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Bruno ODILE
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Bruno ODILE
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21 juin 2017

Frontières d’espérance.

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              Il pleut des cordes au pays du langage ordinaire. Des rus fiévreux se forment et remplissent les

ruisseaux, inondant les voies praticables de la parole. Des coulées de boue font barrage aux mots que la langue pourrait façonner.

 

Impuissante, ma voix se replie à l’ombre de ma gorge, à l’ombre de moi-même. L’heure nue apaise la fièvre du souffle.

 

                     Consonances aux milles reliefs, terre brumeuse à l’orée du jour, des mots masqués fustigent la volée de phrases qui se dérobe à la clarté.

 

     Sur l’intérieur, un bruissement de feuille, rien de plus. Affamés de partage mon sang murmure un peu de lumière au cœur de l’obscurité.

 

A l’écart du verbiage commun, mes sens se réfèrent aux pas du chasseur dans la forêt. Ma langue s’arrache de la bouche orchestrée par une sémantique lexicale trop aléatoire.

 

             Ma voix tremble et les branches des arbres en fleurs claquent comme du verre.

 

      L’existence s’use au rythme cadencé des rouages d’un pendule exalté. Devant et derrière moi, subsiste toujours un infini plausible entre ce que je vois, ce que je vis et ce que je tais.

 

Aucun raisonnement n’a assez de teneur pour éteindre la détresse enfournée dans les premières heures de vie.

 

               Tous les départs ressemblent à des fuites, toutes les pensées actives rivalisent avec le mensonge démonstratif d’une réalité solide. Hors de la volonté tous les rêves s’affûtent à l’éternité.

 

Il y a quelque chose d’indigne dans cette brassée de souffles humains.

 

 

 

*******

 

 

 

      Aujourd’hui, j’habite un rêve aux multiples accents. L’effervescence du recommencement et l’insatisfaction d’être au monde redorent l’intimité de mon être.

      Pour peu que la lumière se voile, je baille des serpentins luminescents dans le décolleté du miroir.

 

Tout proche des racines ancestrales, la raison trompe plus sûrement que la caresse du soleil. La parole partagée connaît de moi plus que je n’en dis.

 

         Mon cerveau renverse l’orthographe savamment enregistré. Des onomatopées découragent l’expression usuelle pendant que court le souffle charnu de l’inconscient.

 

La charnière du langage a rompu. Je ne dis plus : je chante. Mélodies infestées au palais de la signification, je parle la langue des torches à pétrole au cœur de la nuit souveraine.

 

 

 

*******

 

 

 

     C’est du pouvoir de nos larmes que le rire voudrait nous reconnaître. Je ne saurais m’affirmer en luttant contre moi-même.

 

Si tu n’as rien à dire, tais-toi,

Si tu n’as rien à faire, ne fais rien,

Si tu n’as personne à aimer, aime-toi.

 

Je ne veux pas de l’effort qui consiste à domestiquer, à réduire, à négocier avec soi-même les fondements d’une ataraxie partisane.

 

                L’eau a toujours plus de saveur par temps de sécheresse. Ce n’est pas la présence d’un champ de lin bleuissant jusqu’au ciel qui supportera mon envol.

 

Je consacre à l’ordinaire le plaisir de l’extraordinaire et la jubilation se récite dans la simplicité des jours passants. Deux mondes se font face, mais il est impossible d’en extirper la langue maternelle d’aucun.

 

         Ô mes amis, qu’allons-nous nous dire ? Ce matin, à la dérobée des voix emmitouflées dans les lézardes de la nuit, j’ai crié mon nom. J’ai claironné, toutes membranes ouvertes, les mirages qui me dénoncent. Rien n’a donné corps.

 

Toute mon ardeur s’est dissipée dans la glotte du néant. N’y-a-t-il donc aucun moyen de soutenir l’ampleur intime dans sa litière d’ombres ? Qu’allons-nous devenir sans l’éclair illuminant nos meules de cristal ?

 

          Demain s’interrompt sur la butée muette de l’air taillé par la diligence de l’esprit. Des roues hautes et grinçantes dévalent le chemin infini au-delà des sept collines.

 

Entre le feu du jour et les ombres balbutiantes de la nuit, l’empressement du clairon à sonner l’armistice bannit l’espace libre.

 

Mais, toujours enchevêtré à la raideur de l’ennui, un lourd morceau de soleil se vide comme une baudruche percée.

 

Oisifs, le sang et l’eau s’accouplent dans un ruisseau fuyant l’imposture. Le temps est devenu aussi léger que l’envol d’une hirondelle parmi les labyrinthes de la peur.

        Blottie sous ses ailes, l’espérance verse un parfum de citrate chloroformé sur les piliers d’un présent qui se compte.

 

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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Commentaires
L
L'émotion est fragile...ou plutôt, l'émotion nous rend fragile. Puissions-nous accueillir celle-ci dans la hardiesse de notre disponibilité et non dans la turbulence de nos raisons aliénées par le trop plein existentiel...
S
Toujours cette puissance rocailleuse dans tes textes qui exacerbent l'émotion..
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