23 octobre 2017

L’attente s’écume au désir fluctuant.

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La force du désir se loge dans l’insatiable boulimie du temps. Elle se propage sur toutes les couches de rouille poreuses où l’oubli s’est installé. Mais, je désire croquer le chemin qui mène jusqu’à toi. Je veux broyer ce grain noirâtre gravé dans mon sang comme un souffle de lumière et le briser de mille coups de cœur. C’est ainsi que je pourrais te livrer toute mon incompétence naturelle et c’est ainsi qu’elle deviendra la garante de mon authenticité.

 

Je m’atrophie trop à me dessaisir de ton empreinte. Oui ! À me disputer avec moi-même, je me dépossède exagérément. Trop de sincères inaptitudes au bonheur me déroutent. Un désir sans trêve illumine les ruines du château-fort qu’il faudra rebâtir pour parvenir jusqu’à toi.

Tracté par je ne sais quelle ardeur, je m’habille de la vitesse de la lumière pour parvenir ipso facto jusqu’aux plus hautes de tes crénelures.

Je ne peux décamper ainsi, cela m’est absolument impensable. Cela serait lâchement m’abandonner à la haine de l’attente. Mais serais-je en mesure de lutter indéfiniment contre ce grand éclat de vide au cœur des densités ? Arriverais-je à combattre l’absence tout en lui tournant la tête ? Trop souvent, l’inertie soudoie les mouvements de mon cœur jusqu’à ce que mort s’en suive.

 

Mon corps reçoit les mêmes signaux, les mêmes appels que lorsqu’il a faim. Et si je ne réagis pas rapidement, cet appétit va me torturer l’esprit jusqu’à sa délivrance au moins partielle, au moins symbolique. Je sais que si je ne fais pas mime de lui apporter une réponse, le manque se transforme en douleur terrible. Alors, je me renverse et je sombre dans la nuit profonde du désespoir. Celle-là même qui oblige la haine à déployer son fiel âcre et à prodiguer contre soi-même des coups de haches et des coups de sabre. L’autoculpabilité féroce me ronge comme le sel abrasif détruit peu à peu l’ouvrage de fer qui me servait de navire. 

 

Tu escalades la corde où mon cœur est suspendu

Sans mot dire, dans la netteté d’une émotion chavirante

     Tu rejoins les cellules dormantes sous l’oreiller de plume

     Où chaque caresse a laissé une griffure sur le portique

Toutes mes peurs sont au feu des résonances pures

Pour peu que la mort soit un dénouement sans fin

                Ou une brisure de souffle sur la cire du temps mêlé.

 

On s’habitue si vite à la douceur qu’il nous faut redoubler d’intensité pour émouvoir les chairs mortes. Nous devons impérativement nous extirper de ce nœud de frissons coagulé. La seule voie qui nous soit encore possible d’emprunter nécessite que nous soyons nous-mêmes le désir, l’appétence, l’ambition, l’exigence revendicatrice.

Comment ne pas s’accoutumer aux lèvres de l’amour qui me font exister partout où elles se posent ? Comment se défaire de l’emprise du désir lorsqu’il s’associe à ce qu’il me plairait de considérer comme l’exploit de moi-même, la prouesse de la bravoure ?

Dans chaque douce ondulation, l’artifice des superflus indispensables s’infiltre. Dans chaque bouffée de tendresse déployée et froissée, un baiser pénétrant s’installe comme une poésie nomade faisant une halte prometteuse.

 

Comment m’habituer à ses mains de dentellière lorsqu’elles me parlent d’une seule voix de toutes les immensités ? Tout de celle que j’aime est un infini que rien ne dissimule. L’aborder d’une tendre confidence est déjà avoir un pied dans le vide. Elle est si troublante et si étendue qu’une seule vie ne suffirait jamais à la découvrir, à l’appréhender de ses multiples visages, à l’aimer d’un seul cœur.

Si l’eau de mer savait tout le sel qu’elle transporte, peut-être le rejetterait-elle sur nos plages comme une voix calme trahit le tumulte caché d’un espace déchiré. Comme une semeuse de soulagement, comme un accouchement libérateur, un allègement.

 

Mon désir est ma force, c’est elle qui me propulse. Mon désir est ma faiblesse, c’est elle qui m’emprisonne dans ta disparition. D’ailleurs, si tu n’existais pas, je n’aurais en ce monde qu’une faim frugale et un appétit frustré. Si tu n’existais pas le désir s’appellerait indifférence, inhibition et réalité frelatée.

Prurit de délices, des murmures, des répétitions inlassables trahissent l’angoisse d’une extension jamais vraiment stable où ce qui est acquis se meurt dans l’utopie.

 

Pourtant dans la courbe de tes yeux persiste l’envol d’images déportées. Pourtant, dans nos enfances rebondissent les éclairs de nos rudiments. Ils s’illuminent comme une pluie d’étincelles bruyantes dans cet amour promis depuis longtemps. Des mots de chiffon ne suffisent pas pour nettoyer mon cœur qui pense à haute voix. Désormais, te désirer nécessite l’accouplement du vide avec l’imaginaire dans ses créations les plus informelles. Et plus je t’invente, plus je défie la dépendance ordonnée de mes sensations. J’accède peu à peu à l’air qui danse dans notre sang. Notre mémoire demeure ouverte à des sédiments progressifs et extensibles. Les dispositions naturelles de la conscience nous procurent sans doute la satisfaction fleurie qui fait naître la passion sans limite. Celle de l’addiction buveuse d’appartenance et celle de la bienveillance convertie en une folie ravageuse. Ce n’est qu’éclatés de nous-mêmes, explosés à l’extrême, qu’il nous est encore possible d’imaginer que nos cœurs de faïence peuvent se toucher.

 

Mon désir est une manie récurrente auscultant tes lignes dans le relâchement des interdits, dans l’appétence de l’illimité, dans l’étanchement conjoint de la nature des choses et de son affirmation. Au-delà, tout n’est qu’asphyxie. Mourir de toi serait réprimer la course exaltante qui me conduit à tes ruisseaux comme une source de paroles à contre-courant. S’écarter de toi, c’est entrer à l’intérieur de mon propre abîme. Rien n’est pacifique dans la désunion. Les chairs se séparent de la sueur qui s’évapore. Toute tentative d’éloignement à cet air gorgé de vie deviendrait une lente agonie sans compromis. Cela serait accoster l’impossible de l’autre rive où l’inaccompli clapoterait dans une marge véhémente. Je ne serais alors plus qu’un rideau jeté sur des flammes.

  

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

Posté par lacollineauxciga à 10:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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