13 septembre 2017

Avancer pour ne pas ressentir l’emprise du néant.

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La mort d’aujourd’hui me parle d’insomnies récurrentes. Moi qui n’ai qu’une fine lumière lointaine dans mon jardin de vie. Je baigne dans une liqueur d’étincelles où la pesanteur charnelle incarne l’horizon. Je respire l’odeur de l’effacement au centre obscur du monde.

 

Hier encore, je levai la tête pour imaginer la parole aux cimes du ciel. Je sais à présent qu’elle déborde tous les chemins du chaos. Je sais qu’elle est la seule corde pour gravir les sommets de l’existence.

 

             Tout au long de la route, j’ai croisé le cruel mensonge d’aimer vivre. Je suis compact sur la voie ouverte aux exigences de l’aliénation subjective. Je sors, à nouveau, de défuntes envies pour retourner vers la soumission collective qui enveloppe une léthargie comportementale formatée.

 

La mort d’aujourd’hui s’effacera à l’orée d’une plus grande découverte d’anéantissement. Parce que derrière chaque lumière se cache un sentier qui mène éternellement à soi. La parole devient vite une imposture pour les cœurs au galop. Tous les mots dictés par la tribu du désir se propagent au feu du corps ardent.

 

  Le ressenti n’a pas de voix, n’a pas de choix. Nous sommes tous muets de l’espoir qui réconcilie l’être et le devenir avec la chorale de nos gestes. Chaque tonalité devient trop volatile pour être domptée.

 

       La musique retentissante dans mon âme ressemble à celle qui s’échappe des gouffres incertains où l’ébullition de l’eau de la terre n’est plus qu’une vapeur blanche. 

 

 

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 Même dans un bouche-à-bouche insensible, les mots font trop de bruit. Il y a trop de fracas de feuilles mortes dans le son d’une voix.

 

Je m’efforce de peindre le bourdonnement aux couleurs de mon souffle, mais mille étages de couleurs s’effondrent en avançant.

 

      Qu’importe entre quelle hanche ou dans quelle poitrine le vacarme se glisse. Nous marchons tous vers la même extrémité.

 

         Je pense encore avec les yeux cloués dans les labyrinthes de l’abîme. Fils du désastre et de la joie, je tintinnabule sous un nénuphar solitaire tapi derrière la lune.

 

En soi-même, exclusivement, l’espace se garantit une limite. Je suis le frontiériste des convoyeurs d’air. Je demeure un passant, un grain de poussière sifflant dans la bourrasque automnale.

 

  Chacune de mes victoires existentielles imbibe tous mes échecs d’une sueur empoissonnée. Ma voix offre à la pesanteur tout l’unisson vibrant dans mes racines.

 

     Mon parcours est celui d’un bohémien. Je cours les chemins abandonnés à l’acte réprobateur et aux signes discursifs.

 

Le rouge de mon sang est un pigment du soleil levant qui a été bercé par une tourmente dissolvante.

 

Quoiqu’il en soit, les couleurs de l’arc-en-ciel n’ont que deux préoccupations essentielles : se répandre et se mélanger pour faire corps d’une seule intensité.

 

  Mes lèvres sont façonnées par la luminosité qui m’étrille. Ma voix est debout comme une larme rampante sur la cornée de mes yeux.

 

         J’ai peur de penser.

         Peur de croire le déluge plus utile qu’une simple

         mousson.

         Peur d’imaginer l’absolu nécessaire à la simple

         intention.

 

Je redoute de découvrir en moi le désastre de mes origines d’homme et les empreintes répandues autour d’une chrysalide vide. Je crains que le sacrifice lié à l’existence soit l'autel d’une logique trop méthodique.

 

   Tout ce qui éclaire ma vie intime accable la nature de sa trop grande puissance.

 

             Je m’effrite comme une raison qui ne connaît pas son fondement. Dissolu, j’arriverai à moi-même dissolu et fragmenté comme une matrice échouée sur l’artifice de l’amour incessant.

 

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

Posté par lacollineauxciga à 00:56 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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