12 décembre 2017

Le temps s’accorde à la démesure.

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Je te retrouve dans une douceur amortie d’un repos. J’ai traversé la mer et me trouve sur la même berge qu’avant mon sommeil. Parfois, je voudrais habiter la détresse qui illumine l’espérance. Je voudrais m’incarner dans le sursaut du rêve qui atteint l’intimité enfouie sous les mots que je t’écris. Ecrire notre histoire, c’est s’enfermer avec elle à double tour sans pouvoir rien changer aux pierres qui la scellent. C’est un peu mourir une deuxième fois. C’est renoncer aux tourments ventriloques assaillant le vertige. Les mots qui surviennent du silence sont une école de liberté infinie. Mais sans l’amour, nous n’existerions plus et j’ai besoin de ton sourire pour continuer à chanter les ronces de l’innocence. Je t’aime ainsi sans que tu sois présente, mais il fait nuit dans ma poitrine et je cherche encore le bruit de tes pas dans mes rues désertes.

 

Tes lèvres murmurent les flots d’une mer en feu. Je désespère de ne pas pouvoir me greffer à la légèreté des nuages précédant l’orage qui vient purifier l’émotion. 

 

Tu vois, on peut aller au bûcher la tête haute, avec le cœur dans la poche. On peut faire semblant d’exister, en évitant d’être dans l’affirmative de ses propres consentements. On peut aussi vivre dignement dans le pardon de soi qui se reflète sur ceux qu’on aime. Mais qu’importe ! La rectitude des obligations que l’on s’attribue nous conduit invariablement à nous étrangler nous-mêmes avec le sourire. La souffrance devient un châtiment que si on lui laisse les rênes pour diriger notre vie.

 

Or, tout à l’heure, après le répit, l’essentiel restera accroupi sous le ventre insipide du quotidien et il sera trop tard. Tout passe et tout s’en va. Même l’ultime raison d’être.

 

Toi, ma seule idée de tendresse, tu es cette nuit clôturée comme un pâturage où l’herbe ne repousse plus. L’espoir ne sait plus où donner de la tête. Il va et il vient, véritable capuche à notre désappointement. Dans le rouge du ciel se reflètent nos jardins de bonheur. Et je ne sais pas ce qui se prépare. Un trait noir me sépare de tes yeux. Le silence devient un paysage en jachère, une île perdue, un continent où se propage une parole défrichée et nue. Comme un mot dilué dans l’écume de l’aurore, tu rejoins la matière qui se dilate dans les remous de mon cœur. 

 

Le recueillement n’exalte pas une nécessité justifiée. Il nous parle de sa voix sourde. Une ruche abritant une promesse de miel s’immisce à l’intérieur de l’accent qui porte la voix. Mais je dois préalablement me désencombrer et m’alléger de la réalité qui se ramifie aux sources de la conscience. Plus je me détache, plus la vie et la mort font mine de se raccommoder. La césure avec la mort primordiale est mise à l’index comme la projection d’un vide entre toi et le chaos.

 

Combien de choses acceptons-nous sans vraiment les comprendre ?

 

Souffrir d’une insuffisance d’être ; l’ignorance est un sursis à la vérité d’un cœur. Nous transportons tous une guerre au fond de nos entrailles qui meurtrit nos élans. La mienne m’a coûté un bras et une jambe. Je ne m’en sors pas trop mal. La tienne a brisé ta vie. Nous sommes voués à l’anéantissement. Nos existences soulèvent le néant sans reprendre haleine et nos respirations s’évadent du cercle de la pensée. Quel que soit le contenu de nos cœurs, la droite horizontale poursuit son chemin. Nous sommes la levure d’un cycle qui se répète depuis la nuit des temps et pour nous recueillir, rien n’est plus parfait que le foyer vide de la démesure.

 

La nuit rampe sous ma peau et l’ombre est devenue rugueuse comme une toile émeri. Toute mon existence s’est amassée au bord du gouffre de la peur. Je suis transi et dans cette immobilité râpeuse, il ne reste que l’effigie d’une volonté invisible. Nous marchons depuis toujours sur l’esquisse de nos tombes dessinées à la hâte par l’exagération et l’absurde.

 

Nous devons nous dégager du simulacre où l’espérance prend racine. Nous avons cru à l’éternité. Or, ce qui dure n’est pas la constance mais la dérive de nos certitudes. La persistance crève nos regards et le symbole nous dépasse.

 

Nous occupons le sillon que laissent les navires parcourant l’infini. Lorsque l’horizon chute, nous libérons nos voiles en souhaitant rejoindre ce lieu où le ciel et la mer se touchent. Lorsque le moinillon s’envole du nid pour la première fois, il ne cherche pas à savoir si ses ailes le porteront, il s’élance dans le vide instinctivement. Il nous faut aller voir derrière la porte. Le mur est trop haut.  

 

L’heure donne et reprend, elle remonte sans doute de ce lieu où tout est détruit, de ce lieu d’avant la mémoire. Une fascination tout de même : le temps. Ce miracle de l’éternité réveillée sur le bord de nos falaises. Ce mouvement imperceptible de l’air renouvelé sans cesse, ce support sans cadre où nos peintures restent fraîches du dernier coup de pinceau. Cette extrémité de nous-mêmes qui se diffuse comme un parfum fané, comme une odeur dilatée par l’agiotage des heures déchues. L’air, c’est le temps refoulé. Le temps, c’est de l’air recraché. Nous volons les pieds sur terre sans nous en apercevoir. Le manque d’air, le manque de temps et nos yeux se ferment.

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés © 

Posté par lacollineauxciga à 08:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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