution imposée à notre bal dérythmé. Elle est cette promesse restée innommable et inconsommable. Et, elle n’a de sens que par son unilatéralité. Elle corrige les voies biscornues qui flânent du corps à l’âme. Mon cœur te chevauche comme la première lueur de l’aube.

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés © 

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23 octobre 2017

L’attente s’écume au désir fluctuant.

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La force du désir se loge dans l’insatiable boulimie du temps. Elle se propage sur toutes les couches de rouille poreuses où l’oubli s’est installé. Mais, je désire croquer le chemin qui mène jusqu’à toi. Je veux broyer ce grain noirâtre gravé dans mon sang comme un souffle de lumière et le briser de mille coups de cœur. C’est ainsi que je pourrais te livrer toute mon incompétence naturelle et c’est ainsi qu’elle deviendra la garante de mon authenticité.

 

Je m’atrophie trop à me dessaisir de ton empreinte. Oui ! À me disputer avec moi-même, je me dépossède exagérément. Trop de sincères inaptitudes au bonheur me déroutent. Un désir sans trêve illumine les ruines du château-fort qu’il faudra rebâtir pour parvenir jusqu’à toi.

Tracté par je ne sais quelle ardeur, je m’habille de la vitesse de la lumière pour parvenir ipso facto jusqu’aux plus hautes de tes crénelures.

Je ne peux décamper ainsi, cela m’est absolument impensable. Cela serait lâchement m’abandonner à la haine de l’attente. Mais serais-je en mesure de lutter indéfiniment contre ce grand éclat de vide au cœur des densités ? Arriverais-je à combattre l’absence tout en lui tournant la tête ? Trop souvent, l’inertie soudoie les mouvements de mon cœur jusqu’à ce que mort s’en suive.

 

Mon corps reçoit les mêmes signaux, les mêmes appels que lorsqu’il a faim. Et si je ne réagis pas rapidement, cet appétit va me torturer l’esprit jusqu’à sa délivrance au moins partielle, au moins symbolique. Je sais que si je ne fais pas mime de lui apporter une réponse, le manque se transforme en douleur terrible. Alors, je me renverse et je sombre dans la nuit profonde du désespoir. Celle-là même qui oblige la haine à déployer son fiel âcre et à prodiguer contre soi-même des coups de haches et des coups de sabre. L’autoculpabilité féroce me ronge comme le sel abrasif détruit peu à peu l’ouvrage de fer qui me servait de navire. 

 

Tu escalades la corde où mon cœur est suspendu

Sans mot dire, dans la netteté d’une émotion chavirante

     Tu rejoins les cellules dormantes sous l’oreiller de plume

     Où chaque caresse a laissé une griffure sur le portique

Toutes mes peurs sont au feu des résonances pures

Pour peu que la mort soit un dénouement sans fin

                Ou une brisure de souffle sur la cire du temps mêlé.

 

On s’habitue si vite à la douceur qu’il nous faut redoubler d’intensité pour émouvoir les chairs mortes. Nous devons impérativement nous extirper de ce nœud de frissons coagulé. La seule voie qui nous soit encore possible d’emprunter nécessite que nous soyons nous-mêmes le désir, l’appétence, l’ambition, l’exigence revendicatrice.

Comment ne pas s’accoutumer aux lèvres de l’amour qui me font exister partout où elles se posent ? Comment se défaire de l’emprise du désir lorsqu’il s’associe à ce qu’il me plairait de considérer comme l’exploit de moi-même, la prouesse de la bravoure ?

Dans chaque douce ondulation, l’artifice des superflus indispensables s’infiltre. Dans chaque bouffée de tendresse déployée et froissée, un baiser pénétrant s’installe comme une poésie nomade faisant une halte prometteuse.

 

Comment m’habituer à ses mains de dentellière lorsqu’elles me parlent d’une seule voix de toutes les immensités ? Tout de celle que j’aime est un infini que rien ne dissimule. L’aborder d’une tendre confidence est déjà avoir un pied dans le vide. Elle est si troublante et si étendue qu’une seule vie ne suffirait jamais à la découvrir, à l’appréhender de ses multiples visages, à l’aimer d’un seul cœur.

