19 septembre 2017

Les mots de l’attrape-jour.

imagesJCV8Z5LD

         Je ne saurais rien te dire sur l’imperceptible parfum de l’avenir. De ce frottement à la charnière

des heures, de cette confrontation entre vacarme et silence, de cette jointure au monde ; il manque toujours un sourire à nos soupirs.

 

Tous ces espaces transitoires, je les imagine chalouper de vague en vague, surfant de ligne en ligne comme un refrain décadent, comme une rengaine ancienne renaissant sur le jour à venir.

 

Des suites chiffonnées réduisent ou augmentent la différence de perception entre le temps mort et le moment de satiété.

 

         Chaque phrase imaginée patiente en silence dans la parallèle d’une musique errante.

 

     L’humeur tire à balles blanches sur nos compréhensions. La parole est alors coincée entre deux mondes impossibles :

 

celui évoquant la blessure qui nous suit depuis le début du temps

et

celui de la mort incomplète où il manque la signature de nos témoignages.

 

    Cahin-caha, les mots nous maintiennent avec difficulté dans l’expression codifiée. Je te parle et tu me comprends. Du moins, tu filtres le message reçu et tu t’accroches à un raisonnement.

 

Tu captes les images diffusées et tu les accordes avec le son de ma voix. La communication s’effectue sur des données symétriques mais demeure imperceptible au-delà du sens normé.

 

Te dire je t’aime revient à t’informer des sentiments que je te porte sans que tu ne puisses pour autant savoir avec précision la teneur de ces derniers. Et si à ton tour tu ressens une attirance, tu te demanderas toujours jusqu’où je t’aime.

 

           Il y a le moment inexplicable de l’osmose, du langage diffusé et perçu comme l’odeur de son propre sang. L’excellence de la réception parfaite, celle qui nous surprend au point de nous confondre.

 

Cet instant où l’on comprend la cérémonie de l’air parce qu’on l’a toujours su revitaliser nos poumons. Une seconde close où sonne le diapason, où la confidentialité est mise à nue de telle sorte que nous avons la sensation de vivre la même chose.

 

        Alors que nos corps se mélangent, se caressent et se partagent, tout à coup, les mots nous échappent.

 

      Combien sommes-nous divaguant lorsque nous faisons l’amour ?

         Incapables de dire, marmonnant des syllabes   

      incompréhensibles. L’acte et les mots se déchirant jusqu’à ne plus représenter ce que nous ressentons vraiment ?

 

Où est le porte-gorge, le porte-lanterne, le porte-voix ? À dire le mot juste, le corps se dévêt. La colonne vertébrale de l’instinct met à nu la chair même du destin enraciné en soi.

 

       J’habite trop souvent l’image cuterrée et dérobée, dont je tente de recoudre les traits que le miroir me refuse.

 

Comme il peut être doux de vivre l’essentiel à sa source. Le mot

 

s’évanouit dans sa dérisoire vapeur d’encre chaude. Sans pourquoi, sans autre souffle que celui de la respiration.

 

N’est-il pas subtil de se défaire de toutes choses pour n’en préserver que le simple élément instinctif ?

 

      L'effacement peut devenir la magnifique lie de nos épanchements.

 

L’abrogation de soi, la rupture à la fibule de tes mots où se délite le souvenir transpirant et insomniaque de mes forces sauvages, vivaces, invisibles et secrètes.

 

            Je suis à l’encoche imprévisible des sens, dans le frémissement de l’attente corrosive et je bute sur l’essoufflement de la répétition, à la croisée de ta bouche où s’enflamme le silence.

 

Chaque jour neuf m’affûte de l’inconcevable que mes faits et gestes rendent possible. Ensemble, mon cœur et mon corps retentissent des choses qui n’arrivent jamais. Cette mort au cœur de la vie est trop grande pour que spontanément une fleur de jaspe puisse orner le pendentif m’invitant à rejoindre le chaos dans sa perspective indéfini.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

Posté par lacollineauxciga à 21:38 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur Les mots de l’attrape-jour.

Nouveau commentaire