12 décembre 2017

La récolte.

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La rage d’être s’incarne volontiers en courtisane pourvoyeuse d’effusions sentimentales. Il est impératif que tout soit ramené à sa forme première, aux berceaux des refoulements, aux certitudes ankylosées et à la vie tremblante. Il nous faudra puiser à l’innocence et à la source du silence. Nous devons créer une voie de vitalité en plein cœur du désert.    

 

Viens. Aide-moi. Il faut égrener du plaisir ce qui en est la source, son moteur, son inspirateur. 

 

L’amour n’est jamais irrécupérable, il ne cède pas. Ce qui s’est envolé demeure un mirage désaltérant pour la pensée. Nos vestiges sont des gouffres amers où se mélangent le miel et le piment.

 

Ce que nous avons perdu, nous le retrouvons ici, entre les barques échouées et les roseaux naissants. Longtemps, nous avons tenu nos cœurs d’enfants au-dessus des marais de Camargue et nous voilà à présent corps et âmes sous la vase recouvrant nos terres cuites, mal façonnées. Aimer ne compense pas la souffrance, cela lui confère une authenticité. Tu n’es plus ici et je suis forclos. D’éphémères bouées de sauvetage glissent entre les vagues du désespoir. Tu te faufiles, légère, sur l’horizon floqué d’une réalité mourante dans l’écho d’un rêve. De toute façon, on ne croira pas au cauchemar tant que nous resterons éveillés dans le sommeil. Le manque a trop d’envergure.

 

Cette vie de promesses arrachées aux flancs de l’amour, c’est notre chantier depuis le premier jour. Je suis à l’intérieur des pierres où s’emboîte mon pas. Je marche sur l’air et ta lumière m’essouffle. Trop de fracas dans le blanc et trop d’infinis inaudibles s’offrent à la brûlure du vent. J’ai choisi de ranger mon corps dans la lame d’un couteau. Et, je dépèce chaque espoir jusqu’à l’os. Je te donne l’idée qui poursuit mon cœur mais je crois que tu attends la nuit pour fondre dans mes rêves.

 

Je persiste à caresser ta joue pour parler à ton cœur, ce lieu d’émotions vives où se sacralise l’écorchure de l’émotion. L’absence est toujours un rendez-vous avec soi-même. Nous sommes libres de nos défaillances et de nos vulnérabilités, tripotant sans cesse nos rêves d’enfants et nos romances roses en guise de sucette dans la bouche. 

 

Sous le chapeau des heures distendues, la mémoire et l’oubli s’entrechoquent. Ecrire déforme l’inachevé et ouvre un sillon de couleur jusqu’à l’abîme. Les mots se rebellent. Ils suivent l’histoire qu’ils racontent sans pouvoir couturer la nuit blessée.

 

L’orgueil qui prétend m’alléger m’emporte comme le vent et partout où je me croyais lourd comme un rocher, je vole comme une plume. Mon vœu de retrouvailles est une insomnie rutilante au cœur des forêts noires. Le temps est un voleur croisant le fer avec le néant. Il chaparde le feu de nos cœurs pour le conduire sur le chemin de l’errance des condamnés.

 

Ici et maintenant, tout est démuni par ta seule absence. La nuit croise ses fils d’étoffes échancrées et les mailles de nos pluies de brouillons. Dans cette pagaille d’ombres et de rages, elle fait surgir un amour en dehors de la matière. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je t’invente lorsque tu me manques. C’est toi qui fait jaillir le jour à la surface de nos peaux.

 

Je suis à l’intérieur de la promesse comme un noyau dans un fruit. Je suis une émeute journalière dans l’infini. Tout ce qui me relie à toi est le langage de l’air. J’avale des mots comme un accordéon. C’est un bal de nuisettes effilées, une gigue à deux temps, une mélodie rapatriée du désastre. Quelque part, sous la roche posée sur ma tendresse, des ruisseaux d’ouate claire s’écoulent de la source.

 

 - Bruno Odile -Tous droits réservés © 

Posté par lacollineauxciga à 08:20 - - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur La récolte.

    Dans les arcanes du souvenir, nos amours perdues nous tiennent le coeur.

    Posté par Sedna, 18 décembre 2017 à 08:59 | | Répondre
    • Tout ce qui nous tient le cœur en une seule pièce est l'évidence des émotions indicibles. Emmaillotés et filetés, les ressentis qui collent à nos vérités intérieures demeurent ces traces que nos failles n'oublient jamais.
      Merci, Sedna, pour ta présence et tes mots toujours à la bonne note sur la portée de nos tendresses.

      Posté par lacollineauxciga, 25 décembre 2017 à 08:54 | | Répondre
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