Si l’eau de mer savait tout le sel qu’elle transporte, peut-être le rejetterait-elle sur nos plages comme une voix calme trahit le tumulte caché d’un espace déchiré. Comme une semeuse de soulagement, comme un accouchement libérateur, un allègement.

 

Mon désir est ma force, c’est elle qui me propulse. Mon désir est ma faiblesse, c’est elle qui m’emprisonne dans ta disparition. D’ailleurs, si tu n’existais pas, je n’aurais en ce monde qu’une faim frugale et un appétit frustré. Si tu n’existais pas le désir s’appellerait indifférence, inhibition et réalité frelatée.

Prurit de délices, des murmures, des répétitions inlassables trahissent l’angoisse d’une extension jamais vraiment stable où ce qui est acquis se meurt dans l’utopie.

 

Pourtant dans la courbe de tes yeux persiste l’envol d’images déportées. Pourtant, dans nos enfances rebondissent les éclairs de nos rudiments. Ils s’illuminent comme une pluie d’étincelles bruyantes dans cet amour promis depuis longtemps. Des mots de chiffon ne suffisent pas pour nettoyer mon cœur qui pense à haute voix. Désormais, te désirer nécessite l’accouplement du vide avec l’imaginaire dans ses créations les plus informelles. Et plus je t’invente, plus je défie la dépendance ordonnée de mes sensations. J’accède peu à peu à l’air qui danse dans notre sang. Notre mémoire demeure ouverte à des sédiments progressifs et extensibles. Les dispositions naturelles de la conscience nous procurent sans doute la satisfaction fleurie qui fait naître la passion sans limite. Celle de l’addiction buveuse d’appartenance et celle de la bienveillance convertie en une folie ravageuse. Ce n’est qu’éclatés de nous-mêmes, explosés à l’extrême, qu’il nous est encore possible d’imaginer que nos cœurs de faïence peuvent se toucher.

 

Mon désir est une manie récurrente auscultant tes lignes dans le relâchement des interdits, dans l’appétence de l’illimité, dans l’étanchement conjoint de la nature des choses et de son affirmation. Au-delà, tout n’est qu’asphyxie. Mourir de toi serait réprimer la course exaltante qui me conduit à tes ruisseaux comme une source de paroles à contre-courant. S’écarter de toi, c’est entrer à l’intérieur de mon propre abîme. Rien n’est pacifique dans la désunion. Les chairs se séparent de la sueur qui s’évapore. Toute tentative d’éloignement à cet air gorgé de vie deviendrait une lente agonie sans compromis. Cela serait accoster l’impossible de l’autre rive où l’inaccompli clapoterait dans une marge véhémente. Je ne serais alors plus qu’un rideau jeté sur des flammes.

  

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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19 octobre 2017

Jour cédé

A l’incompréhension de la visée

Où chacun déplie ses ailes                         

Sur le chemin de la veille.

 

 

Cœur ouvert au vent

Moissonneur de désirs brûlants

La tête et l’esprit aussi clairs de peau

Que le filet d’eau du ruisseau

Où s’altère notre sang

Avide du froment des ans 

Sur les rives de nos trêves

Et de nos mauvais rêves.

 

Démantelés, nous finirons démantelés.

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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« J’accepte la grande aventure d’être moi. »

- Simone de Beauvoir

 

 

Vieillir, c’est patiner comme du verre lustré.

C’est voir la lumière sans que le regard soit détourné.

Etre conscient, induit notre comportement par la raison.

Etre fou, permet le dépassement au-delà de la mesure.

Alors comment être inconscient et lucide tout à la fois ?

 

Aimer, c’est pouvoir dire, au travers de l’être que je suis,

Je t’aime, dans le prolongement de l’amour que je me porte.

 

Dans l’onde du silence pousse une fleur aux mille couleurs

Tu es cette lumière bariolée collée à l’infini.

On t’appelle mon prochain, alors que tu es mon présent.

 

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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